La monarchie et son image auprès des Belges

Depuis sa création, il y a près de deux siècles, la monarchie belge a connu bien des vicissitudes. Snobé par les grandes puissances, Léopold Ier dut batailler ferme pour imposer la jeune Belgique sur la scène internationale [1]. La politique de son fils Léopold II, le « roi du Congo », fut la cible de nombreuses critiques tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières [2]. Après la page légendaire du règne d’Albert [3], le Roi-Chevalier perçu comme un héros, les décisions de son héritier Léopold III en 1940 provoquèrent une crise de régime qui dura cinq années [4]. Dans un pays en proie aux luttes communautaires, le roi Baudouin fut pour certains un rempart contre le séparatisme. Il demeure pour d’autres celui qui refusa de signer la loi dépénalisant l’avortement. Ses successeurs connaissent des règnes moins mouvementés, se tenant de plus en plus en retrait de la vie politique du pays. Comme dans les autres monarchies européennes, leur rôle semble s’être émoussé. Air du temps, mais aussi question de survie, sans doute. S’intéresse-t-on d’ailleurs encore au roi ou à la famille royale ? Il semble que oui, la monarchie fait toujours vendre. Des livres, des documentaires télévisuels, auxquels s’ajoutent des revues ou des émissions qui leur sont entièrement (...)

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Covid-19 - Une revue face à la crise

Ce numéro de La Revue nouvelle est exceptionnel à plus d’un titre. Nous qui avons fait de la prise de distance par rapport à l’actualité une marque de fabrique, nous publions un dossier directement lié à « l’évènement » du moment. Alors que nous veillons à ce que la revue soit un projet du collectif des autrices et auteurs de La Revue nouvelle, nous avons dû cette fois construire ce dossier « à distance », sans pouvoir réunir le comité de rédaction dans nos locaux. Même le rythme des rubriques a dû être modifié, vu l’afflux exceptionnel de textes que le projet de dossier a suscité. Et, last but not least, ce numéro est accessible dans son entièreté gratuitement en ligne.

C’est qu’il nous a paru crucial (...)

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Des confins au cœur de la fabrique sociale

« Courage. Samen sterk », pouvait-on lire récemment sur la pelouse du château de Laeken, dans un message adressé par la monarchie belge à la population. Un message qui a été rapidement repris et parodié sur les réseaux sociaux, les internautes n’ayant pas manqué l’ironie du symbole : « Courage dans vos 20m2 ! », « Et si vous n’avez pas de pain, mangez de la brioche ! », avons-nous pu lire notamment. Effectivement, cette idée que nous serions « tou.te.s ensemble, dans le même bateau » est l’un des mythes les plus martelés dans les discours du gouvernement, de certains médias people [8] et des publicitaires d’entreprises privées [9] depuis le début de la crise du Covid-19. Un slogan faussement de bon sens : si (...)

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Émeutes : soutien aux policiers !

L’affaire fait beaucoup de bruit : Anderlecht a une nouvelle fois été le théâtre d’émeutes menées par des jeunes. Elles faisaient suite à la mort d’un jeune homme, victime d’un accident avec un véhicule de police alors qu’il tentait de fuir un contrôle. Il était soupçonné de ne pas respecter le confinement.

Heureusement, de nombreux politiques ont pris leurs responsabilités : ils ont fermement condamné les émeutes et ont appelé au retour de l’ordre. Tout est bien qui finit bien.

Car nous en resterons là, bien entendu, comme chaque fois que des quartiers défavorisés s’enflamment. C’est une des vertus insignes de notre système social et politique.

Chacun sait que certains quartiers concentrent la (...)

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« Plus tard » c’est maintenant

Comment fait-on de la politique en Belgique après un mois de pouvoirs spéciaux ? Pourquoi ce cadre devient-il trop étroit pour affronter une pandémie face à laquelle le pays manque de ressources et qui se double d’une débâcle économique et sociale, voire humanitaire ? Quelles pierres de touche poser pour remettre la démocratie en marche et préparer des élections que l’on sait inévitables ? Tentative de commentaires avec identification de leviers d’action à saisir dès aujourd’hui.

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Pandémie et changements climatiques, la bataille des urgences

Emboitant le pas aux États membres qui ont tous déployé une batterie de mesures pour affronter la pandémie du Covid-19 et ses conséquences pour la vie économique, la Commission européenne a présenté une série de propositions (certaines devant être validées par le Conseil, voire le Parlement européen). Elles vont de la levée des obstacles aux douanes pour le passage de biens de première nécessité et équipements médicaux à la création d’un plan d’investissement anti-coronavirus, en passant par la suspension du Pacte de Stabilité et la mobilisation du mécanisme européen de stabilité pour aider financièrement les pays mis en difficulté par la pandémie.

