Trop de reprise tue la reprise

Franscico Padilla

En tout état de cause, cela pourrait être le résultat paradoxal d’une « trop » forte reprise de l’activité économique outre-Atlantique et/ou en Allemagne qui aurait pour effet de tuer la reprise. Commençons par les États-Unis. Les nombreuses mesures de relance et de soutien à l’activité économique mises en œuvre par la FED et le Trésor américains ont certes permis d’éviter l’effondrement de l’économie. Mais à l’heure actuelle, elles ne sont pas en mesure d’empêcher, après trois ans de crise, une rechute des prix dans le secteur immobilier, soit du secteur qui se trouve au cœur de la crise… Et dont la sortie de crise dépend.

La chute des prix de l’immobilier résidentiel a certes été stoppée durant l’année 2009 et une bonne moitié de l’année 2010, grâce notamment aux forts incitants fiscaux pour les primo acheteurs mis en place dans le cadre du plan de relance américain. Pourtant, comme le montre l’indicateur par excellence utilisé dans ce domaine, à savoir l’index Case-Schiller, depuis le dernier trimestre de l’année 2010, les prix ont recommencé à chuter. Si en revanche les autres secteurs de l’activité économique continuent à consolider la reprise et si l’inflation poursuit sa trajectoire ascendante, à la suite notamment de l’augmentation importante des prix du pétrole et des denrées alimentaires, la FED devra tout ou tard relever ses taux d’intérêt.

L’immobilier américain toujours fragile

La conséquence immédiate en serait un renchérissement des conditions de crédit et de remboursement des créances dans l’immobilier résidentiel et commercial, amorçant par la même occasion une nouvelle vague de réduction de l’immobilier et des saisies. Sachant par ailleurs que de nombreux crédits hypothécaires à taux variable de qualité douteuse dont la valeur économique agrégée est comparable aux crédit « subprime » continuent à être remboursés à l’heure actuelle grâce aux taux d’intérêt planchers pratiqués par la FED, il n’est pas bien difficile d’imaginer les conséquences d’une augmentation relativement brusque des taux d’intérêt.

Une reprise robuste et asymétique risque donc de déboucher sur des effets retour susceptibles de réamorcer de nouvelles turbulences dans le système financier à partir d’une nouvelle activation de la bombe immobilière. Il se pourrait dès lors qu’une décennie de faible croissance quasi déflationniste, à l’instar de la situation qu’a connue le Japon depuis une quinzaine d’années, s’impose comme horizon par défaut étant donné les risques d’une reprise rapide. La situation est cornélienne car une reprise molle va de pair avec des taux de chômage politiquement inacceptables.

Une reprise allemande dangereuse pour les pays périphériques

L’ue connait une situation à certains égards analogue. L’économie allemande est en train de retrouver ses niveaux de production d’avant la crise et connait son plus bas taux de chômage depuis la réunification, alors que les taux d’inflation connaissent un rebond légèrement au-dessus du plafond de 2% fixé par la BCE Cela survient alors que l’activité économique dans les États membres périphériques, et plus particulièrement en Espagne et en Irlande, continue à stagner et que les secteurs financiers et immobiliers locaux sont loin d’être purgés. Si la locomotive allemande continue à confirmer son rythme des derniers mois, les pressions visant à augmenter les taux d’intérêt historiquement bas ne feront que s’accroitre. Il faudra alors s’attendre à ce que la BCE, dont la célérité à préserver la stabilité des prix n’est plus à démontrer, décide de relever les taux d’intérêt. Cela aura pour conséquence de tuer tout espoir de reprise dans les pays périphériques, et plus particulièrement d’amorcer une chute importante des prix de l’immobilier en Espagne. Avec pour résultat une aggravation de la situation du secteur financier espagnol et, par ricochet et effet domino, un nouveau coup (fatal ?) pour le secteur financier européen dont l’état précaire n’est que trop bien connu…

Le 7 février 2011