Colombie. De San Vicente del Caguán à La Havane

Laurence Mazure

« Retour amont » : ces mots du poète René Char se sont imposés, lorsque j’ai redécouvert les archives audio de mon premier séjour en Colombie (septembre 1998-juillet 2000) durant lequel j’ai suivi le processus de paix de San Vicente del Caguán, une localité où je me suis rendue en octobre 1999.

Dix-sept ans plus tard, qu’est-ce que les voix des guérilléros et des civils rencontrés nous racontent encore ? Quelles visions de l’avenir exprimaient-elles déjà ? Quels avertissements aussi ?

Retrouver et dévider le fil de l’histoire collective de San Vicente et des environs jusqu’à aujourd’hui, place l’attente de l’accord de paix final dans une lumière double : celle des avancées sans retour et celle des derniers dangers à affronter avant qu’un état de paix puisse exister sur tout le territoire colombien.

Un commandant des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) prend la parole : « Le paramilitarisme est une politique de l’État colombien, qui s’inscrit dans une stratégie anti-insurrectionnelle. Les forces armées et la police donnent de l’importance aux AUC (Autodéfenses unies de Colombie) car ainsi, ils n’apparaissent pas comme les exécutants de la terreur officielle. […] Cela se sait et a été prouvé, des officiers ont été démis de leurs fonctions à la suite de massacres. […] Quant à nous, nous pensons que les négociations de paix peuvent avancer par un chemin beaucoup plus sûr : celui du démantèlement du paramilitarisme. »

Un autre commandant de la guérilla enchaine : « Nous sommes convaincus que la paix a besoin de perspectives en matière de développement […]. Il faut aider les paysans ainsi que les industries agroalimentaires locales, et résoudre le problème du chômage. […] La paix peut générer de nouveaux investissements […]. Il faut un nouveau gouvernement, un nouvel État pour résoudre les problèmes en matière de santé et d’éducation. »

Les voix de 1999

Les voix sont intactes sur les anciennes cassettes de reportage : ce n’est pas La Havane en 2016, mais San Vicente del Caguán en octobre 1999, durant le dernier processus de paix en date, qui s’est déroulé de fin 1998 au 21 février 2002 sous le mandat du président Andrés Pastrana.

Ce 9 octobre 1999, cela fait à peine un an que le président a mis en place la zone démilitarisée de 40000 kilomètres carrés contrôlée par les Farc. Les localités de San Vicente ainsi que Los Pozos et Cartagena del Chaira abritent les négociations entre le gouvernement et la guérilla — les troisièmes d’une longue série car depuis la fondation des Farc en 1964, il y a déjà eu les dialogues de La Uribe (1984) et de Casa Verde (1990).

Échos du Caguán

Le premier commandant s’appelle Iván Ríos, en charge des relations de la guérilla avec la presse. Le second est Simon Trinidad. Il fait lui aussi partie du haut commandement. Tous deux participent régulièrement, ainsi que d’autres guérilléros, aux émissions d’Ecos del Caguán, une radio communautaire créée par des jeunes avec l’aide du père Luis Fernando Molina, prêtre aux fortes convictions sociales, qui a jadis eu pour compagnon de séminaire Iván Marquez, membre du commandement des Farc.

Les priorités de la radio ? La paix par le dialogue, l’éducation, l’information, et aussi le divertissement. L’antenne est un espace social qui accueille les questions locales : les gens appellent et suggèrent des solutions à des problèmes quotidiens — ramassage des ordures, accès à l’eau.

Depuis le début des négociations, les Farc ont souhaité se joindre à un espace de débat. Alors Ecos del Caguán donne aussi la parole à la guérilla, aux autorités municipales, et aux habitants de San Vicente et des alentours. Pour eux, un coup de fil en direct à la station est la seule occasion de poser les questions qui les préoccupent. Les gens ne donnent jamais leur nom, par peur d’être stigmatisés, mais ils interpellent Iván Ríos, Simon Trinidad et le maire : « Que se passe-t-il réellement à San Vicente et dans la région ? », « Pourquoi n’a-t-on pas consulté les habitants avant de créer la zone démilitarisée ? », « Comment peut-on espérer la paix si le chômage et la pauvreté continuent ? » « Pourquoi, chaque fois que les grands médias parlent de cultures illicites de coca, dit-on que ça se passe ici ? »

Une poignée de main dans la jungle

Comment en est-on arrivé-là ? Un an plus tôt, durant la campagne présidentielle de 1998, Manuel Marulanda Vélez, pseudonyme de Pedro Antonio Marín, un des fondateurs des Farc et son chef historique indiscuté, se réunit dans la jungle avec le candidat Pastrana. Tous deux s’engagent à mener des négociations de paix si ce dernier est élu.