Dans toutes les initiatives sur la table et en (...)

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Israël 2020 – « Révolution » juive et « conservatisme » israélien

Le but de cet article n’est pas de faire de la prospective politique mais de souligner que les élections législatives du 2 mars dernier ont rappelé quelques tendances lourdes de la société israélienne. Cette société n’est pas seulement divisée entre Juifs et Arabes, laïcs et religieux, Ashkénazes et Orientaux. Elle oppose également des « périphéries » juives à des « centres » israéliens mondialisés. En Israël, depuis trois décennies, les citadelles juives de droite, majoritaires et inexpugnables, ne laissent survivre qu’une minorité assiégée de bastions israéliens de centre-gauche.

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Le coronavirus, bouc émissaire d’un krach boursier

Si plusieurs pays ou villes sont passés en phase 3 de lutte contre le coronavirus, les marchés financiers et opérateurs économiques sont également en alerte maximale. « Coronavirus : semaine noire pour les Bourses, Wall Street au plus bas depuis 2008 » titrait la RTBF le 28 février. Et les nouvelles des répercussions de la pandémie sur le monde de la finance n’invitent guère à l’optimisme. Les appels à réaction pour éviter une dégradation et une perte de contrôle de la situation se multiplient. Certains préconisent une réaction vigoureuse des Banques centrales. Angela Merkel à la tête de l’Allemagne, réputée pour son orthodoxie budgétaire et sa tolérance zéro envers les dérapages, va jusqu’à prôner un (...)

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Covid-19 : entre banalisation et alarmisme

L’épidémie naissante de Covid-19 touche aux peurs fondamentales de nos sociétés. Dans ce cadre, deux positions caractéristiques se sont développées qui mobilisent chacune une sélection subjective des chiffres relatifs aux décès et à la transmission de cette maladie. “Ce n’est qu’une grosse grippe”

D’un côté, on trouve la position banalisante : “ce n’est qu’une grosse grippe, la grippe tue beaucoup plus que le coronavirus”. C’est effectivement vrai aujourd’hui, puisque la grippe saisonnière a une incidence qui fluctue entre 5 et 10% de la population et un taux de décès qui s’élève approximativement à 0.1%. En revanche, le Covid-19 est un nouveau virus contre lequel la population n’est pas immunisée. Le (...)

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Demain l’individualisme

Individu-consommateur, individu-travailleur, individu-citoyen, individu-profil, individu-élève, individu-patient, etc. Nous sommes une société d’individus. Nous sommes reliés par des collectifs, des organisations, des institutions, des cultures, des écosystèmes, etc., mais nous serions devenus avant tout et fondamentalement une « société d’individus ». Une société dont le principe est l’individu : la singularité inaliénable de ses droits et de ses libertés, sa subjectivité, ses identités et tout ce qui leur donne de l’existence sociale. Et tant mieux ! Devenir des individus est l’une des voies par lesquelles nous avons échappé à tant de sombres asservissements historiques — au souverain, aux aristocrates, (...)

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Peut-on ne pas rire de tout ?

Il a récemment été beaucoup question de l’humour particulier pratiqué au carnaval d’Alost. L’année dernière, un char y avait illustré des Juifs sous des traits qui n’auraient pas déplu aux fascistes et nazis des années 1930, et qui continuent de leur plaire, car il faut leur reconnaitre une belle constance dans l’humour. Le tollé qui s’était ensuivi avait eu pour conséquence d’amener les responsables dudit carnaval à retirer volontairement leur manifestation de la liste du patrimoine immatériel de l’humanité de l’Unesco — plutôt que d’avoir à rendre des comptes sur leur conception de la drôlerie. Mais les choses n’en sont pas restées là, puisque, cette année, les groupes caricaturant les Juifs se sont multipliés, (...)

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Liberté d’expression : pour un encadrement de l’absolu

Récemment, l’université libre de Bruxelles a bruissé d’une de ces polémiques qu’elle affectionne particulièrement et qui lui permettent de revivre les grandes heures du combat contre l’Infâme. Alors que l’on s’apprêtait à accueillir les héros de la liberté d’expression que sont Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo, et Marika Bret, directrice des ressources humaines du même organe, deux organisations étudiantes, l’Union syndicale étudiante et le Cercle féministe de l’ULB, ont protesté avec véhémence. Elles s’offusquaient de ce qu’on invite des conservateurs qui, d’une part, excipaient de leur absolue liberté d’expression pour moquer les plus faibles et les minorisés et, d’autre part, répétaient à qui (...)

