Un Château en Ukraine

Bernard De Backer

La Ville fait aujourd’hui quarante kilomètres de rayon, une bonne moitié étalée à perte de vue dans une plaine sablonneuse à l’est du fleuve, l’autre moitié agrippée aux collines et aux ravins qui dominent sa rive ouest, parfois tapie dans les creux de rivières englouties sous le béton. Officiellement, près de trois millions de Kiéviens y vivent, mais Sacha prétend qu’ils sont cinq à sept, de nombreux migrants venus des campagnes ne prenant plus la peine de s’y domicilier. Le pays se vide (mortalité, misère des campagnes, émigration), mais Kiev se remplit, par cercles concentriques autour de son noyau, broche de lumière irradiant jour et nuit à partir de la nymphe Bereginia, perchée au sommet d’une stèle dressée à Maïdan. Des hauteurs de la vieille ville, face aux plaines orientales, l’on contemple de longues cheminées crachant des fumées qui se mettent en équerre à la sortie des boyaux, poursuivant leur route horizontale entre cimes et nuages, à l’orée des forêts de pins et de bouleaux qui filent vers Tchernihiv et la Russie.

Notre destination nous mène de l’autre côté du Dniepr, en direction de la Volhynie et de la Galicie, vers la Pologne et l’Europe. Il faudra ne pas partir trop tôt, avait prévenu Sacha, car nous devons traverser le fleuve puis contourner la ville haute, éviter les embouteillages qui engorgent les voies rapides matin et soir. Nous quittons notre quartier dortoir du district de Darnytski où s’entremêlent immeubles de diverses périodes soviétiques, avec cages d’escalier glauques, supermarchés gardés par des vigiles (à l’entrée où il faut déposer ses sacs dans des casiers numérotés et près de la vodka, du vin de Crimée ou de Géorgie) et, plus proches du Dniepr, des gratte-ciels flamboyants peuplés de nouveaux Ukrainiens.

La circulation est extrêmement dense, les voitures sont pare-choc contre pare-choc, les bus et les marchrout (petits bus privés) s’arrêtent puis redémarrent avec leurs cargaisons de passagers. Cela nous laisse le temps de contempler les enseignes rutilantes et les nouveaux magasins sortis de terre depuis le dernier voyage. On ne sait où donner de la tête : Dell, Samsung, Kia...

La voiture atteint un nouveau pont sur le fleuve, non loin du récent quartier d’Obolon qui longe l’autre rive et dont les immeubles scintillent sous le soleil de novembre. Le quartier est une sorte d’Astana (nouvelle capitale du Kazakhstan) ou de Byzance postmoderne, colorée et étincelante, qui offre de l’Ukraine une image comme celle des mignonettes Roshen aux couleurs nationales, ou comme la cathédrale Saint-Michel reconstruite à l’identique après sa destruction par Staline : du bleu, de l’or, des coupoles et des flèches dardées vers le ciel. Le Dniepr s’écoule puissamment comme au temps des Varègues, ses iles sont bordées de plages claires et couvertes d’arbres fins et hauts.

Nous ne sommes pas encore de l’autre côté, un second bras s’ouvre avant d’atteindre la rive occidentale. Puis la route emprunte le lit de la rivière Lybid. Dans un océan de voitures, on longe l’église Saint-Cyrille décorée par Vroubl et le mémorial de Babi Yar [1], dont on aperçoit le monument anthracite, agrégat de corps enlacés plongeant vers le vide. La voiture oblique à droite, par la sortie ouest de Kiev. Nous tournons le dos à la ville matrice des Slaves orientaux, des grands princes Volodimir et Iaroslav le Sage, de Michaïl Boulgakov, de Boris Souvarine et de Golda Meir - ravagée par Batu Khan, décapitée par Staline, exterminée par Hitler et irradiée par Tchernobyl.

