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Israël – Législatives 2020. La balle au centre ?

25 février électionsIsraël - par Pascal Fenaux -

Ce 2 mars 2020, les électeurs israéliens seront invités à se rendre aux urnes pour la troisième fois en moins d’un an pour élire 120 députés. Les deux précédents scrutins législatifs (9 avril 2019 et 17 septembre 2019) n’ayant pas permis à une majorité parlementaire de se dégager et d’investir un gouvernement de plein exercice, l’enjeu principal de ces nouvelles législatives est de taille : sortir Israël d’une crise politique et institutionnelle sans précédent depuis la création de l’État juif il y aura bientôt 72 ans.

Des enjeux purement internes…

Une précision s’impose avant toute chose. Parmi les enjeux de ces élections, la question israélo-palestinienne devrait être renvoyée aux marges de la campagne électorale. Si, vu de l’étranger, l’on pourrait croire que cette question est prioritaire dans le choix des électeurs, il n’en est rien. Les législatives mobilisent les Israéliens, Juifs comme Arabes, autour d’enjeux largement de politique intérieure. La fin de la Seconde Intifada (2000-2004), la construction de la « Barrière de Séparation » en Cisjordanie occupée et la « déconnexion » d’avec la Bande de Gaza (2005) [1] ont davantage accru le caractère israélo-israélien des élections législatives.

Parmi les enjeux intérieurs, on peut citer les suivants : une réforme de la gouvernance dans le sens de la lutte contre la corruption, la définition des relations entre l’État et les communautés religieuses ou confessionnelles, la réforme et le refinancement du système de santé, la conscription militaire des jeunes Juifs religieux ultra-orthodoxes, la réforme du droit de la famille (mariages civils ou pas ?) et une égalité civique davantage garantie entre citoyens juifs et arabes.

… à deux exceptions près

Deux exceptions méritent néanmoins d’être relevées. La première est celle des colons israéliens de Cisjordanie occupée, bien évidemment motivés par la question israélo-palestinienne et prioritairement mobilisés contre toute politique allant dans le sens d’un retrait plus ou moins significatif hors des territoires de ce qui pourrait devenir un éventuel État de Palestine souverain.

La seconde exception est celle des habitants de l’« Enveloppe de Gaza » (‘Otef ‘Azza) [2], ce territoire israélien frontalier de la bande de Gaza et régulièrement ciblé par des tirs de roquettes en provenance du territoire palestinien administré par le Hamas (Mouvement de la Résistance islamique) depuis 2007. Pour les habitants de cette région, quelles que soient leurs opinions politiques envers le conflit israélo-palestinien, les questions sécuritaires sont évidemment primordiales dans leur vote.

Chute ou résurrection de Binyamin Netanyahou

On le sait, l’un des enjeux principaux du scrutin du 2 mars sera encore et toujours l’avenir politique du Premier ministre sortant Binyamin « Bibi » Netanyahou et de sa formation de droite nationaliste, le Likoud. Bien que visé par trois procédures judiciaires et un procès qui débutera le 17 mars, « Bibi » entend tout faire pour conserver le pouvoir qu’il occupe depuis maintenant 11 ans sans discontinuer. Pour ce faire, cet animal politique fera feu de tout bois durant la campagne électorale pour permettre au Bloc des droites (composé du Likoud et de partis ultranationalistes, ultra-orthodoxes et nationalistes religieux) d’obtenir une majorité parlementaire.

Le programme politique de ce Bloc des droites est libéral sur le plan économique, conservateur sur le plan éthique et sociétal et annexionniste pour ce qui concerne la question israélo-palestinienne. Sur ce dernier point, Binyamin Netanyahou entend bien mettre en application le plus vite possible les annexions de 40 % de la Cisjordanie occupée prévues par le « Plan Trump » [3], tout en se gardant de prendre langue avec une Autorité palestinienne qui, de son côté, a de toute façon déjà rejeté un Plan Trump tout simplement « imbuvable » pour tout responsable politique palestinien.

