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Groen !, faire de la politique verte dans un contexte politique difficile

Numéro 05/6 Mai-Juin 2009 - par Dirk Vandenbossche -

Pourquoi le parti Groen ! a-t-il tellement de difficultés pour se (re)trouver une place sur l’échiquier politique flamand ? Écolo est en pleine forme et pourrait devenir lors des élections en juin plus important que le CDH en Wallonie.

Pourquoi le parti Groen ! a-t-il tellement de difficultés pour se (re)trouver une place sur l’échiquier politique flamand [1] ? Écolo est en pleine forme et pourrait devenir lors des élections en juin plus important que le CDH en Wallonie. La presse voit bien Écolo accéder au pouvoir aux Régions bruxelloise et wallonne et à la Communauté française, tandis que la presse flamande continue à décrire Groen ! comme un parti qui n’est pas très éloigné du seuil électoral de 5%. Il n’y a pas une explication simple pour expliquer cette différence. Nous avons fait un « swot [2] » de Groen !, c’est-à-dire une analyse de ses points forts et de ses points faibles, et une description des opportunités et menaces pour le parti. Cette analyse nous amènera à formuler à la fin du texte ce qui est, selon nous, le défi central pour Groen !

Commençons par les points forts. Groen ! a une idéologie forte et cohérente qui est en phase avec toute une série d’événements et développements importants au niveau local, régional, national et international. Qu’il s’agisse de problèmes de mobilité dans un petit village ou de grands défis mondiaux comme le réchauffement climatique, le parti dispose d’une capacité d’analyse et sait formuler des réponses. Les écologistes trouvent chaque jour dans l’actualité des dossiers qui leur donnent la possibilité de parler de leur projet. Groen ! a de bons contacts avec Écolo. La collaboration dans la famille politique écologiste belge est plus forte que chez les autres familles politiques. Groen ! a également de bons contacts avec d’autres partis verts en Europe. Le parti dispose d’excellents parlementaires, ce qui a été confirmé récemment par des évaluations de deux journaux flamands (De Morgen et De Standaard). Cette dernière année, Groen ! a fortement actualisé son programme et met maintenant un accent important sur la nécessité d’une modernisation (verte) de notre économie, thème qui pourrait séduire de nouveaux électeurs.

Passons aux points faibles. Même si Groen ! a dès le début des années 1980 (quand le parti portait encore le nom d’Agalev) nié être un « parti environnementaliste » et même s’il a pendant presque trente ans parlé de social et d’économie, le parti reste perçu par beaucoup d’électeurs comme un « one issue party », un parti focalisé sur un domaine, la protection de l’environnement. Cela limite évidemment la possibilité d’atteindre d’autres électeurs que les électeurs fidèles (autour de 5% de l’électorat flamand). En plus, pas mal de gens ont la perception que Groen ! est un parti de « consu-minderen », un parti qui veut que nous consommions tous moins, que notre niveau de vie diminue. D’autres craignent que Groen ! augmente les taxes ou impose toute une série de nouvelles règles contraignantes pour notre vie privée. Il se dit aussi que Groen ! n’est pas bien au courant de ce que vivent les gens au jour le jour, que c’est un parti d’« intellos de la ville » étranger aux préoccupations des gens. En résumé : il y a chez trop de gens un clivage assez grand entre le parti et sa perception, ce qui est beaucoup moins le cas chez Écolo.

Un autre point faible de Groen ! est le manque de mandataires connus. Il y a évidemment les très connues présidentes Mieke Vogels et l’ancienne présidente Vera Dua, mais les nouveaux parlementaires ne sont pas encore bien connus. Un parti politique peut-il aujourd’hui gagner des élections avec seulement un ou deux mandataires populaires ? La bonne relation avec Écolo est un atout (par exemple, dans le travail parlementaire à la Chambre), mais c’est également un point faible. Le climat communautaire est dans notre pays tellement tendu qu’une bonne relation avec un parti francophone est perçue par pas mal d’électeurs flamands comme un manque d’attention pour les intérêts flamands, presque comme une trahison. C’est moins important pour l’électorat potentiel de Groen !, mais cela fait perdre un certain nombre d’électeurs, surtout en Brabant flamand.

Autre élément : Écolo a pris distance vis-à-vis du PS, développe sa propre stratégie totalement indépendamment de lui et n’hésite pas à l’attaquer s’il le faut. Pas mal de mandataires de Groen ! se laissent influencer par leur sympathie pour le SP.A ou l’un ou l’autre mandataire SP.A. Ils ont une certaine difficulté à définir une stratégie indépendamment du SP.A, tandis que celui-ci ne laissera passer aucune chance pour affaiblir Groen !, concurrent électoral important. Ce cocktail de manque de fierté et de dépendance psychologique vis-à-vis du « grand frère » coûte cher à Groen !. Dernier point faible : Groen ! ne dispose pas des mêmes réseaux dans la société civile qu’Écolo. Cela est partiellement dû à des éléments inhérents à la Flandre. Le MOC, par exemple, traite le PS, le CDH et Écolo de la même manière, mais l’ACW (le MOC flamand) n’a qu’un partenaire privilégié, à savoir le CD&V. Groen ! n’a que peu de contacts dans les milieux universitaires, à la différence d’Écolo qui en a beaucoup plus.

