Syrie – Légitimité de l’action de Poutine et d’Assad : une narration du conflit syrien à l’épreuve des faits

Benjamin Peltier • le 18 octobre 2016
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De l’extrême droite à l’extrême gauche, beaucoup maintiennent depuis cinq ans une position ambiguë sur la Syrie qui se double souvent d’une certaine admiration pour Vladimir Poutine. Même si la plupart du temps, personne n’ose directement défendre le dictateur de Damas, beaucoup développent un discours du « je ne soutiens pas Assad mais... » qui aboutit finalement à des résultats similaires. Ainsi, le 5 octobre dernier, devant l’ampleur des violations des droits humains commises à Alep, le Parti du Travail de Belgique (PTB) publiait un article sur son site solidaire.org intitulé Alep : ville symbole de notre politique étrangère. Rien de bien nouveau dans l’attitude du PTB quant à la situation sur place. Toutefois, il semblait pertinent, pour une fois, d’analyser un peu plus en profondeur la manière dont ce parti présente les choses.

Cet article de solidaire.org peut servir d’étude de cas sur la manière dont certains partis et mouvements continuent à maintenir une position qui autrement deviendrait intenable au vu de la situation actuelle. Cet article ne vise donc pas tant le PTB que l’ensemble des discours relativistes sur le conflit qui n’ont guère de problème à tordre la réalité pour la faire rentrer dans leur lecture du monde. Et qui, de surcroît, ont tendance à s’imposer de facto dans le récit du conflit syrien. Ce sont alors les Syriens sous les bombes qui font les frais de ces lectures erronées.

Une introduction qui donne le ton

Dès le paragraphe introductif, les torsions du réel sont perceptibles. On y retrouve notamment l’idée selon laquelle c’est depuis la parution de la « photo du petit Omran » que les « images terribles se succèdent », alors même que que l’horreur en Syrie se décline depuis plus de cinq ans en photos, vidéos et témoignages divers. Mais c’est véritablement dans la première partie du texte de l’article intitulé Qu’est-ce qui se passe à Alep ? Qui assiège la ville ? que l’auteur dépeint une situation souvent éloignée du réel.

Ce dernier commence en affirmant que « la plus grande partie de la ville [d’Alep], avec plus d’un million d’habitants, est sous contrôle du gouvernement syrien. » Cette affirmation est non seulement fausse au niveau de la superficie, mais elle l’est même au regard de la population initiale des zones considérées. Comme visible sur la carte ci-contre, si notre champ d’application se limite à la ville d’Alep en tant que telle, sans inclure les campagnes environnantes, l’opposition tient les deux tiers de la superficie de la ville. En 2012, lors de ce qui fut appelé « la bataille d’Alep » elle a même été jusqu’à en détenir 90% avant que les lignes de front ne se stabilisent. Au niveau de la population, la ville d’Alep comprenait trois millions d’habitants avant la guerre : environ deux millions dans ce que l’on appelle actuellement Alep-Est et un million dans Alep-Ouest. De ces chiffres initiaux nous sommes passés à des estimations de 220.000 à 380.000 habitants à l’Est et de 800.000 à 1,2 millions à l’Ouest.

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Cette évolution des chiffres pose d’emblée deux questions importantes ; qu’est-il advenu des habitants et pourquoi une telle différence d’évolution entre les deux parties de la ville ? L’exode des habitants de l’Est connaît deux issues possibles : s’ils sont partis assez tôt, ils sont en Turquie ou en Europe. S’ils sont partis après la fermeture de la frontière turque, ils sont bloqués dans des camps le long de celle-ci (camps bombardés à plusieurs reprises par le régime et ses alliés). Pourquoi une telle diminution à l’Est et pas à l’Ouest ? Parce que, comme le montrait récemment une vidéo de promotion du ministère du Tourisme syrien, la partie Ouest est encore relativement préservée tandis que la partie Est, bombardée quotidiennement tant par l’aviation russe que par celle du régime, n’est plus qu’un champ de ruines. Ainsi même si la vie dans Alep-Ouest est difficile, avec des coupures d’eau et d’électricité régulières, dans Alep-Est elle juste devenue impossible. C’est donc clairement la majorité de la ville d’Alep, en population et en superficie, qui a subit ce déluge de feu depuis quatre ans, et non pas « une petite partie » comme l’article du PTB le laisse entendre, en sous-estimant d’ailleurs au passage le nombre de résidents dans « Alep-Est ».