Le ruban noir

Sacha a branché son GPS dans sa voiture neuve, mais il n’a pas pu enregistrer la destination : le bourg de Radomyshl perdu dans les campagnes. Distant d’une centaine de kilomètres en direction de Lviv, la capitale de la Galicie, le lieu est inconnu du logiciel. Il a beau tapoter, consulter sa carte électronique sur sa tablette, tenter différentes formes d’orthographe, rien n’y fait. Comme il ne dispose pas de carte papier, il encode un bout de l’autoroute de Lviv, ce qui nous donne un tracé imperturbablement rectiligne au sortir de la ville. Car on finit par sortir après deux heures d’embouteillages, propulsés sur l’autoroute entièrement remise à neuf pour l’Euro 2012. Encore quelques immeubles, des bois de sapins avec grosses villas d’oligarques et voilà le grand serpent ébène qui file vers l’Europe. Curieusement, le petit bourg de Tchop, situé au fin fond de la Transcarpatie, à la frontière hongroise cinq-cents kilomètres plus loin, est indiqué en tête des panneaux routiers. « Un point de repère pour les camionneurs internationaux », remarque Sacha, qui ralentit subitement à l’approche d’un poste de police où déambulent quelques silhouettes molletonnées.

La campagne apparait le long du ruban noir. Enfin, quelque chose qui devrait être un bout de monde rural ukrainien, ce « grenier à blé » de l’Europe et de la Russie. Mais on ne voit pas de traces de champs de blé entre les stations-service clinquantes qui se succèdent à un rythme d’enfer. Quelques maisonnettes déglinguées, chacune entourée de sa haute clôture avec ses cabanes de planches, des chemins humides où déambulent des babouchkas et des chiens, des poteaux de béton ou de bois vaguement éclairés. Au-delà, le paysage est semblable à celui que nous avions contemplé pendant des heures en roulant dans l’autre sens, vers Tchernihiv, deux jours plus tôt. Une succession de landes bistre (nous sommes en novembre), de friches broussailleuses, de forêts toujours semblables (pins et bouleaux), d’étangs et de marécages.

Le pays est étale et vide de toute culture sur des centaines de kilomètres, le monde rural paraît abandonné. De rares routes s’enfoncent dans les campagnes, mais Sacha a l’œil rivé sur son GPS et son tracé rectiligne de l’E40 ; je n’ose pas le dérouter pour visiter quelque village dans ce noman’s-land rural. Liouba, sa femme - auteure de romans policiers qui vient d’effectuer une tournée avec Andreï Kourkov [2] dans des librairies, centres culturels et universités de Galicie - apprécie le voyage en voiture. Sacha a commencé à conduire à soixante ans ; il a fait 24000 kilomètres en un an et demi. Bien qu’encore malhabile (deux feux rouges brulés ce matin), il ne boude pas son plaisir. Après des décennies de transports collectifs - bus, tramways, trolleybus et métros bondés -, l’automobile apparait comme une vraie délivrance, confortable et surtout individuelle. D’autant qu’ici, hors de la ville, la voiture avance enfin...

Nous voilà déjà à près d’une centaine de kilomètres de Kiev et les campagnes qui bordent l’autoroute sont toujours désertes, un océan de fagnes parsemé de rares maisons sous un ciel immense. À une ou deux reprises seulement, un champ de maïs gris brun, voire quelques cultures exploitées par une nouvelle entreprise d’agrobusiness, rompent la désolation. Un des effets de la catastrophe de Tchernobyl, distant d’une centaine de kilomètres vers le Nord ? Peu probable. Notre ami ukrainien affirme que beaucoup de ces terres étaient cultivées avant la collectivisation des années 1930, puis, notablement moins bien par les kolkhozes et les sovkhozes qui suivirent la dékoulakisation et la famine de 1933. Mais depuis la chute du communisme, l’incertitude pesant sur le statut de la terre, l’exode rural constant et la perte d’une tradition paysanne indépendante, ont déstructuré l’agriculture. Hors les maigres lopins privatifs qui entourent les maisons (vergers, potagers, petites parcelles), il n’y a bien souvent que de grosses entreprises qui investissent dans la terre avec d’anciens kolkhoziens comme ouvriers agricoles. Le reste semble à l’abandon.