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Israël – Législatives 2020. La balle au centre ?

Ce 2 mars 2020, les électeurs israéliens seront invités à se rendre aux urnes pour la troisième fois en moins d’un an pour élire 120 députés. Les deux précédents scrutins législatifs (9 avril 2019 et 17 septembre 2019) n’ayant pas permis à une majorité parlementaire de se dégager et d’investir un gouvernement de plein exercice, l’enjeu principal de ces nouvelles législatives est de taille : sortir Israël d’une crise politique et institutionnelle sans précédent depuis la création de l’État juif il y aura bientôt 72 ans.

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Islam en Belgique : débats et perspectives

Si on s’accorde pour dire que les premières affaires du foulard porté par des élèves à l’école, et qui datent de 1989, constituent les débuts de la visibilité publique des populations musulmanes, cela signifie que cela fait maintenant trente ans que la Belgique débat de l’insertion de l’islam en son sein. Si ce débat est donc déjà ancien, les attentats revendiqués par l’État islamique sur le sol européen, et singulièrement les attaques du Musée juif de 2014 et de Bruxelles de 2016, ainsi que le départ relativement important vers les territoires du califat ou de la résistance syrienne d’individus socialisés et le plus souvent nés en Belgique, ont remis à l’avant-plan de l’agenda politique les débats relatifs à (...)

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Plan Trump : Une certaine « vision de l’Apocalypse »

Au commencement était le Verbe. Et quel Verbe… Ce 28 janvier 2020, c’est en grande pompe que le président américain Donald Trump a présenté sa « vision de la paix », en présence du seul Premier ministre israélien Binyamin Netanyahou. Les représentants palestiniens n’étaient pas conviés à la présentation d’un plan à l’élaboration duquel l’administration américaine n’avait pas jugé bon de les associer. Au propre comme au figuré, les Palestiniens n’étaient pas à la fête. Et, si ce plan devait réellement être mis en application, ils ne risquent pas de l’être de sitôt.

Intitulé Peace to Prosperity – A Vision to Improve the Lives of the Palestinian and Israeli People, le document de 181 pages présenté par (...)

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Témoigner du réel

Le cours de la réalité, pris dans le torrent des fake news, est tombé plus bas que zéro. Pourtant, nous la parlons, à la recherche de sens, d’une prise.

Il ne s’agit pas de défendre la rationalité « face aux ténèbres », le dévoilement de ce qui serait « la vérité ». Cela annihile le réel.

Il ne s’agit pas d’opposer des régimes de croyance, brandir des étendards, mener une énième croisade contre les discours populistes de droite. Cela mène à l’échec.

Il ne s’agit pas de nous raccrocher à des pratiques de référence : la déontologie journalistique, l’éthique de la recherche, la fidélité à la parole… Cela ne délivre de rien.

Il s’agit juste de chercher comment faire pour cesser de sonner creux.

C’est (...)

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Quel enseignement de l’économie ?

Depuis plusieurs années, nombreux sont les acteurs — mouvements, associations et autres — qui questionnent, parfois vigoureusement, l’évolution de l’enseignement de l’économie à l’université, le contenu de la formation des économistes et, dans certains cas, son manque de pluralisme. Ces critiques émergent de divers mouvements ou associations, depuis le mouvement dit postautisme lancé par les étudiants français il y a vingt ans, jusqu’au plus récent mouvement Rethinking Economics dont la branche belge contribue à ce numéro. Au cœur de la critique, de la part des étudiants, se trouve une déception, celle que les cours ne traitent pas suffisamment des grands enjeux sociétaux. D’autres initiatives ou critiques (...)

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Ce mouvement qui n’en finit pas de ne pas avoir d’avenir

Cela fait maintenant un an que les gilets jaunes ont fait irruption dans l’espace public et politique français et qu’ils continuent de tenter de l’occuper chaque samedi malgré une baisse constante de la participation. Si la longévité du mouvement est assez exceptionnelle, elle illustre également son incapacité à se réinventer, à se structurer, à porter un projet qui pourra être repris politiquement. Si on prend du recul et qu’on analyse les conceptions idéologiques présentes au sein du mouvement, on peut prédire sans beaucoup de risque d’erreur que les choses gilets jaunes vont probablement encore durer, mais sans pouvoir dessiner un horizon politique réel.

