Le mythe de la simplicité des langues africaines

Xavier Luffin

le cas de la Belgique coloniale

Lors de discussions avec les « anciens » du Congo, nombreux sont ceux qui mettent en avant les compétences linguistiques qu’ils ont acquises lors de leurs séjours en Afrique. Si l’occasion se présente, ils sont souvent très heureux de pouvoir s’exprimer en kiswahili, en chiluba ou lingala, que leurs interlocuteurs soient des Congolais ou comme eux des « anciens » d’Afrique. Cette joie ne dissimule pourtant pas un préjugé tenace : la prétendue simplicité des langues africaines. En effet, une grande partie des Belges ayant résidé en Afrique centrale considère que les langues africaines sont généralement des langues « simples » : elles auraient un vocabulaire de base limité, une grammaire répétitive, et seraient, par conséquent, faciles à apprendre. En outre, elles ne permettraient pas d’exprimer les concepts trop abstraits.