Le long de la route et un peu au-delà, de nombreuses maisons sont en déshérence (clôtures défoncées, jardins ensauvagés, toitures défaites), sans doute un peu moins de ce côté que dans la direction de Tchernihiv, vers la Russie. Les jeunes générations rurales n’ont pas d’autre choix que de migrer vers les villes ou vers l’étranger (notamment aux États-Unis, au Canada, en Europe centrale et de l’Ouest), constituant ainsi une quatrième vague d’émigration [3] après les trois précédentes (fin du XIXe siècle ; autour de la Seconde Guerre mondiale ; et après la chute de l’URSS).

Les icônes de la dermatologue

Nous approchons enfin de la route menant à Radomyshl, distant d’une vingtaine de kilomètres de la sortie de l’autoroute. La bretelle est toute neuve, des grumeaux de macadam d’un noir luisant sont fraichement dispersés sur les terrepleins latéraux. Mais dès que nous avons quitté ce qui ressemble au tarmac d’une piste d’envol posée sur un terrain vague, la chaussée devient bosselée, vieillotte, ondulant entre lacs et marécages, traversant des forêts silencieuses et longeant de rares habitations défraichies. Pas un seul commerce ou bistrot à l’horizon. Le GPS de Sacha se met à onduler : il a réussi à encoder la destination. Pendant une bonne demi-heure, nous croisons de rares voitures délavées dans une sorte de paysage de hautes fagnes, alors que nous ne dépassons pas les cent mètres d’altitude. Malgré un beau soleil de novembre et une végétation mordorée, le pays semble englué dans la tristesse et la déréliction.

Le bourg apparait, surgissant subitement au sortir d’un bois. C’est une clairière cabossée, traversée par plusieurs rivières et garnie d’un lac, avec de vieilles maisons et quelques petits immeubles soviétiques de béton brut qui datent de l’après-guerre. Les rues sont larges, la place centrale immense - l’espace n’est pas ce qui manque en Ukraine. Naviguant entre les ornières, Sacha scrute le paysage pour repérer notre destination : le Zamok (château) de Radomyshl. Des cantonniers trottinent derrière un vieux camion et plongent leur pelle dans la benne pour extraire des pelletées de bitume fumant. Devant, la route est droite pendant des kilomètres, balafrée de milliers de trous et de déchirures qu’ils mettront des jours à combler. Les hommes connaissent le Zamok. « C’est tout droit, vers le lac. » Au loin, une étrange bâtisse apparait, une sorte d’antique manufacture de briques posée sur des fondations de pierres grises, avec une haute tour centrale où flotte un drapeau, et quelques tours secondaires. Des douves ceinturent la bâtisse qui jouxte un lac dont l’eau s’échappe par une chute bruyante. Tout autour - comme partout dans ce pays - une solide clôture protège la propriété. Un cerbère nous attend à l’entrée (surmontée d’une herse) et signale notre présence au moyen de son portable. Après un temps d’attente, nous entrons, accueillis par un guide avec un look de rockeur sorti d’une boite de Kiev : petit, le front largement dégarni et les cheveux longs disposés en couronne, portant jeans délavé et blouson de cuir noir.

Sacha est connu du lieu. Il a produit naguère un album de chansons avec la propriétaire, une riche dermatologue de Kiev qui soigna l’ancien président après son intoxication, mais il a aussi réalisé la mise en page des livres présentant une partie des trésors du château. La médecin mélomane s’étant prise de passion pour les icônes domestiques - pas celles ornant les églises, mais de plus naïves et moins religieusement correctes que l’on accroche dans les maisons pour les protéger -, elle en a rassemblé des milliers avant d’acquérir une bâtisse abandonnée aux marges du bourg. On pensa d’abord à quelque vieux moulin, et puis la vérité se fit jour. C’était une antique papirnya, une manufacture de papier, mais pas n’importe laquelle : celle construite en 1612 à la demande de Yelisey Pletenecki, archimandrite (abbé) du monastère des Grottes de Kiev (la fameuse Lavra de Petchersk fondée à l’époque de la splendeur de Kiev au XIe siècle, un des hauts lieux de l’orthodoxie). C’est ici que fut fabriqué le papier qui servit à la confection des premiers livres imprimés en Ukraine centrale et orientale, les presses de la Lavra ayant eu pendant des décennies le monopole de l’édition. Ravagée, semble-t-il, par des cosaques rebelles au XVIIe siècle, les ruines de la papirnya avaient été transformées en moulin.