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Greta et les antonomases

Certes mon titre sonne un peu comme Jason et les argonautes, mais Greta ne cherche ni un trône ni la toison d’or.

Dans l’intense production discursive à laquelle sa personnalité et ses interventions donnent lieu depuis quelques mois, j’ai choisi de retenir une figure de style abondamment utilisée et déjà abordée dans une chronique précédente (consacrée à Macron-Jupiter), mais qui se renouvelle sans cesse dans le discours médiatique : l’antonomase et, y attenant, les périphrases servant à désigner la jeune militante écologiste.

« Buster Keaton », « fée clochette », « Fifi Brindacier », « Marie Popins », « Wonder Greta », « Verte Antigone », « Mafalda », « Jeanne d’Arc », « Notre Dame du climat », « (...)

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Politique et désenchantement

En février 2019, l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (Iweps) publiait son baromètre social consacré cette fois à la démocratie et aux institutions wallonnes. Les résultats en ont été finalement peu commentés par rapport à la crise qu’ils révèlent : seuls 35,6% des plus de 1.200 participants à l’étude [53] affirment avoir moyennement confiance, une grande confiance ou une confiance totale dans les politiciennes et politiciens, et ce chiffre tombe à 31,5% pour les partis politiques. Ces scores sont à mettre en comparaison avec la confiance accordée à la famille (96,2%), aux enseignant.e.s (89,5%), à l’armée (89,4%), aux syndicats (63,8%) ou à l’Union européenne (57,4%). (...)

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De l’art de choisir son précipice

Aujourd’hui, sur tous les tons, on entend qu’il nous faut changer notre mode de vie. Quoi de plus banal ? Nos grands-parents en ont changé, passant de la voiture à l’avion, du ventilateur au climatiseur, de la bonne au service traiteur et de Blankenberge à la Polynésie. Quoi de plus naturel, au fond, que le changement ?

De changement, notre agenda politique en est plein ! Démanteler ces vieux services publics qui coutent tant aux riches pour engraisser les pauvres, baisser les impôts, abattre les frontières pour les puissants, les fortifier pour les faibles, flexibiliser le travail, rigidifier la transmission des richesses, recourir à la technologie pour prévenir les remises en cause de notre (...)

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Faut-il croire ?

La crise profonde que, sous de multiples aspects, traverse le christianisme contemporain se manifeste plus particulièrement au sein du catholicisme européen par l’effondrement des affiliations religieuses et des pratiques cultuelles prescrites par cette Église. Au cours des dernières décennies, la chose a même pris une tournure spectaculaire. Certes, c’est avec des variations sensibles selon les pays et selon les appartenances générationnelles que le phénomène se manifeste. Mais tendanciellement, partout un processus de déclin semble inexorablement à l’œuvre. Il interroge : qu’est-ce qui s’annonce de cette façon ? Pour certains, il y a simplement à constater (parfois en s’en réjouissant) que l’on (...)

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Le non-marchand entre mimétisme et alternatives

Comment se prennent les décisions dans les organisations qui ne sont pas des entreprises étant la propriété de leurs actionnaires ni des institutions dépendantes de l’État ? Comment se répartissent et s’exercent les pouvoirs une fois qu’une organisation n’est pas subordonnée à la quête de bénéfices économiques ? Les entreprises sociales et organisations du non-marchand peuvent-elles affirmer un mode de gestion spécifique qui leur permette d’assumer les tensions entre finalités sociales et finalités économiques ?

À l’origine des questions qui animent ce dossier, l’Unipso [55] et le MIAS Louvain-la-Neuve/Namur [56] ont lancé ensemble un cycle de conférences de longue haleine. Ils avaient commencé par (...)

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Une coalition de gauche progressiste au Parlement européen : un rêve éveillé ?

Des gilets jaunes aux mouvements sur le climat en passant par les actions syndicales, les mobilisations récentes questionnent le rôle et la fonction de l’Union européenne. Dans un contexte de Brexit, avec la montée en puissance des droites populistes et extrêmes dans nombre de pays européens, il semble essentiel de questionner la possibilité d’une alliance des gauches pour imposer un « autre agenda européen ».

