Émeutes : soutien aux policiers !

• le 21 avril 2020
justice sociale, émeutes, police, Anderlecht.

L’affaire fait beaucoup de bruit : Anderlecht a une nouvelle fois été le théâtre d’émeutes menées par des jeunes. Elles faisaient suite à la mort d’un jeune homme, victime d’un accident avec un véhicule de police alors qu’il tentait de fuir un contrôle. Il était soupçonné de ne pas respecter le confinement.

Heureusement, de nombreux politiques ont pris leurs responsabilités : ils ont fermement condamné les émeutes et ont appelé au retour de l’ordre. Tout est bien qui finit bien.

Car nous en resterons là, bien entendu, comme chaque fois que des quartiers défavorisés s’enflamment. C’est une des vertus insignes de notre système social et politique.

Chacun sait que certains quartiers concentrent la pauvreté, le désœuvrement, les logements insalubres et surpeuplés, le décrochage scolaire, le chômage, les difficultés d’insertion sociale et bien d’autres tares. Nous sommes tous conscients du fait que, voir le jour dans ces lieux augure d’un destin difficile, d’autant plus quand la couleur de peau assure une traçabilité parfaite en tout lieu et en toute circonstance. Vos chances d’évasion sont faibles quand vous n’obtenez ni travail ni logement à l’extérieur du quartier pourri qui vous a vu naitre.

Faut-il pour autant chercher à résoudre ces problèmes ? Clairement non ! Cela impliquerait de payer des sommes considérables pour corriger des injustices dont, en fin de compte, personne n’est vraiment responsable. En outre, ça nécessiterait de développer une expertise, d’agir à long terme et de mener des actions aux résultats largement incertains. Il est évidemment inutile de s’aventurer dans de telles politiques publiques labyrinthiques quand il existe des solutions simples et bien plus efficaces : celles que mettent en œuvre, tous les jours, la plupart des politiques.

Reprenons : les jeunes qui se révoltent expriment bien entendu une solidarité vis-à-vis du jeune homme décédé, parce qu’ils savent d’expérience ce que sont, pour eux, les contrôles policiers. Il n’est pas ici question de l’aimable remontrance du policier bonhomme passant à proximité de familles de la classe moyenne occupées à piqueniquer au parc Duden (Bruxelles) ni du regard complaisamment détourné par les pandores longeant en combi la place Stéphanie transformée en skate park pour jeunes de bonnes familles. Eux savent que la police et la justice n’ont pas été créées pour défendre leur droit, mais pour défendre la société contre eux. Mais ils explosent aussi parce que leur avenir est bouché, parce qu’ils sont des étrangers dans leur propre pays, parce qu’ils se sentent quotidiennement humiliés, parce que la moindre ascension sociale leur coute une énorme énergie, pour toujours n’arriver qu’à la cheville des jeunes qui sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche et la clé d’une BMW en poche. Fort bien.

Cependant, ce qu’ils mettent à sac, c’est leur propre quartier. La voiture de leur voisin, la poubelle de leur tante, la vitrine de leur cousin. Et quelques véhicules de police. Rien de bien grave, au fond. Ils ne menacent pas l’ordre social et tendraient même à le renforcer.

Allons-nous mettre notre système social sens dessus dessous ? Pour si peu ? Non, bien sûr. Il suffit de laisser l’émeute se produire, de la réprimer, puis de condamner fermement les troubles sur les réseaux sociaux et à la télévision, tout en proclamant son soutien inconditionnel aux forces de police. Cette action ferme contente tout le monde. Le public évite de se demander pourquoi de jeunes hommes cassent des voitures : les émeutiers ne sont que des racailles qui troublent un ordre légitime qu’il importe de défendre à tout prix. Les politiques, eux, n’ont pas à prendre des mesures complexes et couteuses : il leur suffit de faire donner la troupe. Et même les policiers, envoyés en première ligne pour contenir les explosions de colère des plus faibles, plutôt que de se considérer comme les dupes d’un système qui ne tient que parce qu’ils s’exposent physiquement, bombent le torse, fiers d’être félicités pour être les remparts de la civilisation contre la barbarie.

Oui, les émeutes sont un désordre. Oui, elles ont un certain cout, notamment en mobilisation policière. Oui, elles reviendront cycliquement. Mais qu’est tout cela au regard du désordre et des couts qu’engendrerait l’instauration de la justice sociale ? Rien ! Deux fois rien ! Ce n’est, reconnaissons-le, pas cher payer pour conforter les hiérarchies sociales.

Voilà pourquoi, hier encore, lors d’un petit barbecue organisé avec quelques voisins de ma banlieue cossue, véhément, je soutenais notre police face aux hordes de jeunes délinquants qui manifestent leur irrespect absolu de la propriété et de la tranquillité de nos concitoyens. Et qui ne respectent pas le confinement, sur une mobylette, sans pull autour du cou, ni verre de Spritz.


Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s’est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd’hui le regard lucide d’un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes.
Son expérience du pouvoir l’incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d’ordre dans ce monde qui va à vau-l’eau.