Rêve sur la croix

Au sous-sol du dénommé « château » par lequel nous entrons, un artisan-historien reconstitue les ateliers de production de papier dont quelques feuilles sèchent, suspendues au plafond. Puis nous gagnons les étages, cornaqués par le guide rockeur, un ancien journaliste visiblement fort instruit en matière d’icônes populaires. Le bâtiment est très vaste, les salles sont nombreuses et magnifiquement éclairées, la collection impressionnante. À l’entrée, une icône grisâtre, ayant été utilisée comme volet à l’époque soviétique, est chargée d’illustrer le respect qu’avait le régime bolchevique pour l’art religieux. Puis, passant de salle en salle, on contemple des Christs dorés, des nativités, des Vierges à l’enfant, plusieurs saint Georges terrassant autant de dragons, de nombreux saint Nicolas, quelques Cyrille et Méthode.

Soudain, une icône peinte sur bois capte le regard, une étrange Trinité dans les tons vert, bleu et ocre. Dieu le Père en splendide barbu aux yeux mi-clos est figuré en haut de la scène, les mains levées et brandissant une sorte de sceptre, avec l’Esprit sous forme de colombe suspendue au-devant de sa poitrine. Tous deux semblent veiller sur un Christ très singulier : c’est un enfant, dormant sur la croix posée au sol comme sur un lit, la tête sur le bras. Tous les clous de la croix sont éparpillés autour de lui, près d’une longue tenaille qui a servi à les enlever et à le délivrer. Le Fils de Dieu, redevenu enfant, sommeille sur l’instrument de son supplice, en tenant sa couronne d’épines déposée sur le sol. Est-ce l’enfant qui entrevoit son destin, l’adulte qui rêve de sa délivrance ? Un peu plus loin, c’est une Vierge couronnée tenant transversalement sur ses genoux un Christ adulte, barbu et tout aussi couronné.

On ne sait où poser son regard dans cette profusion d’art naïf et sublime, éclatant de couleurs et de candeurs, brisant les perspectives et bousculant les codes religieux. De sombres barbus y côtoient des saintes au nez camus, des brassées de fleurs entourent un saint Georges triomphant d’un dragon brun, des enfants emmaillotés portent un visage d’adulte, une Vierge est assise sur une chaise de cuisine. On contemple des scènes cosmiques traversées de rayons, des anges aux ailes immenses, des têtes irradiées, des Christs Rois sur des trônes vertigineux, des tiares et des couronnes d’épines, des grappes de raisin poussant sur la croix avec leur jus recueilli dans un calice. Plus ou moins éloignés de l’art codifié par l’église, les artistes ambulants ou les peintres paysans ont laissé voguer leur imagination.

Vie et destin de Radomyshl

De pièce en pièce, nous gravissons les étages de l’ancienne manufacture de papier pour nous engager dans la tour au-dessus de laquelle flotte un drapeau aux armes de la dermatologue. Les escaliers se font raides, mais le décor est toujours aussi soigné, propre, lumineux. Atteignant enfin le sommet, nous débouchons sur une petite terrasse couverte d’où l’on peut contempler le lac, la lisière de la forêt et le bourg de Radomyshl. Ce dernier semble un amas de maisonnettes dispersées dans la clairière ; de prime abord, on a bien du mal à imaginer ce qui a pu décider le monastère des Grottes d’y produire son papier au XVIIe siècle. Quant au château (qui fait également office d’hôtel et de décor pour mariages), avec son jardin peuplé de statues, ses chambres luxueuses, son restaurant, sa salle de danse, il est comme une ile de prospérité dans un océan de désolation. Un peu comme l’autoroute qui nous y conduisit.

