L’université cathartique du Laogai

Le stagiaire

L’étudiant est aujourd’hui un être bien problématique. Pouvant certes servir adéquatement d’accessoire décoratif à l’arrière-plan des selfies de recteur, il n’en est pas moins la lie de l’humanité : paresseux, sale et surtout… mal, très mal orienté.

Puisqu’il est forcément enfant de bourgeois — nous avons appris à écarter les enfants des autres —, il nous faudrait mieux l’éduquer à exercer un travail assidu, sans quoi nous prenons le risque que le désordre s’installe. Du Mardi gras de 1229 aux manifestations pour le climat, l’étudiant utilise en effet et depuis la nuit des temps, ou l’origine des universités, ce qui revient au même, n’importe quel prétexte pour se laisser aller à l’oisiveté.

Pire, à l’approche de la rentrée, nous assistons impuissants au triste spectacle de ces jeunes gens arborant des signes ostentatoires de leur alcoolisme. Penne ou calotte, peu importe : leur surpoids trahit les bières indument ingurgitées et leur couvrechef leur fierté dans le vice.

L’étudiant est bien gras, nourri des allocations généreusement distribuées. Nos CPAS et services sociaux sont d’ailleurs harcelés par des demandes loufoques, comme ne manquent pas de le répéter les autorités responsables. Et de-ci de-là, on lit que le student serait épuisé et victime de burn-out… Allons donc ! Qui peut croire à ce conte ?

Voyez celui-ci : il se plaint d’avoir trop de travail, de devoir cumuler ses études et son job. Non content d’être émancipé grâce à ses employeurs, il bénéficie pourtant d’un apprentissage sans pareil… Il est en effet évident qu’un futur ingénieur devrait avant tout ambitionner de réassortir des produits en rayon dans un supermarché. Tout comme cette infirmière en devenir devrait rêver d’être une hôtesse d’accueil lors des rentrées académiques. Et ces étudiants en biologie, pourquoi donc ne seraient-ils pas heureux de nettoyer toilettes et autres surfaces ? C’est en effet ainsi qu’ils apprendront à déplacer des montagnes, sifflotant de bonheur, l’image du recteur magnifique au fond du cœur.

Nous ne pouvons supporter plus longtemps les jérémiades de leurs associations. Plutôt que de réclamer avant l’heure une réduction collective du temps de travail, les étudiants devraient avoir droit à… une rééducation collective par le camp de travail. Ils développeraient ainsi les vertus qui caractérisent la classe laborieuse depuis un siècle et demi.

Comme l’exprimait feu Ludo Martens, les étudiants ont « en premier lieu à apprendre de la lutte quotidienne du prolétariat flamand. Les intellectuels doivent faire des enquêtes parmi les travailleurs de quelques usines. Nous devons tout d’abord acquérir une connaissance concrète de l’exploitation au sein de l’usine, de la tactique concrète employée par les patrons et les syndicats pour opprimer les ouvriers. »

C’est effectivement en s’inspirant de la Flandre que nous pourrons extirper cette jeunesse paresseuse de son état de trop grand confort et l’habituer parfaitement à l’oppression et à l’exploitation. Prenons exemple sur cette région qui scintille dans les classements de l’OCDE ! Peu nous importent les quelques vagues populistes qui secouent la région, et le rôle de guildes étudiantes dans cette affaire, tant que nous gardons pour objectif de scintiller dans les rankings.

C’est pour cette raison que nous devons aller dans les entreprises, nous mettre à leur école, généraliser leur expérience, en dégager des méthodes et des principes meilleurs, plus systémiques, puis les communiquer aux masses étudiantes (par le biais du marketing), appeler les masses étudiantes à les suivre pour résoudre leurs problèmes, de sorte qu’elles se libèrent de leurs bourses d’étude et conquièrent le bonheur de la compétitivité.

Un parcours universitaire n’est pas un diner de gala. Il ne se réalise pas comme une œuvre littéraire ou une broderie, et encore moins avec délicatesse ou autant de douceur que les pédagogues en chambre l’entendent. Il se doit d’être un soulèvement, un acte de violence contre eux-mêmes dans lequel les étudiants tentent de mériter les savoirs crédités.

C’est de cette manière que notre université brillera de mille feux, brulant par la même occasion ces tigres de papier que sont les associations politiques. Il nous faut d’ailleurs dégager ces agitateurs rétrogrades qui s’opposent à notre grande marche du progrès. Oser l’affirmer, c’est oser s’internationaliser : le blocus plutôt que le piquet de grève ; le mérite plutôt que la réussite ; l’argent plutôt que les indigents.