Synthétisez ce sein que vous ne sauriez montrer

Anathème • le 17 septembre 2013

Parfois, des informations essentielles échappent à l’attention des observateurs les plus vigilants. Ainsi, saviez-vous qu’Olivia Wilde avait montré ses seins[1] ? Enfin, pas vraiment, mais presque. Disons plutôt qu’en les cachant, elle s’est obligée à en montrer la copie. Expliquons-nous car je sens que c’est un peu confus.

Il se fait que cette accorte jeune femme, actrice de son état, dans une scène d’un film, devait apparaître assez peu vêtue, surtout au niveau pectoral. On sait les réalisateurs américains habiles à mettre en scène des femmes dormant avec le drap calé sous les aisselles (chez les hommes, il se fixe à hauteur de la taille, ce qui fait que les draps de lit américains ont une forme en L) et faisant des galipettes en soutien-gorge. Cependant, le tournage peut amener l’équipe à découvrir de la plastique de l’actrice, plus que ce que n’autorise la décence.

Pour des raisons de pudeur, donc, Mme Wilde décida de porter des caches sur ses seins ; pour être plus précis, sur ses tétons, lesquels font l’objet d’une pudeur particulière aux États-Unis. Ne me demandez pas comment je le sais, je le sais, voilà [1].

Il se fait que les caches cachèrent bien ce qu’il convenait de cacher, mais furent eux-mêmes visibles sur la pellicule. Défaillance du drap en L, angle de vue problématique, l’histoire ne nous dit pas quelle fut l’origine du dévoilement. Toujours est-il que le mal fut fait : s’il était admissible que la dame souhaite cacher ses tétons, il n’était pas question que cette pudeur apparaisse de manière explicite dans un film, lequel, c’est bien connu, doit « faire vrai ».

Qu’à cela ne tienne, la technologie moderne allait permettre de rattraper la sauce. Il suffit en effet de cacher les caches au moyen d’images de synthèse représentant… des tétons bien entendu. Comme il importait de « faire vrai », l’actrice fut invitée à choisir laquelle de sept paires de tétons synthétiques était la plus proche de la réalité.

La pudeur était sauvegardée : la belle n’avait pas eu à montrer ses tétons à l’équipe, ni au public. Elle apparaîtrait à l’écran affublée de faux tétons synthétiques criants de vérité, conformes à l’original, mais artificiels. Bien entendu, la plupart des spectateurs ignorerait que ce qui est montré à l’écran n’est pas ce qu’elle a montré mais une exhibition virtuelle, mais qu’importe ?

Il eût sans doute été possible de retourner la scène avec un plaid en pure laine vierge, mais alors, c’est la concupiscence des spectateurs qui eût été frustrée.

Entre la pudeur, fondée sur ce que l’on pense montrer, et la concupiscence, reposant sur ce que l’on croit voir, l’alliance du sparadrap et de l’image de synthèse a donc permis un armistice inédit. Qui osera encore nous dire que le monde de demain sera celui des censeurs quand il suffira de montrer aux uns la copie de ce que les autres auront refusé de dévoiler ?