Appliquer le Plan Trump serait l’aboutissement de toute une carrière politique pour le Premier ministre sortant. Binyamin Netanyahou ne se résume pas au politicien corrompu traqué par la Justice ou à l’animal politique capable d’enflammer, pour le meilleur et pour le pire, une campagne électorale, voire d’y distiller des relents malsains. Netanyahou est d’abord et avant tout un homme politique tout entier mobilisé par une conviction intime et sincère : entre la Méditerranée et le Jourdain, il ne peut y avoir d’autre État souverain que celui d’Israël. Aux Palestiniens de se soumettre ou de se démettre.

Pour appliquer le Plan Trump, Binyamin Netanyahou devra donc faire mentir les sondages qui montrent le Likoud devancé ou talonné par son adversaire centriste Kahol Lavan. Il devra aussi espérer que ses alliés du Bloc des droites réalisent une meilleure performance électorale qu’en septembre 2019, à commencer par le cartel annexionniste Yemina (« À Droite ») qui, contre toute attente, avait failli ne pas franchir le seuil électoral.

Le Plan Trump, concocté entre autres après consultation des représentants du Conseil du Yesha [4], pourrait ainsi « booster » le score de Yemina et s’imposer à l’agenda d’un futur gouvernement. Les autres membres du Bloc des droites sont les partis ultra-orthodoxes Shas (sépharade et oriental) et Judaïsme Unifié de la Torah (ashkénaze), deux partis dont les scores sont généralement bons et stables.

Un électron libre nommé Lieberman

Exception notable et sur laquelle nous reviendrons, le parti Israël Beiteinu (« Israël Notre Foyer ») de l’ancien ministre de la Défense « russophone » Avigdor Lieberman (extrême droite laïque) ne fait pas partie du Bloc des droites et agit en électron libre depuis deux décennies. Lors des deux précédentes élections, Israël Beiteinu n’a pas compté pour peu dans l’impossibilité de la mise sur pied d’un gouvernement, tant de droite que du centre.

Grandeur et décadence de la gauche

Face au Bloc des droites et surtout face au Likoud et à son inoxydable dirigeant Binyamin Netanyahou, l’alternative « libérale » a longtemps été représentée par l’Avoda (Parti travailliste), le parti qui a posé les fondations de l’État d’Israël à l’époque de la Palestine sous Mandat britannique (1922-1948), a créé l’État juif (1948-49) et l’a imposé à la communauté internationale et surtout aux États arabes et aux Palestiniens. Mais, au terme de mutations sociologiques qu’il est impossible de détailler ici [5], l’Avoda, qui fut quasi un parti-État, a vu sa base sociale fondre comme neige au soleil, subir des mutations démographiques favorables aux Juifs d’ascendance moyen-orientale et aux Juifs originaires des anciennes républiques soviétiques, pour en définitive se retrouver aux marges de la vie politique israélienne et aujourd’hui lutter pour sa simple survie électorale.

Le difficile accouchement d’un centre

Ces mutations ont d’abord bénéficié à de multiples et éphémères partis centristes qui ont lentement mais sûrement « siphonné » l’Avoda de centre gauche et le Meretz (gauche sioniste pacifiste) [6]. Au terme de longues années de décantation, un parti de centre gauche à fini par émerger et se stabiliser au début de cette décennie : Yesh Atid (« Il y a un Avenir ») emmené par l’ancien journaliste vedette Yaïr Lapid. Présentant une offre libérale sur les plans économique et éthique, Yesh Atid s’est également profilé en parti anti-Netanyahou et anti-Likoud, sans toutefois trop s’engager sur la question israélo-palestinienne. Mais ses bonnes performances électorales ne sont jamais venues à bout de l’insubmersible majorité de droite et d’ultra-droite coalisée autour du Likoud de Binyamin Netanyahou.