Afin de continuer à minimiser l’importance des bombardements sur cette zone, l’auteur évoque ensuite la présence de combattants de « ladite "Armée syrienne libre", mais aussi des combattants d’Al Qaeda ». L’utilisation d’une épithète de mise en doute – la dite – et de guillemets autour du nom de l’ASL sont une tentative claire de remise en cause de l’existence même de celle- ci. Pour Al Qaeda, par contre, nul guillemet. Pourtant, Jabhat Fatah al-Sham (le nouveau nom de Jabhat al-Nosra) a d’une part coupé ses liens avec Al-Qaeda (ce qui ne la rend bien évidemment pas plus fréquentable) et d’autre part n’a jamais vraiment été implantée à Alep. Le Conseil local (organe révolutionnaire élu chargé de la gestion de la ville) s’est en effet toujours opposé à leur présence.

Cependant, en août dernier, ils ont largement contribué à la brève rupture du siège qui a permis l’approvisionnement en nourriture de la ville. C’est depuis lors qu’ils y maintiennent une faible présence (800 combattants dans Alep-Est d’après De Mistura, soit moins de 10% des rebelles présent, mais ce chiffre est déjà revu à la baisse par les experts qui parle plutôt de 100 à 200 combattants maximum soit un à deux pour-cents des combattants présent dans Alep-Est). C’est donc bien notre absence de réaction qui a contribué à accroître le crédit du groupe qui est finalement vu par la population comme leur seul défenseur. Par ailleurs, le régime a lui aussi recours à des combattants sectaires et étrangers en masse. Pour l’offensive d’Alep, 6000 nouveaux combattants ont été mobilisés par celui-ci, dont 5000 étrangers.

Dans le paragraphe suivant, l’auteur sous-entend que le siège serait le fait des rebelles et du régime à parts égales et à tour de rôle, semblant ainsi les renvoyer dos à dos. Il s’agit de nouveau d’un vrai déni de la réalité. D’une part , en août dernier, la période de « siège » de la partie Ouest a été très brève et, d’autre part, il ne s’agissait pas d’un siège à proprement parler. En effet, bien que plus dangereuse, la route de Castello restait ouverte au régime et a continué à être utilisée par celui-ci. En Syrie, sur le quasi million de personnes vivant en état de siège 20.000 le sont du fait des rebelles (à Foua et Kafraya), 110.000 de Daech (Deir ez-Zor) et le reste, soit près de 700.000 personnes, du régime. Les rebelles autorisent l’envoi de convois humanitaires à Foua et Kafraya à chaque fois que le régime en accepte à Madaya et Zabadani qu’il assiège. A Alep et Deraya, par exemple, villes assiégées par le régime, celui-ci n’autorise l’accès à aucun convoi humanitaire. Autrement dit, l’intensité et le volume des blocus ne sont juste pas comparables. De nouveau, il semble que l’intention de l’auteur soit d’atténuer la culpabilité du régime et de ses alliés dans le drame humanitaire et humain que représente le siège de population civile.

Cette première partie de texte se termine avec l’affirmation suivante : « Il s’agit donc de combattre Daech, mais aussi les groupes rebelles armés. Des frappes aériennes russes l’assistent dans cette guerre ». L’auteur commence par citer Daech, qui serait donc l’objectif premier des offensives du régime et de son allié russe. Or, si Daech a parfois constitué une cible pour ceux-ci, cela n’a jamais constitué leur cible numéro un. Prime Source International établit par exemple une carte des frappes russes et du régime syrien en ce début de mois d’octobre (ci-contre), on voit clairement que plus de 90% d’entre elles visent explicitement les rebelles et non pas l’État Islamique. Or, il ne s’agit pas là d’une exception, puisque les statistiques de l’Institute for the Study of War, tenues à jour depuis le début de l’intervention russe, confirment cette analyse.