Quelles opportunités se présentent à Groen !? Premièrement, il y a évidemment la crise ou plutôt « les crises » : la crise écologique, la crise économique et la crise sociale. Cela donne plein de possibilités à Groen ! pour se profiler et pour parler de ses analyses et solutions. En plus, les dossiers environnement et énergie ne sont plus uniquement portés par Groen ! (et quelques ONG et scientifiques), mais également par des entreprises, la FEB, des leaders comme Ban Ki Moon etc. Ces dossiers ont quitté la marginalité et se retrouvent quasi chaque jour à la une de l’actualité, ce qui augmente évidemment la légitimité et la pertinence des pensées écologistes.

Mais il y a aussi des menaces. Le SP.A n’est pas du tout le PS. Le SP.A s’est modernisé il y a vingt-cinq ans déjà et s’est donné depuis la présidence de Stevaert une image rouge-verte. Des électeurs de sensibilité verte se demandent lors de chaque élection comment voter : pour Groen ! (« mais à quoi ça sert ? ») ou pour le SP.A (« oui, ils sont plus pragmatiques, mais il y beaucoup plus de chances qu’ils se retrouvent au gouvernement et qu’ils puissent réaliser quelque chose de concret »). Les résultats catastrophiques de Groen ! en 2003 (moins de 5% et aucun élu au niveau fédéral) sont notamment dus à cette concurrence électorale. Une autre menace est la commercialisation des médias et de la politique. Les médias flamands donnent de moins en moins de place au contenu, aux débats et aux analyses politiques. L’attention va vers les hommes et femmes politiques, les « Bekende Vlamingen » sur les listes politiques et les petits et grands scandales. Ce contexte n’est pas du tout favorable à Groen ! qui reste focalisé sur son programme politique et qui ne dispose pas de mandataires du type De Wever ou De Decker tellement adorés par les médias flamands pour, entre autres choses, leur franc-parler.

Un autre élément est le discours dominant de droite des dernières années. On peut vraiment parler d’une « coalition de discours » de journalistes, chercheurs, hommes et femmes politiques, lobbies, etc., qui forment une coalition de fait qui défend des idées de droite, libérales et/ou nationalistes. Cette coalition est très forte et réussit à percer dans les médias depuis de nombreuses années (« hégémonie dominante »). Un des éléments qui est répété souvent est la « faillite de la gauche », une gauche qui est en plus présentée comme responsable de beaucoup de problèmes de société. Ni le SP.A ni Groen ! n’ont encore trouvé de réponse à ces attaques. Dernier élément : Écolo est le seul parti dans l’opposition du côté francophone. Groen ! n’est qu’un des quatre partis dans l’opposition du côté flamand. La concurrence dans les médias est donc énorme. Pour donner un exemple : Écolo participe quasi chaque dimanche à un débat télévisé, Groen ! une fois par mois.

Groen ! se trouve donc à un tournant dans son histoire. S’il réussit à corriger à temps son image Agalev et à se présenter à l’électeur comme un parti moderne avec un programme plus large qu’en 2007, comme un parti de solutions, avec un message d’espoir donnant une perspective positive aux électeurs, il pourrait faire un bon score lors des élections du 7 juin (8 à 9% serait pour Groen ! un bon, voire un excellent score). Dans le cas contraire, il risque de rester un petit parti autour de 6%. Le parti devrait alors considérer ce résultat comme un nouveau signal des électeurs l’invitant à reconsidérer son projet, son discours et son fonctionnement interne, et cela très vite, car les élections fédérales de 2011 ne sont pas loin.


[1Je ne parle pas de la position de Groen ! à Bruxelles. Une partie de mes réflexions vaut également pour « Groen ! Bruxelles », mais il y a aussi des éléments spécifiques qui mériteraient d’être développés dans un deuxième article.

[2Swotest l’acronyme de Strengths, Weaknesses, Opportunities, Threats ; en français « atouts, faiblesses, opportunités, menaces ». Ce modèle a été développé dans les années soixante par Learned, Christensen, Andrews et Guth, quatre professeurs de la Harvard Business School, ce qui fait qu’on l’appelle également parfois « modèle de Harvard » ou « modèle LCAG ».

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Dirk Vandenbossche


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