Apparition de « partis des généraux »

Face au blocage diplomatique et militaire israélo-palestinien, au poids croissant des partis religieux et surtout à la déferlante de scandales politico-financiers touchant le Premier ministre et son entourage, pas moins deux anciens chefs d’état-major de l’armée israélienne ont décidé, fin 2018, d’entrer en politique et de fonder leurs propres partis. Ainsi, Moshe Yaalon, par ailleurs ancien membre du Likoud, a fondé le parti Telem (« Sillon »), acronyme du « Mouvement national étatique ». De son côté, le sans étiquette Binyamin « Benny » Gantz a créé le parti Hosen L’Israël (« Résilience Pour Israël »).

Une Triple Alliance « incorruptible »

Yaïr Lapid, chef du parti de centre gauche Yesh Atid, a non seulement craint de faire les frais de cette nouvelle « offre politique ». Il a surtout été convaincu que les deux généraux, aussi respectés et incorruptibles soient-ils, n’avaient aucune chance en opérant en ordre dispersé. Il est donc parvenu à persuader ces deux anciens chefs d’état-major, rejoints par un troisième, le général Gavriel « Gabi » Ashkenazi, de créer une liste unique autour de Yesh Atid : le cartel électoral centriste Kahol Lavan (« Bleu Blanc », les couleurs du drapeau israélien). Lapid a également accepté de laisser la tête de liste (et donc le poste de possible Premier ministre) au général Benny Gantz, antithèse politique et publique de Netanyahou.

Quel est le programme de Kahol Lavan et en quoi se distingue-t-il de celui du Likoud et de ses alliés ? À dire vrai, ce programme reste vague, sauf sur un point essentiel. La restauration d’un État de droit mis à mal par plusieurs dispositions adoptées par la Knesset et qui tendent à soumettre le pouvoir judiciaire (à commencer par la Cour Suprême et le Procureur de l’État) au pouvoir législatif et exécutif. Un autre point important, même s’il n’est pas trop mis en avant, est la restauration des relations entre la majorité juive israélienne et la minorité arabe israélienne, celle que le vocabulaire politique local nomme le « Secteur arabe » [7].

Contre toute attente, le cartel centriste est parvenu à faire jeu égal avec le Likoud lors des législatives du 9 avril 2019 et à le devancer lors des législatives du 17 septembre 2019, un Likoud qui a perdu six sièges dans l’aventure. Surtout, Kahol Lavan a écrasé les partis de gauche (Avoda travailliste et Meretz) dans leurs bastions historiques : le Goush Dan (districts côtiers de Tel-Aviv et du Centre) et quelque 400 villages coopératifs (kibboutzim et moshavim) traditionnellement situés à gauche.

On le sait, les pourparlers pour la formation d’un gouvernement n’ont jamais abouti. D’un côté, le Bloc des droites ne disposait plus de la majorité à la Knesset (Parlement israélien). D’un autre côté, Kahol Lavan était dans l’impossibilité (ou l’absence de volonté suffisante) de mettre sur pied une coalition gouvernementale rassemblant la formation centriste, les partis de gauche (Avoda et Meretz) et les partis arabes (voir ci-dessous).

Dans chaque scénario, un trouble-fête a agi en la personne de l’ancien ministre russophone Avigdor Lieberman et son parti d’ultra-droite laïque, Israël Beiteinu (« Israël notre Foyer »), en refusant toute coalition incluant des partis ultra-orthodoxes et bien évidemment arabes.

Le « Secteur arabe », acteur politique national

Le deuxième scrutin, celui du 17 septembre 2019, a débouché sur une surprise. Pour être certains de franchir le seuil électoral, les différents partis arabes d’Israël ont mis sur pied un cartel nommé « Liste commune » [8], laquelle est parvenue à mobiliser comme jamais auparavant l’électorat arabe israélien, à obtenir 13 sièges (sur 120), à faire le plein des voix en Galilée [9] et à devenir la troisième force politique d’Israël, en faisant campagne sur des thématiques arabes israéliennes et non israélo-palestiniennes [10]. Pour la première fois, les partis arabes ont semblé aux portes du pouvoir, mettant ainsi fin à sept décennies d’ostracisme mutuel entre partis « juifs » et « arabes ». Mais une coalition gouvernementale mariant les partis arabes au Likoud et à un Israël Beiteinu toujours incontournable et farouchement anti-arabe s’est évidemment révélée impossible.