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Le texte évoque ensuite « les groupes rebelles armés », omettant de rappeler que ceux que combat le régime sont avant tout ses opposants (ou ceux qu’il juge tels), qu’ils soient armés ou non. Rappelons que la répression a toujours visé d’abord et avant tout les opposants non violents. Le sort réservé au mouvement pacifiste de Deraya en est probablement un des meilleurs exemples, mais on pourrait aussi évidemment citer les dizaines de milliers d’opposants politiques morts sous la torture dans les geôles du régime. La phrase de clôture de l’extrait « Des frappes aériennes russes l’assistent dans cette guerre » valide clairement, par l’usage du mot « guerre », la vision de camps armés qui se combattent. Or, à Alep, c’est bien à un travail d’extermination d’une population civile que l’on assiste .

Et si on continuait à minimiser les crimes ?

Après un paragraphe « d’analyse de la situation » l’article de solidaire.org se penche ensuite sur ce qu’il faudrait faire ou pas sous le titre « Faut-il arrêter l’attaque de l’armée syrienne ? ». Cela commence comme suit : « Face aux images horrifiantes qui nous parviennent, la priorité paraît spontanément un arrêt immédiat de l’offensive des forces armées russo-syriennes à Alep. En effet, utilisation d’armes prohibées, bombardements d’hôpitaux, sièges,... les accusations de crimes de guerre contre la coalition russo-syrienne ne manquent pas. Les rapports de "dégâts collatéraux", un terme horrible pour désigner les victimes civiles ou des hôpitaux détruits, ne se comptent plus. »

L’utilisation du terme « spontanément » est déjà intéressante, car elle semble déjà induire qu’il s’agit de la première idée qui vient à l’esprit mais que ce n’est pas la bonne. Mais le plus choquant dans ce paragraphe est sans nul doute l’usage du terme « dégâts collatéraux ». En effet, même en usant d’une précaution d’usage rappelant l’horreur de ces « dégâts collatéraux », il est affirmé qu’il ne s’agit quand même que de cela : de dommages involontaires. Or, la population et les infrastructures civiles ne sont pas touchées « par accident » mais délibérément. Amnesty International le pointait déjà dans un rapport publié il y a plusieurs mois et l’affaire du convoi humanitaire bombardé par les Russes le confirme. Depuis la fin de la fragile trêve, les Russes et le régime ont détruit plusieurs hôpitaux, dont le plus grand restant à Alep, et ce malgré l’enfouissement à plusieurs mètres sous le sol de la majorité de ses services. Leurs bombardements ont anéanti trois des quatre centres de la défense civile d’Alep qui est chargée de venir en aide aux blessés sur les sites de bombardements. Les bombes de Poutine et Assad ont également visé systématiquement les boulangeries pour leur aspect « stratégique » pour l’alimentation de la population. Enfin, l’écrasante majorité des bombardements russes et du régime ne visent pas les cibles militaires le long de la ligne de front mais bien l’intérieur résidentiel de la ville.

Le paragraphe suivant de l’article sombre littéralement dans le confusionnisme le plus total en tentant de démontrer que tous les acteurs se valent. A chaque crime du régime, l’auteur fait répondre un crime des rebelles. « Autour de la ville de Hama, une offensive de rebelles djihadistes et la réaction gouvernementale font en ce moment même d’innombrables victimes ». Il est déjà intéressant de noter que les rebelles deviennent les « rebelles djihadistes » alors que c’est une coalition rebelle assez diverse qui affronte des forces armées assez diverses également : on note notamment la présence du Hezbollah libanais ou de Pasdarans iraniens sur ce front du côté du régime. Il est donc ensuite question d’« innombrables victimes », manière de dire qu’Alep ne serait qu’un élément périphérique, et que les victimes, prises dans leur globalité, seraient à mettre sur le dos des deux camps. Seulement, de nouveau, cette affirmation ne colle pas à la réalité car, non seulement le théâtre de l’offensive de Hama est beaucoup moins meurtrier que celui d’Alep (et de loin), mais en plus, d’après le SNHR – une des sources crédibles pour le décompte des victimes –, le nombre de morts civils a minima en septembre 2016 en Syrie serait de 1176 dont 993 du fait du régime. Pas vraiment une responsabilité partagée de manière égale.

