Lettres soudanaises : des écrivains face au destin de leur pays

Xavier Luffin

Lorsque l’on parle de littérature soudanaise, une œuvre vient directement à l’esprit : Saison d’une migration vers le nord, de Tayeb Salih. Depuis la parution de ce superbe roman en 1966, de nombreux autres auteurs soudanais ont fait leur apparition sur la scène des lettres arabes. Ils restent pourtant largement méconnus, tant en Europe que dans le monde arabe. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette situation : les difficultés matérielles de l’édition au Soudan, la censure politique et religieuse, la prépondérance des auteurs proche-orientaux dans la littérature arabe... Pourtant, de nombreux textes d’auteurs soudanais mériteraient d’être lus, d’abord comme simples témoins de la vitalité culturelle de leur pays, mais aussi parce qu’ils permettent de mieux appréhender la complexité de cette nation, point de rencontre entre Afrique noire et monde arabe. En effet, plusieurs écrivains abordent, tantôt avec sérieux, tantôt avec humour, les thèmes de la guerre civile, de la dictature, de la corruption ou du racisme. Nombre d’entre eux exploitent également de manière très réussie la pluralité de la population soudanaise, du Nord au Sud et d’Est en Ouest.