À l’aube des élections de ce 2 mars 2020, quelles sont les perspectives ? Tout d’abord, nul ne sait si la Qaïma (Liste commune arabe) rééditera son exploit de septembre 2019. Si une majorité de sondés juifs estime désormais légitime la participation de partis arabes dans un gouvernement israélien [11], la liste Kahol Lavan s’est montrée durant l’actuelle campagne plus distante que lors de la précédente. Ainsi, le cartel centriste s’était engagé à amender la « loi sur l’État-nation », à prendre à bras-le-corps la criminalité de droit commun qui meurtrit le Secteur arabe et à rendre à la langue arabe son statut de deuxième langue officielle de l’État hébreu.

Aujourd’hui, le souci de Benny Gantz et Yaïr Lapid est de ne pas prêter le flanc aux attaques du Likoud les accusant d’être « le parti des Arabes ». Cette posture est-elle strictement électoraliste ou se traduira-t-elle en réel véto lors des négociations gouvernementales de mars prochain ? Cette incertitude risque d’encourager de nombreux électeurs du Secteur arabe à voter avec leurs pieds.

Épargner la gauche et viser le ventre mou de la droite

Une autre difficulté pour Kahol Lavan est le résultat du cartel Avoda-Meretz. Si ce cartel de gauche (de circonstance et de survie) ne parvient pas à franchir le seuil électoral ou, mieux, à obtenir assez de sièges à la Knesset, cela renforcera le risque pour le parti centriste de ne pas trouver assez d’alliés sur sa gauche pour tendre vers une représentation parlementaire supérieure à celle du Bloc des droites. Kahol Lavan doit donc mener une campagne qui « cannibalise » le moins possible le petit cartel de gauche et tenter de gagner des voix sur sa droite.

À ce propos, quelle sera l’attitude de l’électorat « dormant » du Likoud ? Depuis un mois, Kahol Lavan cible une frange des électeurs du Likoud dégoutés par les scandales qui touchent Binyamin Netanyahou mais qui avait préféré, lors des deux scrutins précédents, rester chez soi. Pour ce faire, la liste centriste a « droitisé » sa campagne électorale, allant jusqu’à saluer le « Plan Trump » et à promettre l’annexion de la Vallée du Jourdain (Cisjordanie occupée). Ce qui a poussé en retour le Premier ministre sortant à annoncer la construction de milliers de nouveaux logements à Har Homa, un quartier de colonisation israélienne implanté à Jérusalem-Est.

Ce geste électoraliste a pour but de séduire la frange colonialiste de l’électorat d’extrême droite représentée par le cartel annexionniste Yemina. Binyamin Netanyahou fait ainsi campagne auprès des électeurs ultranationalistes et des colons idéologiques pour qu’ils votent pour le Likoud, seule garantie à ses yeux de pouvoir appliquer le Plan Trump [12]. Mais cette stratégie électorale a ses limites. Le risque pour le Premier ministre sortant est de « siphonner » des partis politiques dont le soutien lui sera in fine nécessaire à la Knesset et dans un éventuel gouvernement dirigé par lui…

Vers un immobilisme volatil

Si Kahol Lavan arrive en tête lors des prochaines législatives du 2 mars, il devrait être en mesure de donner le ton à la tête de toute coalition gouvernementale. Qu’appliquera-t-il de son programme, somme toute assez vague ? Cela dépendra évidemment du type de coalition mise sur pied, si le processus de formation gouvernementale débouche sur une issue positive, bien entendu.

