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L’Arabie malheureuse. Un spleen insulaire

ABO Octobre 2016 - par Mostafa Chebbak -

L’Arabia Felix du monde antique est disparue à jamais. Désormais islamisée depuis le haut Moyen-Âge, elle n’évoque plus le seul Yémen de nos jours ruiné et dévasté. Bien qu’elle domine par la langue et le culte une ère qui s’étend du golfe Persique à l’Atlantique, malgré des survivances berbères et chrétiennes, elle est longtemps demeurée figée dans une posture insulaire face à la modernité. L’Arabie est de nos jours malheureuse, irrévocablement malheureuse. Comme le serait une âme inconsolable saisie par un chagrin incommensurable. En somme, « le mal d’être est la chose du monde arabe la mieux partagée », comme le souligne avec une sincère mélancolie Samir Kassir.

Notons d’emblée qu’il n’est pas nécessaire d’être enclavé dans un territoire difficile d’accès pour avoir une attitude insulaire face à tout ce qui semble autre ou étranger. Même dans des lieux habitués à la circulation des hommes et des idées, et ayant de surcroit une expérience séculaire confirmée de la diversité, des réflexes de xénophobie et de rejet peuvent parfois faire irruption et devenir source d’angoisse, voire d’effroi. C’est qu’il existe des territoires symboliques insulaires qui opèrent dans l’inconscient collectif. Ces lieux invisibles, et souvent...
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Mostafa Chebbak


Auteur

ancien professeur d’esthétique à l’École des Beaux-arts de Casablanca