Mais le jour de l’ouverture officielle du processus de paix du Caguán, le 7 janvier 1999, le président Pastrana n’a qu’une chaise vide pour voisin, Marulanda et la guérilla jugeant que les conditions de sécurité ne sont pas réunies.

Depuis, les négociations passent par quelques hauts et beaucoup de bas.

Pourtant, le 26 mai 1999, les deux parties concluent l’Agenda commun pour la paix. Les douze points à négocier portent, entre autres, sur une politique agraire intégrale, la lutte contre le trafic de drogue, les droits de l’homme, le rôle des forces armées, et les mécanismes finaux des accords.

Mais le jour même de cette avancée, les forces armées et le ministre de la Défense, Rodrigo Lloreda (qui, le 3 aout 1998, avant l’investiture du président Pastrana rencontrait déjà le président Clinton pour poser les jalons du futur plan Colombia), orchestrent une crise, à coups de démissions vite rengainées, pour protester contre l’existence de la zone démilitarisée qui rend possibles les dialogues et cet agenda commun. Les Farc répondent en refusant toute surveillance internationale des négociations et de la zone.

La vie, entre peurs et stigmatisations en tous genres

D’autres sujets sont abordés à Ecos del Caguán : un des animateurs, Eduardo, explique qu’ils donnent de larges temps d’antenne aux proches des militaires et policiers retenus prisonniers par les Farc, pour envoyer des messages de soutien, « en espérant vraiment contribuer ainsi au processus de paix ».

Mais en matière de paix, rien n’est simple. Son collègue, Efraim, explique que les grands médias colombiens qui débarquent à San Vicente, les traitent avec suspicion et publient des articles qui stigmatisent la zone : « Cela fait beaucoup de mal à tous les habitants, en fait à tous les Colombiens, car si le processus de paix se brise, nous souffrirons tous. Nous espérons vraiment aboutir à un accord de paix, sinon le conflit va se faire sentir avec force à travers tout le pays. […] La grande peur, ce sont les paramilitaires. » Luis Fernando confirme : « Les gens ont peur qu’après [la fin des négociations] les paramilitaires viennent ici. »

En ce mois d’octobre 1999, il y a aussi environ 400 à 500 familles déplacées à cause du conflit à San Vicente. Ainsi, en 1996, Daniel a dû fuir le village où il vivait à deux-cents kilomètres de là à la suite des combats entre les Farc et l’armée. Sa famille et lui survivent de petits emplois : « Ce serait vraiment bien si nous pouvions avoir la paix, cela génèrerait beaucoup de travail, du moins à long terme. » Plus pauvre d’entre les pauvres, Daniel subit le climat de méfiance généralisée : « Il y a des gens qui nous ont accusés d’être des auxiliaires de la guérilla, qui ont menacé de nous tuer. »

Antonio lui aussi ressent cette stigmatisation : « Cela fait déjà quelque temps que je ne sors plus de San Vicente. Ceux qui se rendent à Neiva [capitale du Meta, région voisine] sentent le poids d’être originaires d’ici [1]. »

Destins de guérilléros, 1999-2016 : la mort, la prison

Dix-sept ans plus tard, que sont devenus ces personnes et leur village ? Pourquoi la peur du retour des paramilitaires est-elle intacte aujourd’hui ? En quoi ce qu’il est advenu de San Vicente depuis la suspension des négociations le 21 février 2002 par le président Pastrana, parle de tous les risques du post-conflit en 2016 ?