Graphique 1 : Bloc des droites versus Bloc du centre gauche

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Inédite et peu plausible si l’on en croit les derniers sondages, une coalition rassemblant le gros parti de centre-droit, les partis de gauche et les partis arabes permettrait d’introduire une rupture dans la politique israélienne en pacifiant les tensions politiques internes. Mais pour cela, outre une arithmétique défaillante, il faudrait une véritable volonté de la part de Kahol Lavan d’introduire des ruptures exécutives et législatives de taille. Or, plusieurs responsables éminents de la plateforme du centre sont des transfuges du Likoud davantage motivés par leur aversion pour la gouvernance de Netanyahou que par un programme de rupture idéologique. Ce qui est suffisant pour souligner qu’un gouvernement situé au centre ne va pas de soi, d’autant que l’électron libre Avigdor Lieberman (Israël Beiteinu) pèse encore significativement dans les sondages (voir graphique 1).

Victoire du Bloc du centre gauche ou pas, une autre hypothèse reste valable, voire la plus plausible d’un point de vue strictement arithmétique : une coalition entre Kahol Lavan et un… Likoud [13] toujours dirigé par Binyamin Netanyahou (en dépit des procès devant lesquels il devra plaider dans les mois qui viennent).

Si Benny Gantz, tête de liste d’un cartel centriste vainqueur, devenait Premier ministre, il devrait néanmoins composer avec un Likoud aux accents revanchards.

Si le Bloc des droites devait l’emporter in extremis, on pourrait se diriger vers le scénario d’un gouvernement « d’union nationale » avec Binyamin Netanyahou et Benny Gantz occupant à tour de rôle le poste de Premier ministre, ce que le vocabulaire politique hébreu appelle une rotatzia.

Outre qu’elle décevrait une large partie de l’électorat de Kahol Lavan, une telle coalition brillerait par son immobilisme (tant sur le plan intérieur que diplomatique) et finirait par s’effilocher au rythme des défections dans les rangs du cartel centriste (voir graphique 2).

Graphique 2 : Gouvernement « d’union nationale » Kahol Lavan - Likoud

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Une troisième hypothèse serait l’impossibilité de mettre sur pied une coalition gouvernementale (le Likoud refusant de saborder le Bloc des droites, ce que demandent Kahol Lavan et Avigdor Lieberman) et l’organisation de… quatrièmes élections législatives. Le statut incontournable d’Israël Beiteinu rend cette troisième hypothèse aussi plausible que la précédente, le Likoud ne pouvant pas davantage que Kahol Lavan obtenir de majorité parlementaire sans le parti de Lieberman…

De la solidité de Kahol Lavan

Dans ces trois hypothèses, une question se pose avec constance : la solidité sur le long terme du cartel centriste Kahol Lavan. Dans les années de « L’État en marche » (Mandat britannique sur la Palestine, 1922-1948) et jusqu’à la fin des années 1960, des partis du centre [14] ont existé et longtemps pesé dans les équations gouvernementales travaillistes, avant de se désintégrer peu à peu et de se fondre, qui dans l’Avoda travailliste, qui dans le Likoud nationaliste.

Mais, dans l’histoire politique israélienne de ces quatre dernières décennies, toutes les nouvelles formations centristes [15] ont fait long feu après un succès électoral retentissant et l’épreuve de la participation au pouvoir. Vu le sac de nœuds parlementaire et les tensions inévitables sous quelque coalition gouvernementale que ce soit, Kahol Lavan et son « cockpit » (dixit la presse israélienne) de quatre copilotes résisteront-t-ils à l’épreuve du feu et parviendront-t-ils à s’inscrire de manière durable comme force politique stable et à incarner l’opposition libérale au nationalisme roide et au conservatisme du Bloc des droites ?

Une chose est sûre. Si Kahol Lavan ne parvient pas à devenir davantage qu’une machine électorale surfant sur le « Rak lo Bibi » (« Tout sauf Bibi ») qui mobilise une vague de fond israélienne, son avenir sera tout sauf assuré.

