Une politique de diversité décomplexée

Anathème • le 29 mai 2018

Les campagnes électorales ont ceci de vivifiant qu’elles poussent les politiques à développer leur vision de la société et à communiquer à ce sujet. La constitution des listes, de son côté, permet d’intégrer au personnel politique des membres de la société civile, qui arrivent avec leur propre réflexion sur la société. La campagne communale actuelle, et la fédérale qui suivra immédiatement, ouvrent donc une période exaltante, qui nous offrira certainement des opportunités de développer de nouvelles réponses aux défis de notre temps.

Par exemple, récemment, un chroniqueur du Vif et de La Libre, qui leur servait de caution conservatrice et les aidait à développer un discours complaisant vis-à-vis du gouvernement fédéral libéral-conservateur, a annoncé qu’il intégrait la liste du MR de Woluwe-Saint-Pierre en vue des élections communales. Cet homme d’exception a longuement hésité à renoncer à sa position de surplomb. Il était en effet parvenu à rester au-dessus de la mêlée, à conserver son indépendance vis-à-vis des partis, malgré sa présence sur les listes MR en 2012, son soutien sans faille à l’aile la plus conservatrice de ce parti et ses contacts très étroits avec le Centre Jean Gol. Preuve en est que le quotidien de référence La Libre, qui lui offrait des tribunes depuis des mois, en oublia qu’il avait un passé et annonça son lancement en politique.

On ne peut que se réjouir de voir ainsi un penseur irriguer de sa vision un parti politique et l’aider, de son propre aveu, à « tenir tête à la gauche bienpensante ». Enfin, les quelques intellectuels de droite qui ont survécu au travail de sape de la RTBF relèvent la tête et entreprennent de lutter contre le danger bobommuniste !

Et quel premier combat annonce-t-il ? Une lutte pour la diversité à Bruxelles. Non, cette thématique n’est pas l’exclusivité de la gauche : il y a une vision positive de la diversité à droite aussi !

De quoi s’agit-il ? De lutter contre l’implantation de deux-cents logements sociaux dans la commune privilégiée de Woluwe-Saint-Pierre, afin d’éviter d’importer dans l’entité les problèmes de Bruxelles. Quel beau projet que de lutter contre l’uniformité et de vouloir « que Woluwe-Saint-Pierre reste Woluwe-Saint-Pierre » ! Peut-on mieux définir l’enthousiasmant projet conservateur ?

Il est en effet temps de le reconnaitre : la redistribution et la solidarité laminent la diversité de nos sociétés. Sous prétexte de justice sociale, elles détruisent des cultures particulières, uniformisent les modes de vie, sapent des traditions millénaires. La villa quatre façades, le golf dans le BW, les séances de yoga, les Pilates dans un club sélect, les berlines allemandes, la fréquentation de collèges huppés, le pull en cachemire jaune paille, la fête des voisins entre personnes de bonne famille, tout ça constitue une culture qu’il faut reconnaitre comme telle et préserver, une culture fragile qui ne peut subsister sans des moyens suffisant et un isolement social adéquat. De même, il faut protéger les savoir et traditions d’autres cultures bruxelloises, présentes dans d’autres communes : tenir un mois à quatre sur un seul salaire minimum, s’entasser à six dans un appartement minuscule, combiner trois trams et un bus pour se rendre sur son lieu de travail, survivre dans une école poubelle, reporter sa visite au médecin, supporter le mépris des riches, gérer les perquisitions et intrusions dans la vie privée des services sociaux et de la sécurité sociale, réagir adéquatement à un contrôle d’identité au faciès. Ces richesses ne survivraient pas à une individualisation des droits, une redistribution du travail, l’instauration d’une réelle mixité dans l’enseignement ou une politisation des populations précarisées. Voulons-nous vraiment voir ce génie social disparaitre ?

Il faut cesser de limiter les politiques de diversité à la préservation de folklores allochtones et assumer que la diversité est aussi une thématique de droite ! Le libéralisme économique, la reproduction sociale et le conservatisme sont de formidables outils de création et d’entretien d’une riche diversité sociale. Or, comme chacun le sait, la diversité est un vecteur de résilience. Notre société sera robuste si elle peut compter sur des cohortes de miséreux, mais aussi, sur une classe moyenne sous pression, ainsi que sur une élite socioéconomique vivant dans le luxe.

Et pourquoi se contenter de politiques de préservation ? Il faut oser aller de l’avant et déployer des actions volontaristes visant l’accroissement de la diversité ! Activer les allocataires sociaux via un travail forcé sans les rémunérer davantage renforcera bien entendu leur culture de la débrouille et de la gestion de la misère. Mais pourquoi ne pas faire de même avec les migrants en les employant pour quelques centimes de l’heure ? Nous créerions des cohortes de personnes vivant dans des conditions de précarité extrêmes, dont nous avons perdu jusqu’au souvenir après qu’elles furent éradiquées par le pernicieux nivèlement de l’État social ! Ce type de politique aurait un effet d’entrainement formidable et participeraient à un enrichissement accru d’une partie des élites, accroissant d’autant la diversité au sommet de la hiérarchie sociale.

On le voit, il est possible de penser une diversité vertueuse, à mille lieues de la bienpensance gauchiste de ceux qui prétendent qu’il faut se préoccuper de dignité, d’égalité et de justice.

Vous savez maintenant pour qui voter !


Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s’est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd’hui le regard lucide d’un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes.
Son expérience du pouvoir l’incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d’ordre dans ce monde qui va à vau-l’eau.