La plupart des commandants guérilléros rencontrés en 1999 sont morts sous les bombes du plan Colombia élaboré entre le gouvernement colombien et les États Unis tout au long des dialogues du Caguán. Les nouvelles technologies militaires de pointe, négociées dès 2000 pour plus de 7 milliards de dollars, ont permis à l’État d’imposer sa supériorité pour forcer la guérilla à retourner à la table des négociations, à Cuba, avec un agenda thématique qui reprend les grandes lignes posées durant le Caguán.

La voix du premier commandant, Iván Ríos, de son vrai nom José Juvenal Velandia Topo, résonne d’outre-tombe : il sera assassiné par un de ses hommes le 3 mars 2008 — un coup dur de plus pour la guérilla dont le numéro 2, Raúl Reyes, vient d’être abattu, le 1er mars, dans un bombardement américano-colombien en territoire équatorien. De plus, les circonstances de sa mort font état d’une dégradation du moral des troupes : aigri par les mauvaises conditions de survie dans les montagnes colombiennes, et surtout animé par l’appât du gain car la tête de Ríos est mise à prix, son chef de sécurité l’abat puis lui tranche la main droite afin de pouvoir réclamer sa récompense auprès des autorités. Malgré le soutien d’une armée prête à payer ce que l’assassin considérait comme son dû, le coupable est condamné à plus dix-huit ans de prison — les juges décidant pour une fois qu’un crime aussi crapuleux ne doit pas payer.

On pourrait dire du second, Ricardo Palmera, alias « Simon Trinidad », que sa voix, elle, résonne d’outre-geôle : cet économiste, issu d’une famille aisée de Valledupar, diplômé d’une des grandes universités de Bogotá, milite dans les rangs de l’Union patriotique (UP), parti fondé en 1985 dans le contexte de précédentes négociations de paix entre le président Belisario Betancur et les Farc, afin d’intégrer la guérilla à la vie politique du pays.

Mais le succès de l’UP aux élections générales de 1986 va déclencher l’extermination systématique de ses membres (entre 3.500 et 5.000 victimes), dans une impunité quasi totale qui, aujourd’hui encore, maintient ce dossier ouvert auprès de la Cour interaméricaine des droits de l’homme. Leurs assassins ? Les plus grands mafieux de l’époque, les réseaux paramilitaires, avec la bénédiction des services de renseignements et des forces armées.

Palmera échappe aux assassins en rejoignant les Farc en 1987, comme beaucoup d’intellectuels engagés et de syndicalistes. Tenu par les États Unis pour responsable de l’enlèvement en 2003 de trois agents de la Drug Enforcement Administration (DEA), ce qu’il a toujours récusé, Simon Trinidad est arrêté en territoire équatorien en 2004 lors d’une opération menée conjointement par la police équatorienne et des militaires colombiens, puis ramené à Bogotá et extradé aux États Unis. Jugé et condamné à soixante ans de prison au cours d’un procès marqué de nombreuses anomalies, il purge sa peine au pénitencier de haute sécurité de Florence, Colorado.

Civils : pas de trêve pour la peur

À San Vicente, et dans ses environs, l’histoire des civils, vivants et morts, est cernée par le silence depuis la fin brutale de la zone démilitarisée le 20 février 2002 : la veille, les Farc enlèvent le sénateur Jorge Gechem après avoir détourné son avion. Le président Pastrana met fin aux négociations, l’armée et l’aviation colombienne reprennent le contrôle des 40.000 kilomètres carrés. Puis le 23 février malgré les avertissements catégoriques des forces de sécurité, la candidate présidentielle Ingrid Betancourt, créditée de moins de 1% des intentions de vote au scrutin de mai 2002, tente un coup d’éclat en se rendant par la route à San Vicente et termine prisonnière de la guérilla. Cette saga va occulter le reste du conflit, ce qui arrange beaucoup de monde car cela permet d’éluder les vraies questions : qu’est-il arrivé aux habitants de San Vicente et de la zone démilitarisée après la fin des négociations ?