Dans le même esprit, l’auteur poursuit : « Pendant que le gouvernement syrien est accusé d’utiliser des bombes barils, les rebelles utiliseraient systématiquement des attentats-suicides ». D’une part, le régime est « accusé » alors même que l’utilisation des barils d’explosifs est attestée par l’ONU, documentée et quotidienne, tandis que, d’autre part, les rebelles « utiliseraient systématiquement des attentats-suicides », ce qui n’est attesté par personne. De toutes les sources fiables consultées sur la Syrie, il semble qu’il n’y a jamais eu que des groupes djihadistes (à ne pas confondre avec « islamistes ») qui ont eu recours à ces méthodes, or ceux-ci sont largement minoritaires au sein de la rébellion syrienne. De plus, ces voitures piégées sont quasiment toujours utilisées contre des cibles militaires et visent à ouvrir une brèche dans le cadre d’une offensive. Il ne s’agit pas d’attentats à la voiture piégée contre des civils comme Daech l’a récemment fait dans différentes villes de Syrie.

Et l’auteur continue sa litanie : « Les habitants du quartier kurde d’Alep ont dénoncé l’utilisation d’armes chimiques par les rebelles ». Ainsi, alors même que la plus grande attaque chimique qui a eu lieu en Syrie jusqu’à maintenant a été plus que probablement menée par le régime, tuant plus d’un millier de civils, la seule mention de l’utilisation d’armes chimiques dans cet article concernerait une attaque rebelle. Pourtant, la mention de cette attaque imputable aux rebelles n’apparaît que sur des sites complotistes (comme le Réseau Voltaire) ou du Kremlin (comme Sputnik) sans qu’aucun site sérieux ne corrobore les faits. Par contre, en cherchant au sujet de ces attaques, on trouve que la seule attaque chimique avérée contre le quartier kurde d’Alep est le fait du régime en avril 2013. Par ailleurs, si on veut parler de manière certaine des attaques chimiques commisses en Syrie, on peut se fier à la liste réalisée par les inspecteurs de l’ONU dans un rapport fin aout 2016. Or, si ce document met explicitement en cause le régime et Daesh, il ne pointe en revanche à aucun moment la responsabilité de groupes rebelles .

La Syrie, terrain de jeu fantasmé de l’administration américaine

Dans la partie suivante de l’article intitulée « Les dessous de la carte. Pourquoi l’armée syrienne avance-t-elle maintenant ? », l’auteur, sûr de lui, se livre à une analyse géopolitique, expliquant tout ce qui se passe en Syrie par l’action d’acteurs extérieurs et que l’on s’abstiendra de commenter in extenso. Cependant, la dernière phrase mérite que l’on s’y arrête : « Soutenir les rebelles d’Alep pourrait constituer l’excuse rêvée [pour les USA] pour renverser le gouvernement d’Assad, et faire de la Syrie une deuxième Libye ». On touche là au cœur du fantasme qui semble sous-tendre l’entièreté du positionnement sur le Syrie du PTB : les USA voudraient depuis le début prendre le contrôle du pays pour y instaurer le chaos, ce qui est pour le moins déconnecté de toute analyse un peu froide de la situation depuis cinq ans.

Si l’objectif des USA était d’intervenir pour renverser le régime syrien, ce ne sont pourtant pas des excuses qui ont manqué jusqu’ici, tant Assad a franchi toutes les lignes rouges que l’on avait tenté de lui imposer. Encore aujourd’hui, les USA ne menacent aucunement d’intervenir, alors même qu’il ne s’agirait que d’imposer une zone d’exclusion aérienne pour protéger les populations civiles. De plus, que veut dire « faire de la Syrie une deuxième Libye » ? On imagine que ce qui est sous-entendu est « un autre pays dans le chaos ». Pourtant, à bien y regarder, le niveau de chaos entre les deux pays n’est pas vraiment comparable : 57 fois plus de morts en Syrie entre 2011 et 2015 qu’en Libye et 500 fois plus de réfugiés toujours sur la même période. Dès lors, on peut penser que le régime syrien s’est bien débrouillé en appliquant à la lettre depuis le début le slogan de ses chabihas : « Assad ou on brûle le pays ».