Rappelons d’emblée un fait connu : la « gauche politique européenne » est une sorte de fiction. Sur nombre de dossiers, les partis « de gauche » ont voté très différemment au Parlement européen durant la législature qui s’achève [60]. Qu’en sera-t-il pour la suivante ? Pour le savoir, au cours des (...)

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La cohérence ? Pour quoi faire ?

Nous vivons des temps passionnants et inquiétants, où une part importante de la population semble décidée à interroger nos modèles sociaux. À mille lieues de la victoire définitive du capitalisme sur les horreurs de l’économie planifiée, à rebours du TINA [61] des conservateurs et libéraux et contre les Cassandre de la fin du politique, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour exiger un bilan honnête des conséquences de nos modes de vie et pour réclamer l’entrée dans une nouvelle ère. Au cœur des préoccupations, se trouve l’angoisse générée par la perspective du réchauffement climatique, par l’effondrement de la biodiversité et par la transformation de la planète en dépotoir. Mais, bien (...)

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Créateurs, créatrices, artistes : prêts pour une législature tournée vers l’action ?

La législature 2014-2019 n’aura pas été celle de la rupture revendiquée par les créateurs et les créatrices, par les organisations d’artistes en général et engagée à l’ouverture de l’initiative « Bouger les lignes » en Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle a certes permis quelques succès importants — en fait, des avancées acquises de haute lutte —, comme la loi sur l’injection directe [66], la réforme de la définition de la copie privée [67], l’adoption des deux directives européennes « droits d’auteur » et « radiodiffusion », la mise en place d’un premier réseau des échevins de la Culture et de l’Enseignement de la Région bruxelloise, l’adoption du prix unique du livre, le décret « instances d’avis » de la Fédération (...)

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Quand les minorités ethniques se rebiffent

Paternaliste, infantilisant, hypocrite, caricature raciste. Ils ne sont pas tendres les qualificatifs qui fusent sur les réseaux sociaux et qui visent certains épisodes récents de la campagne électorale pour les élections régionales, fédérales et européennes. Dans la ligne de mire, les défilés, dans plusieurs communes du croissant pauvre de Bruxelles, d’élus de différents partis politiques accompagnés de troupes de Gnawas (parfois affublés, pour l’occasion, de t-shirts aux couleurs et aux noms des candidats), ces musiciens traditionnels issus du Maghreb. Alors que les questions de diversité (immigration, héritage colonial, profilage ethnique dans le cadre de la lutte anti-terroriste, etc.) avaient été (...)

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Coopération au développement : ausculter une réforme

À la veille des élections législatives, la coopération au développement est un domaine de compétence fédérale largement absent des débats. Certes, voici plus d’un an, une centaine de personnalités de tous horizons avaient exprimé publiquement leur inquiétude [72] devant l’insuffisance et la régression de la part de richesse nationale que la Belgique consacre à l’aide au développement. Cette prise de position avait suscité un large écho. Mais depuis, plus rien. Et la réalité des chiffres reste ignorée en dehors des milieux directement concernés.

La Revue nouvelle se risque à soulever le couvercle en ouvrant ses pages à un ample dossier sur l’état de la coopération belge au développement. Outre les chiffres, (...)

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Comme un mauvais conte de fées : Theresa May et le Brexit

Depuis le XIXe siècle, une controverse porte sur les « pantoufles » de Cendrillon : outre les discussions autour de la nature même de la chaussure de l’héroïne (était-ce un chausson, une sandale, une chaussure ?), la discussion dans le champ francophone portait sur la matière même en raison de l’homophonie des termes : du verre ou du vair ? Glisser son pied dans de la fourrure ne relevait pas de l’exploit alors qu’enfiler sans casse un escarpin fragile relevait davantage de la prouesse digne d’un conte. Comment ne pas briser l’objet délicat ? Bien entendu la féérie permet tout et Cendrillon valse et virevolte avec des chaussures qui ne se briseront jamais. La métaphore du verre et les femmes

Le « (...)

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Vision, très obscure, de la libéralisation du marché de l’énergie

En février dernier, les tarifs sociaux fédéraux du gaz et de l’électricité subissaient une hausse importante (respectivement de 28 et de 22%). Le tarif social fédéral est une mesure destinée à aider les personnes ou les ménages précarisés qui appartiennent à certaines catégories d’ayants droit (les bénéficiaires du CPAS, de la Grapa et des allocations pour personnes handicapées) à payer leur facture d’électricité et/ou de gaz. Il est identique dans toute la Belgique, quel que soit le fournisseur d’énergie ou le gestionnaire de réseau. Ce tarif, établi deux fois par an par le régulateur fédéral pour l’énergie (la Creg) est aligné sur les tarifs les plus bas du marché. Si les prix de l’énergie s’envolent, les (...)