Dix ans d’attente

En février 2012, lors du dixième anniversaire de la fin de la zone, les journalistes Katherine Loaiza et David Felipe Rincón se rendent dans le Caguán pour le site d’information Terra. Leurs articles et photos révèlent ce qu’a subi la société civile : au sujet de la situation après le 20 février 2002, « le père Molina explique qu’après l’arrivée de l’armée colombienne […], les combats entre les uns et les autres ont eu des conséquences dévastatrices pour la population civile, qui est toujours celle qui se retrouve prise au milieu de tout ».

Les commentaires du reportage photo expliquent cette dévastation : « Après le départ de la guérilla, en six mois, 163 personnes ont perdu la vie de façon violente à San Vicente. » Ou bien encore : « Partout dans les environs, il y a de nombreuses histoires de personnes retrouvées démembrées ou le ventre rempli de pierres pour qu’elles ne flottent pas [...] il y a eu beaucoup de cas de morts violentes qui ont été attribuées, officieusement, aux groupes paramilitaires voire aux forces armées. »

En fait, les inquiétudes d’Efraim, Fernando, Daniel et Antonio en octobre 1999 étaient d’autant plus fondées que les paramilitaires étaient déjà présents dans la région depuis 1997.

Le massacre annoncé

Dès 1997, les paramilitaires arrivent du nord-ouest du pays, du Córdoba et de l’Urabá, où règnent alors les frères Vicente et Carlos Castaño. Ceux-ci sont en train de fédérer tous les fronts paramilitaires au niveau national au sein des AUC, Autodéfenses unies de Colombie. Le Bloque Central Bolivar, qui contrôle déjà par la terreur la région du Magdalena Medio, débarque dans le Caquetá : le département est un bastion de la guérilla et des luttes agraires, et il y a gros à gagner pour qui reprendra aux Farc une partie du narcotrafic. Les grands propriétaires terriens, éleveurs et commerçants du Caguán, eux, réclament l’arrivée des AUC, lassés des extorsions et enlèvements contre rançon des Farc.

Les « paras » sont donc déjà présents sur le terrain avant le début officiel des négociations entre le gouvernement et les Farc. Mais l’ouverture des dialogues accélère leur arrivée dans la région, et crée une nouvelle géographie de la guerre : au nord du Caquetá, à partir de San Vicente la guérilla contrôle les 40.000 kilomètres carrés de la zone démilitarisée. Au sud du département, près de Belén de los Andaquíes, dans le village de Puerto Torres, les hommes du Bloque Central Bolivar installent leur centre de commandement et de torture dans l’école municipale.

Tout au long des négociations du Caguán, la classe politique colombienne et de nombreux secteurs de la société occulteront alors ce qui est en train de se passer, à savoir, l’offensive des AUC autour de la zone démilitarisée et dans tout le pays : du 1er janvier 1999 au 31 décembre 2001, 449 massacres paramilitaires, souvent effectués avec la complicité des forces armées colombiennes, permettent aux AUC de contrôler des régions entières, et donc de pans entiers de l’économie et de la vie politique du pays. Une influence à long terme, qui va bien au-delà des démobilisations de façade engagées à partir de 2005 sous la loi dite de « Justice et Paix » durant le premier des deux mandats du président Álvaro Uribe — et qui perdure aujourd’hui encore, sous de nombreuses formes.

L’horreur vécue dans le Caquetá et le Caguán est hélas un cas d’école : en 2015, le Centro Nacional de Memoria Histórica (CNMH) prend l’exemple de Puerto Torres pour illustrer l’organisation de la terreur par les paramilitaires à l’échelle du pays durant les négociations du Caguán.

Ainsi neuf grands massacres paramilitaires sont commis dans le sillage de l’ouverture des négociations du Caguán le 7 janvier 1999. Cette année-là, les AUC perpètrent un total de 99 massacres. Les grands médias parlent surtout d’enlèvements contre rançon et d’extorsions des Farc.