Que faire ? Surtout encore moins

L’auteur termine par une conclusion intitulée « Que pouvons-nous exiger de nos gouvernements ? ». Ça commence fort : « Cela fait cinq ans que la population syrienne est victime d’un affrontement entre grandes puissances qui aimeraient se partager le pays ». Le PTB reprend ici le cœur même de la logique qui prévaut sur les sites internet conspirationnistes : la Syrie serait victime d’un complot international. On a pourtant bien du mal à voir, en admettant qu’il y ait un dessein de certaines grandes puissances, en quoi elles en profitent. Plus encore, ce qui est surtout choquant est que l’on prive de tout rôle les Syriens eux-mêmes. Leur révolution ? Elle n’a pas existé ! Les manifestations monstres et pacifiques dans toutes les villes pendant des mois ? Un complot US pour déstabiliser le pays ! On retrouve finalement là un discours largement ethno-centré qui retirerait à ces « arabes » la capacité de revendication politique et de construction révolutionnaire. Le « pouvoir au peuple » serait-il un idéal qui ne vaudrait que pour nous ?

Plus loin, une phrase sonne comme une excuse aux bombardements du régime et de la Russie : « Par ailleurs, il paraît irréaliste de penser que le gouvernement syrien ou la Russie vont s’arrêter tant que nos gouvernements soutiennent des groupes armés dans le pays ». L’auteur en remet une couche juste après pour blanchir un peu plus encore le régime de Vladimir Poutine : « La Russie est entrée en guerre en 2015, quatre ans après le début officiel du soutien occidental aux rebelles, avec un objectif clair : éviter que la Turquie et les États-Unis utilisent leurs avions pour chasser Assad, comme ils ont chassé Kadhafi. En gros, ce qui se passe à Alep aujourd’hui est le miroir à retardement de notre intervention ».

On tombe là dans du pur délire mais surtout dans une inversion chronologique des événements tout à fait hallucinante. Étant donné que le premier à avoir enclenché le cycle de la violence et du meurtre est sans conteste le régime (tirant sur les manifestants, les arrêtant et les torturant à mort), il est difficile de prétendre que ce qui se passe serait la faute de nos interventions. Mais ce qui est encore plus contestable c’est l’implication russe en Syrie. On sait ainsi que, quasiment depuis le début de la répression, des formateurs russes sont sur place et qu’un flot d’armes russes alimente le régime. Dès les premiers mois de la révolution, les manifestations en Syrie ont dénoncé le soutien de Moscou au régime syrien.

Malheureusement tout cela n’est pas nouveau

On ne peut pas vraiment dire que ce positionnement du PTB sonne comme une surprise. Le conflit syrien, comme d’autres avant lui – on pense à Prague en 1968 ou au Cambodge dans les années septante – est un conflit qui divise la gauche. Ces personnalités ou organisations politiques qui depuis cinq ans ne parviennent pas à sortir de leur ambiguïté vis à vis de la politique d’extermination du dictateur syrien et de ses alliés ont toujours une batterie d’arguments tout fait pour défendre leur position. Mais c’est toujours la même obsession qui revient en arrière fond : la principale cible de notre indignation devrait être la politique internationale des USA et de leurs alliés. Les crimes que d’autres pourraient commettre, ne seraient à leurs yeux jamais aussi grave.

Aucun chiffre, aucune statistique, aucun témoignage poignant ou image apocalyptique de la Syrie ne semble en mesure de changer cet état de fait.

Et ce même type de raisonnement est tenu par le PTB en Belgique, par un Mélenchon en France, un Jérémy Corbyn au Royaume-Uni et une Jill Stein aux USA. Ce positionnement semblant souvent se doubler d’une certaine fascination pour la figure de Poutine – fascination partagée par la droite identitaire. Il est troublant de remarquer que sur la Syrie – mais également l’Ukraine – les personnes de gauche citées plus haut semblent adopter des positions quasi identiques que leur contrepartie de droite : Lepen et Fillon en France, Farage au Royaume-Uni ou Trump aux USA (il est d’ailleurs interessant de voir que la candidate écologiste Jill Stein a d’ailleurs récement affirmé dans un tweet préferer Donald Trump à Hillary Clinton à cause des questions internationales et de son positionnement vis-à-vis de la Russie).

En Belgique la position du Parti Populaire (droite francophone néo-conservatrice) sur la question est aussi assez proche de celle du PTB. Pourtant, sur la Syrie, un raisonnement de gauche cohérent n’aurait-il pas dû mener, il y a cinq ans déjà, à une prise de position claire et sans ambiguïté en faveur d’une société civile qui au début dans ses manifestations ne demandait que « la dignité et le respect », plutôt que de se ranger, dans les faits, au côté de l’oppresseur.