L’histoire du bourg, en réalité très ancien, illustre celle de l’Ukraine, d’autant qu’il est situé au mitan du pays, dans une zone frontière (kresy en polonais) [4] où se mélangèrent et se disputèrent les influences germaniques, lituaniennes, polonaises et russes. Région composite où la diversité ethnique, parfois mouvante, était très grande. Fondé vers le XIe siècle au confluent des rivières Teterev, affluent du Dniepr, et Mika (d’où son premier nom, Mikgorod) à l’époque de la Rous de Kiev, le bourg tomba sous la souveraineté lituanienne (avec le joli nom de Mytsko), puis de la Rzeczpospolita polono-lituanienne en 1569 (en s’appelant désormais Radomyshl ; la manufacture de papier fut construite à cette période), et finalement russe en 1793. Une communauté juive s’y développa, composant progressivement la majorité de la population. Comme dans toute cette partie d’Ukraine centrale, les Juifs de Radomyshl étaient sous l’influence de l’enseignement des rabbis hassidim de Tchernobyl [5]. Lors de la période mouvementée de la première indépendance (République populaire ukrainienne, 1917-1920), ils furent victimes de pogroms au printemps 1919. Durant l’opération Barberousse en 1941, tous ceux qui vivaient encore à Radomyshl ont été exterminés par les Einsatzgruppen. Six lieux de massacres de masse furent indiqués par des tombes, mais le pouvoir soviétique interdit aux survivants (ceux qui avaient pu fuir ou émigrer) de s’y rendre et d’ériger un monument à la mémoire des victimes. La petite ville, qui, avant la Grande Guerre, comptait des dizaines de milliers d’habitants, des lieux de culte de diverses confessions, des écoles, des gymnases, un théâtre, une brasserie et plusieurs usines, avait sombré.

Au sortir du château et de ses icônes, nous n’avons guère le temps de visiter le bourg assoupi dans le crépuscule humide. La place centrale de Radomyshl semble déserte et nous sommes loin de Maïdan. Après avoir retraversé la campagne et les forêts, nous remontons sur le ruban noir et dévorons un bortsch revigorant, des derunys aux champignons et des varenikis à la crème épaisse dans une station-service immaculée. Liouba, automobiliste débutante, prend le volant avec un peu d’appréhension. Vu du ciel, on doit apercevoir deux phares tanguer au bord d’un rai de lumière filant vers Kiev. Tout autour, la pénombre envahit la campagne comme si elle ne devait jamais la quitter.

Mes remerciements à Sacha et Liouba,
pour leur accueil chaleureux à Kiev et les excursions des deux côtés du Dniepr  ;
et à Anne, qui, ayant partagé le voyage, a relu attentivement ce récit.

[1« Le ravin de la grand-mère », lieu où furent tués plus de 30 000 Juifs de Kiev en septembre1941.

[2Un des rares écrivains ukrainiens contemporains connus en Europe occidentale. Il est notamment l’auteur d’un ouvrage satirique titré Le Pingouin, racontant l’histoire d’un manchot royal dépressif nommé Micha, abandonné par le zoo de Kiev et hébergé par le narrateur. Ce dernier est l’auteur de notices nécrologiques anticipées pour un journal kiévien, peu après la fin de l’URSS. Kourkov est originaire de Russie et écrit dans sa langue. Comme il le confie avec un brin d’amusement : « Je suis d’origine russe, mais je suis un écrivain ukrainien russophone. Le russe est ma langue maternelle, mais mon passeport est ukrainien. Je m’intéresse davantage aux affaires ukrainiennes parce que c’est là que je suis installé » (interview dans Regard sur l’Est, février 2008).

[3Ce thème des nouvelles migrations est traité dans le film The fourth wave, de Victoria Melnykova, National Cinematheque of Ukraine, 2008.

[4Voir à ce sujet l’excellent livre de l’historienne Kate Brown, A Biography of No Place. From Ethnic Borderland to Soviet Heartland, Harvard University Press, 2003.

[5Lazare Kaganovitch, bras droit de Staline et, comme tel, l’un des responsables de la famine de 1933, est né en 1893 dans une famille juive de Kabany, un village de la région.