Certains intellectuels contribuent aussi à une certaine invisibilité du conflit : en aout 1999, quand Daniel Pécaut, directeur de recherche à l’École des hautes études en sciences sociales, spécialiste français de la Colombie, reçu par les autorités et les universitaires colombiens, décrète qu’on ne peut parler de l’existence d’une guerre civile, dix-sept massacres paramilitaires frappent le territoire. Ses écrits répètent la même chose en 2001, année sanglante où les AUC perpètrent 161 massacres. Car il y a bien une guerre civile en cours, pour contrôler des secteurs entiers du territoire et de son économie : le 23 juillet 2001, à Santa Fé de Ralito, les quatre grands chefs « paras » se sont réunis dans le plus grand secret avec la classe politique locale et onze membres du Congrès pour signer un pacte stratégique. Le texte établit la « tâche inéluctable de refonder notre patrie, de signer un nouveau contrat social ».

Du pacte de Ralito à la « parapolitique »

Le texte prend acte de ce qui a déjà été mis en place durant cette période où tous les regards sont fixés sur la guérilla, c’est-à-dire, la collaboration de pans entiers de la classe politique avec les groupes paramilitaires. Leur but ? Mettre le pouvoir du narcotrafic, (hommes, armes et argent) au service de la conquête du pays par certains secteurs économiques et politiques, notamment celui d’Álvaro Uribe, pour les élections générales de 2002, puis de 2006. Le pacte de Ralito n’est pas unique : au moins treize autres pactes similaires ont été conclus durant les années 2000-2001 dans le plus grand secret et la plus totale illégalité, comme le rapporte la fondation Arco Iris en mai 2012.

Le pacte de Ralito n’a été connu que fin 2006 : un des signataires tente alors de minimiser sa culpabilité en révélant son existence, ouvrant la porte au scandale de la « parapolitique » et à la condamnation, entre autres, de soixante membres du Congrès colombien.

La menace paramilitaire prise en compte à La Havane

Aujourd’hui, entre l’accord historique du 23 juin sur la fin de la guerre entre le gouvernement et les Farc et la signature à venir de l’accord final de paix, la peur est toujours présente dans le département du Caquetá et le Caguán.

En avril dernier, à Belén de los Andaquíes, à Puerto Torres et d’autres localités, Álvaro Ybarra Zavala du quotidien espagnol ABC rencontre des habitants terrorisés par le retour des paramilitaires. Ces derniers les ont convoqués pour leur dire : « Nous sommes de retour, c’est notre territoire, et nous ne laisserons pas le pays être vendu aux terroristes des Farc par un gouvernement qui trahit la nation. » Un des habitants exprime la crainte de tous : « Ces personnes [les paramilitaires] se sont déjà montrées à La Mona, à Puerto Torres, et ici, à Valparaiso. Les gens ont très peur, ils ne veulent pas revivre les horreurs qui les ont frappés par le passé [2]. »

Cette menace est d’ailleurs prise en compte dans l’accord du 23 juin, dans la clause 2 sur « Les garanties de sécurité et de lutte contre les organisations criminelles responsables des homicides et massacres, ou qui portent atteinte aux défenseurs des droits humains, mouvements sociaux ou mouvements politiques » qui concerne aussi « les organisations criminelles qui ont été nommées héritières du paramilitarisme ainsi que leurs réseaux d’appuis […] ».

Selon Ildefonso Henao, ancien démobilisé de la guérilla de l’EPL de 1991, qui a travaillé toutes ces dernières années avec le Haut Conseil pour les droits des victimes, la paix et la réconciliation auprès de la mairie de Bogotá, cet accord crée un équilibre inédit : « Les Farc se retirant de la guerre, les deux tiers des forces armées pourront être réorientées pour combattre les organisations paramilitaires qui se sont restructurées sous de nouveaux noms, les cartels dédiés au trafic de drogue, et tous leurs systèmes d’alliances — tels que leur coopération criminelle avec les pouvoirs locaux, la justice, les services de santé et les services sociaux. Ainsi, la légalité et les institutions vont pouvoir être mobilisées pour l’après-conflit, et déclarer la guerre aux organisations illégales et aux économies qui leur sont associées [3]. »

[1Enregistrements réalisés par l’auteure les 8 et 9 octobre 1999 dans la localité de San Vicente del Caguán, Caquetá, Colombie. Toutes les citations sont extraites de ces sources.

[2ABC, 10 avril 2016.

[3Courriel d’Ildefonso Henao à l’auteure du 2 juillet 2016.

L’intégrale de cet article figure sur l’e-mois.