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Peut-être n’ai-je pas lu attentivement tous les messages, documents et formulaires que m’envoie Electrabel, mais cela me semble peu probable. Je viens de recevoir une brochure abondamment illustrée me proposant une série de services attractifs et personnalisés, des outils me permettant d’économiser jusqu’à 30 % d’énergie, des conseils pour investir dans l’énergie verte, des choix d’articles économiques à découvrir sur un site « shop@electrabel ». (Soit dit en passant, les conditions d’accès à ce site semblent fort comparables aux mesures de sécurité pratiquées par des agences comme les DEA ou CIA américaines ; la volonté que j’ai de faire respecter ma vie privée m’interdit de communiquer à cette offi cine les nombreux renseignements qu’elle exige pour me faire bénéfi cier de ses « prix vraiment avantageux ».)
Par contre, je n’ai trouvé nulle part dans cette littérature la seule information que j’aurais souhaitée : une justification vraiment argumentée de l’augmentation de ma note de gaz et d’électricité.
Comme mes voisins (et sans doute comme les autres habitants de Bruxelles, mais je n’ai pu en discuter qu’avec mes voisins), j’ai reçu au début du mois de mai le décompte de ma consommation de gaz et d’électricité pour l’année 2007 et le début 2008, assorti de l’annonce d’un gros supplément à payer (pas loin de 1 000 euros, comme la plupart de mes voisins, pour une consommation inchangée) et d’une augmentation de 57 % de la mensualité prélevée automatiquement.
Disposant d’un peu de temps, contrairement aux années précédentes, je me suis mis à déchiffrer les informations et calculs contenus dans les documents accompagnant la facture de consommation. J’ai compris que le « prix unitaire » des années précédentes se décomposait dorénavant en « prix unitaire » auquel il fallait ajouter le « coût de distribution » et, pour l’électricité, le « coût de transport ». Ces distinctions correspondent sans doute à l’éclatement des anciennes entités de production-distribution en sociétés distinctes. Cette modifi cation n’améliore en aucun cas la concurrence érigée en dogme salvateur du consommateur par les autorités européennes et autres. Au bout de mes calculs multiples, je suis arrivé à la conclusion que le prix du gaz augmenterait de 33 % en 2008 par rapport à 2007 et que l’augmentation du prix de l’électricité serait de 14 %. Bien sûr cela ne m’a été dit à aucun moment par les auteurs de ces documents.
D’explication, point du tout. D’argument ou de justifi cation, aussi peu. On me dit que le montant du forfait mensuel que l’on prélèvera désormais tient compte de l’« évolution probable des prix ». Sur les raisons de celle-ci, rien. Citoyen moyennement informé, je ne suis pas sans savoir que les prix du pétrole ont explosé (avant la chute de cet automne !) et que cela explique sans doute l’augmentation du prix du gaz. Mais pourquoi Electrabel ne le rappelle- t-il pas d’une manière claire ?
On me précise par contre que l’origine de l’électricité que je consomme est variée : énergie renouvelable (1,69 %), cogénération de qualité (7,66 %), combustibles fossiles (30,33 %) (gaz naturel et autres), nucléaire (58,43 %), inconnue (1,89 %) [1]. On me dit aussi qu’il y a une contribution d’énergie renouvelable qui m’est facturée compte tenu de l’obligation des certifi cats d’électricité verte, que je contribue aux frais de fonctionnement de la CREG [2] (que fait encore dans cette galère cette machine impuissante qui régule si peu ?), que je contribue à la dénucléarisation des sites de Mol et Dessel comme au fi nancement de la politique fédérale de réduction des effets de serre, ainsi d’ailleurs qu’à la sécurité sociale... Fort bien.
Sous cette avalanche de précisions censées expliquer un certain nombre de facteurs qui chargent le coût de l’électricité, on ne dit pas l’essentiel : pourquoi l’électricité est-elle si chère pour les particuliers quand on la compare à d’autres pays ? Pourquoi Electrabel que l’on dit la vache à lait du groupe Suez ne fait-elle pas profi - ter les consommateurs de l’énorme somme tirée de l’amortissement (fi nancé par les mêmes consommateurs) de ses centrales nucléaires ? Etc.
Pendant un temps, des grands groupes producteurs d’énergie, comme EDF en France, ENI en Italie ou Electrabel en Belgique ont pu être identifi és à une certaine image du développement parce qu’ils se présentaient comme des vecteurs de la modernité technique et aussi du service au public. La libéralisation économique opérée ces dernières années a transformé l’image de ces groupes, et Electrabel plus que les autres, en gigantesques machines à profi t. Dans le cas d’Electrabel, cette image est renforcée par un mépris fondamental des gens sous le masque d’une information qui n’en est pas une et sur une absence de responsabilité à l’égard des missions de service public qui pourraient encore être attendues d’elle. Les seuls partenaires qui comptent sont dorénavant les actionnaires. Admirable...