Le 25 février 2020


[1En septembre 2005, l’armée israélienne a évacué la Bande de Gaza, démantelé les colonies juives de peuplement et dressé une barrière de séparation quasi étanche. Depuis la prise du pouvoir par le Hamas en 2007, la Bande de Gaza est soumise à un blocus plus ou moins total, au gré des périodes de tensions armées ou de trêves plus ou moins durables.

[2Outre cinq villes israéliennes (Ashdod, Ashkelon, Kiryat Gat, Netivot et Sderot), l’« Enveloppe de Gaza » regroupe 53 villages israéliens.

[3Pascal Fenaux, « Plan Trump : Une certaine “vision de l’Apocalypse” », La Revue nouvelle, e-Mois, 10 février 2020.

[4Yesha (« Salut », « Rédemption ») est l’acronyme de « Judée Samarie Gaza » en hébreu. Le Conseil du Yesha représente les colons idéologiques de Cisjordanie, ainsi que les colons évacués de la Bande de Gaza en 2005 et réimplantés en Israël même et en Cisjordanie.

[5Pascal Fenaux, « Quelques perspectives sur la radicalisation de la société israélienne », La Revue nouvelle, n°12, décembre 2001.

[6Pascal Fenaux, « Élections du 10 février 2009. Effondrements israéliens », La Revue nouvelle, n°2, février 2009.

[7Par « Secteur arabe », il faut entendre les quelque 130 villes et villages arabes israéliens et leurs 1.650.000 citoyens israéliens, descendants des Arabes de Palestine ayant échappé à l’exode de 1948-1949. Ces « Palestiniens d’Israël » représentent 20% de la population israélienne.

[8Al-Qa’ima al-mushtaraka en arabe, Ha-Reshima ha-meshuttefet en hébreu.

[9En Galilée, les Arabes israéliens constituent 53% de la population, faisant du vaste « District du Nord » (situé entre le Liban et la Cisjordanie occupée) la seule des six circonscriptions territoriales d’Israël où les Juifs israéliens sont minoritaires.

[10Meron Rapoport, « 2019 : Comment le Secteur arabe est devenu un acteur national majeur », Siha Mekomit, 29 décembre 2019.

[11Meron Rapoport, op. cit.

[12Hagaï Segal, « Un barrage nommé Kushner », Makor Rishon, 7 février 2020.

[13Un Likoud qui, en outre, accepterait de rompre l’alliance conclue depuis un quart de siècle avec les partis ultranationalistes, nationalistes religieux et ultra-orthodoxes, une alliance surnommée « la coalition des affamés » par l’éditorialiste Nahum Barnea (Yediot Aharonot, droite libérale).

[14Le Parti des sionistes généraux de Haïm Weizmann et ses différents héritiers, dont le Parti progressiste et le Parti libéral.

[15Dash du général Yigaël Yadin (1977-1981) ; Shinouï de Tomi Lapid et Avraham Poraz (2003-2005) ; Kadima d’Ariel Sharon, Ehoud Olmert et Tzipi Livni (2005-2015) et Ha-Tnoua de Tzipi Livni (2012-2019).

Pascal Fenaux


Auteur

Pascal Fenaux est membre du comité de rédaction de La Revue nouvelle depuis 1992. Sociologue, il a poursuivi des études en langues orientales (arabe et hébreu). Il est spécialiste de la question israélo-palestinienne, ainsi que de la question linguistique et communautaire en Belgique. Journaliste indépendant, il est également « vigie » (veille presse, sélection et traduction) à l’hebdomadaire Courrier international (Paris) depuis 2000. Il y traite et y traduit la presse « régionale » juive (hébréophone et anglophone) et arabe (anglophone), ainsi que la presse « hors-zone » (anglophone, yiddishophone, néerlandophone et afrikaansophone).