Un juste retour des choses. L’expertise des pays émergents au service de l’Occident

Anathème • le 21 août 2013

Des années durant, nos conseillers techniques et militaires ont parcouru le monde pour aider à des transferts de technologies et de savoir-faire. Les jeunes dictatures issues de la décolonisation avaient tout à apprendre des métropoles en matière de manipulation de l’opinion, de répression des mouvements sociaux et de noyautage des organisations de la société civile.

Depuis longtemps, nos conseillers économiques et les représentants de nos entreprises sillonnent le monde pour prêcher la bonne parole de la dérégulation et présenter les avantages des autoroutes à trois bandes, pour offrir des centrales nucléaires à la sécurité sans faille et pour mettre à la disposition de l’humanité, l’armement le plus perfectionné.

Voilà des décennies que la civilisation occidentale offre les services des meilleurs de ses fils, les technologies les plus performantes et les concepts les plus fins de sa pensée millénaire.

Il n’est que justice que nous puissions en attendre autant du monde et que celui-ci nous régale enfin de ses bienfaits. Déjà, nos enfants ne s’amusent plus qu’avec des jouets que leurs homologues chinois ou indonésiens leur ont confectionnés avec amour. Déjà, nous nous vêtons des tissus dont n’ont l’usage les populations de ces pays où l’on peut vivre à moitié nu tout au long de l’année. Déjà, les services secrets des pays en voie de développement passent à tabac pour nous les individus qui nous paraissent dangereux.

C’est dans ce contexte d’émergence d’un monde enfin revenu à l’équilibre et à l’harmonie que nous pouvons rêver de nouvelles progressions de l’entraide internationale. Nos besoins sont énormes en la matière.

Pour ne prendre qu’un exemple, nous sommes occupés à (re)mettre en place une régulation de la vêture féminine. Après des années où il fut follement interdit d’interdire, l’on se rend à la raison : le corps des femmes est un objet bien trop important pour l’abandonner à celles qui l’habitent. Si, autrefois, il était question de les couvrir autant que faire se peut, aujourd’hui, la libération de la femme et son assignation à une sexualité ouverte, heureuse et généreuse nous impose de refuser le voilement du corps féminin.

La femme libre est la femme nue, toute pudeur ou réserve ne peut procéder que de son oppression et, si elle n’a pas la force de se dénuder, c’est qu’elle a besoin d’y être aidée. Il est dès lors évident que, moins que jamais, il ne faut se désintéresser des vêtements des femmes et qu’il convient de réinvestir le secteur de la police vestimentaire.

Hélas, ce qui, autrefois, fonctionnait au moyen de la douce répression des institutions sociales – Monsieur le curé, les commères du village ou la main baladeuse des hommes se chargeaient de stigmatiser la traînée et de la ramener à la raison vestimentaire – ne peut plus aujourd’hui être réglé de si diffuse manière. Il est un fait que notre société s’est diversifiée, atomisée, désinstitutionnalisée. Les institutions et structures sociales qui, autrefois, œuvraient à l’oppression de la femme ne sont plus suffisamment puissantes aujourd’hui pour aider à sa libération totale.

Vers qui se tourner, si ce ne sont les organisations étatiques ? La police est tout indiquée pour prendre en charge cette fonction. Malheureusement, elle manque de formation adéquate. En effet, si elle nourrit depuis longtemps une focalisation sur les populations susceptibles de déviance couturière, elle maîtrise mal les formes particulières d’incivilités liées à l’habillement.

Il nous faut donc appeler de nos vœux de nouvelles collaborations internationales visant à remédier à cette carence ; par exemple avec la police des mœurs iranienne, passée maîtresse dans l’art de contrôler l’habillement des femmes dans l’espace public. Il pourrait paraître paradoxal de la solliciter pour lutter contre le voile, intégral ou non, mais il faut considérer le fait que son expertise réside dans son emprise sur l’habillement féminin en tant que tel, non dans les formes spécifiques de celui-ci. De même que les services de sécurité des États démocratiques ont longtemps travaillé à la stabilisation des pires dictatures, il ne serait que justice qu’une police des mœurs islamique nous aide à affermir notre entreprise de dénudement de la femme. Finalement, ceux qui luttent contre l’influence occidentale dans l’habillement des femmes ne peuvent que comprendre que nous luttions contre l’influence orientale dans la tenue des habitantes de notre Royaume. N’ont-ils pas du reste besoin que nous restions sans équivoque des peuples débauchés et exhibitionnistes s’ils veulent continuer de magnifier l’admirable pudeur de la femme musulmane ?

C’est, comme toujours, d’intérêts réciproques bien compris que pourra se nourrir une collaboration à venir qui, gageons-le, n’est que l’amorce d’un nouvel ordre mondial.