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Syndicalisme version 2.1

Le mouvement dit des « gilets jaunes » aura pris de court bien du monde, à commencer par les syndicats. Si ces derniers ne détiennent assurément pas le monopole des luttes sociales, il est significatif qu’un mouvement de contestation socioéconomique de cette ampleur soit né en marge de leurs rangs. D’aucuns y verraient même un échec, voire une « faillite » des syndicats qui feraient désormais l’objet de la même défiance que d’autres institutions telles que les partis politiques et les médias. Qu’en pensent exactement les principaux intéressés ? Le président de la FGTB et la secrétaire générale de la CSC se sont montré·e·s prudent·e·s, l’un affirmant que « les gilets jaunes ont évidemment raison, ils disent la (...)

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Contrôle social 4.0 ? Le système chinois de crédit social

Les systèmes chinois de crédit social contrôlent la société de manière ludique : ils récompensent les utilisateurs en leur attribuant un score sur la base de leur comportement en ligne et hors ligne. Le gouvernement chinois veut mettre en place d’ici 2020 un système national de crédit social portant sur la réputation des citoyens. Les observateurs occidentaux sont inquiets, mais que penser de nos propres médias sociaux ?

Les ambitions géopolitiques de la Chine étant au cœur de l’actualité, les mesures politiques intérieures du Parti communiste chinois (PCC) passent souvent inaperçues. Pourtant, la Chine est en pleine transformation : le PCC veut introduire des systèmes numériques de contrôle social à (...)

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« Jobs, (mini-)jobs, (flexi-)jobs », le verre plein ou à moitié vide ?

« Jobs, jobs, jobs ». Tel était le mantra du gouvernement Michel au cours de cette législature. Les statistiques tendent à lui donner raison. Entre l’automne 2014 et l’automne 2018 (dernière période de disponibilité des données), 238.000 emplois ont été créés selon Eurostat. Mais comment peut-on évaluer cette performance ? Le gouvernement peut-il revendiquer ce succès ?

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Rien à justifier. Quand la publicité conforte les dominants

L’image a fleuri sur les murs de la ville. Elle représente, à l’avant-plan, un père portant sa fille sur les épaules. Ils sont tous les deux habillés à la manière des princesses Disney. Derrière eux, garée le long du trottoir de ce qui semble être une banlieue résidentielle, une berline allemande, une Mercedes classe B, pour être précis. Au loin, la ville et ses gratte-ciels. Le slogan : « Rien à justifier ». L’affiche s’accompagne d’un clip publicitaire reprenant ce slogan et vantant le XXIe siècle béni où l’on n’a plus à justifier son amour (mise en scène d’un couple mixte), son habillement (à nouveau, le père habillé en princesse), ni sa préoccupation pour les autres (un professeur aidant sa fille en gardant (...)

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Déviance et travail social

Les écarts entre le travail prescrit et le travail réel sont particulièrement importants dans les métiers de l’action sociale. Ils s’accentuent avec l’évolution des politiques d’action sociale de ces dernières décennies. Lorsque la procédure empêche de réaliser l’objectif de la fonction, lorsque le malêtre et la perte de sens se font ressentir par rapport à l’exécution de la procédure, dévier d’une quelconque manière apparait comme une issue… Ce dossier a pour objet de développer une réflexion sur ces tensions inhérentes à la réalité du travail social et sur ce phénomène de « déviance » [91].

Dans la contribution qui entame le propos, Pierre Bioul considère que le « bricolage » mis en place par les travailleurs (...)

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Littérature et sacrifices

Il y a quelques jours une nouvelle apparemment réjouissante se répandait comme une trainée de poudre : dix-neuf mois après son arrivée en Belgique, une petite Syrienne était sélectionnée pour participer à l’une des séances de flagellation d’enfants dont nous sommes friands, à savoir un concours orthographique. Enfin, les admirateurs béats du métissage mondial trouvaient la preuve incontestable de l’intérêt de l’immigration. Cerise sur le gâteau, ils pouvaient s’imaginer en costume de héros de l’internationalisme, faisant la nique à Théo Francken et à ses doutes quant à la plus-value de certaines des catégories de métèques qui ont tenté de nous grand-remplacer.

Qu’on ne s’y trompe pas, je suis enthousiaste à (...)

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