La Revue nouvelle

Penser le pouvoir en réseau

Auteur(s) : Luc Van Campenhoudt
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La notion de réseau social apparaît aujourd’hui comme un outil théorique indispensable pour penser le pouvoir. La principale raison en est la multiplication et l’extension des échanges entre partenaires du processus de décision qui ne sont pas liés par des rapports hiérarchiques. C’est à l’échelle mondiale (la globalisation) et européenne que le phénomène a principalement été souligné. Mais l’observation vaut tout autant à l’échelle des sociétés nationales et de leurs composantes. En Belgique, tout particulièrement, l’État « fédéral » a perdu sa centralité au profit des entités fédérées avec lesquelles il doit composer sur pied d’égalité. En même temps, les politiques publiques sont devenues moins segmentées et mobilisent de plus en plus des acteurs institutionnels et privés qui relèvent au départ d’institutions différentes (économiques, scientifiques, sociales, éducatives...) dans des dispositifs interdisciplinaires (comme le Fonds social européen, la médiation de dettes, les agences de stimulation technologiques ou les contrats de sécurité et de quartier). Certes, à tous les niveaux de la vie politique, économique, sociale et culturelle, les échanges horizontaux, transversaux par rapport aux frontières institutionnelles, ont toujours existé mais, sous l’impact des innovations technologiques, ils ont pris aujourd’hui une ampleur et une intensité telles que des catégories conceptuelles plus adéquates sont nécessaires pour en rendre compte et pour agir efficacement dans ces conditions nouvelles. C’est ce qui explique le succès actuel, à la fois scientifique et normatif, de notions comme globalisation, gouvernance, communication et régulation. Évidemment, ce n’est pas parce que les échanges horizontaux se multiplient que les rapports de pouvoir disparaissent, bien au contraire. « Plus le pouvoir est caché, plus il est efficient », écrivait Foucault. Raison nécessaire et suffisante pour s’interroger sur la manière dont il fonctionne lorsqu’il reste discret.



La Revue Nouvelle
Décembre 2009 / n°12