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Éloge des capitalistes asymptomatiques

2 novembre capitalismepandémie - par Anathème -

L’horrible Anathème nous revient avec sa lecture de la pandémie de la Covid-19 et ses conseils quant à la manière la plus efficace de la gérer. Un article à ne pas mettre entre toutes les mains.

Dans l’actuel contexte de pandémie, se font entendre mille appels à la prudence, à la raison, à la solidarité et à l’action collective. Ces fadaises seraient sans importance si les belles âmes qui s’en font les défenseurs ne sapaient par là les bases de notre rapport au monde, les fondements de notre société, nos valeurs les plus sacrées, nos veaux les plus gras : notre infatigable quête de profits et de croissance économique.

Il faudrait confiner les gens, fermer les entreprises, puiser dans la poche des riches pour soutenir les pauvres encore fragilisés par la situation, prendre soin des vieux et placer la vie humaine au-dessus de tout autre intérêt. Billevesées !

Pourquoi, en effet, nous soucierions-nous soudain d’autrui ? Parce qu’une épidémie fait des centaines de milliers de morts de par le monde ? Soyons raisonnables, cette hécatombe n’a rien d’exceptionnel !

La seule voie qui soit en accord avec les fondements mêmes de notre société est celle de l’immunité collective : laisser le virus se répandre et prélever son lot de vie, en faire l’instrument d’un nettoyage et d’une rénovation de notre société. Les plus forts survivront, ainsi que quelques vieux qui auront eu la bonne idée de se terrer chez eux sans importuner les forces vives de la nation, et le champ sera libre pour les capitalistes asymptomatiques, créateurs de cette richesse dans laquelle nous nous plaisons à nous vautrer.

Nous devons en effet être logiques avec nous-mêmes : nous sommes tous redevables des capitalistes asymptomatiques, ces êtres supérieurs qui ont su, dans un contexte délétère, porter le virus du capitalisme sans en souffrir eux-mêmes, contaminant mortellement des milliers de leurs semblables, pour leur plus grand profit.

Les grandes fortunes que nous révérons, les puissants que nous remercions pour l’emploi dont ils font l’aumône aux miséreux, les grands hommes qui trônent en couverture de nos magazines, les élites que nous consultons à l’instar d’oracles dès que le temps est à l’orage, n’ont-ils pas eux-mêmes construit sur la mort de leurs semblables, les empires dont nous nous enorgueillissons par procuration ?

Leurs arrière-grands-parents n’ont-ils pas construit leurs fortunes sur l’absence de salaire et d’âge minimum pour travailler ou de durée de travail maximum ? Leurs grands-parents n’ont-ils pas fait fructifier leurs investissements dans des territoires colonisés, dont les habitants ne savaient que faire pour créer de la richesse et avaient besoin qu’on leur montre comment récolter le caoutchouc si prisé par l’industrie du pneu. Leurs parents n’ont-ils pas délocalisé leurs activités vers des pays où le marché du travail était plus flexible, pour offrir des emplois à des enfants, des femmes privées de tout droit, des hommes exploités jusqu’à la mort ? Ne serait-il pas logique de les laisser, aujourd’hui, une fois de plus, faire passer le profit avant la vie humaine ?

On dit souvent, et à raison, que la stabilité des règles est essentielle aux affaires. Il serait dès lors parfaitement absurde, face à la pandémie, de soudain s’acheter une conscience. Soutenons donc ceux de nos dirigeants qui, proches des milieux d’affaire, rappellent que la priorité est au maintien d’une croissance dont nous dépendons et qui, depuis toujours, a fait la grandeur de nos nations et de leurs élites.

Il ne faut y voir aucune malice particulière, juste la continuation d’un processus d’amélioration de nos sociétés, par la sélection des plus aptes : les capitalistes asymptomatiques, à même de survivre dans un monde pourtant hostile à la majorité, capables de prospérer quand des cohortes de miséreux dépérissent et qui, à ce titre, méritent bien l’opulence dans laquelle ils baignent.

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s’est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd’hui le regard lucide d’un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes.
Son expérience du pouvoir l’incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d’ordre dans ce monde qui va à vau-l’eau.