Stéréotypes de genre… Mais quel genre de stéréotypes ?

Anathème • le 17 février 2014

Comme l’annonçait Desproges, face à l’impossibilité de faire une bonne guerre à l’étranger, le plus prudent reste de se haïr entre Français [1]. Car rien ne vaut un bon conflit pour inculquer des valeurs à notre belle jeunesse !

À cet effet, il semblerait que ce que la presse nomme « théorie du genre » soit le nouvel outil de la France qui aime se faire peur. Il faut ici saluer le caractère visionnaire de quelques activistes régressifs. Ils ont en effet eu à cœur de présenter comme un complot visant à la désexuation de la société, une théorie qui, fondamentalement, explique par la construction sociale une bonne partie des différences observables entre les sexes.

Une campagne de plus fut lancée, dont un des mots d’ordre était : « pas touche à mon stéréotype de genre » [2]. Enfin, on réhabilitait les stéréotypes de genre ! Il était plus que temps que l’on prenne la défense d’affirmations telles que « le rose, c’est pour les filles », « les garçons ne pleurent pas », « tu veux devenir grutière, t’es un mec ou quoi ? », « un garçon, ça ne fait pas de danse », « les fées, ce sont des filles » ou « il n’y avait pas de piratesses ». Car, en fin compte, quelle différence y a-t-il entre l’affirmation qu’un homme peut pleurer en écoutant le Requiem d’Albinoni et la proposition de son émasculation, je vous le demande ?

Cette campagne culmina par une journée de manifestations intitulée « Jour de colère ». Ce mouvement rencontra un certain succès, aidée par des rumeurs de mise en place de leçons de masturbation en maternelle et suivie de près par des campagnes prétendant qu’on s’apprêterait à révéler à nos enfants que, sous leurs vêtements, les gens sont nus (alors que chacun le sait qu’ils ne le sont que sous le verre des abribus).

Mais, chacun le sait, pour défendre des valeurs, il faut un chef. Le mouvement du « Printemps français » eut sa passionaria en la personne de Frigide Barjot, cette époque est révolue et le risque était grand que le conservateur s’étiole, privé de toute figure charismatique. Heureusement, une nouvelle passionaria est née : Béatrice Bourges, qui a soutenu le « Jour de colère ». Voilà une femme prête à mourir pour s’opposer à la tyrannie et à l’inacceptable ! Enfin, prête à maigrir, puisqu’elle a fait 8 jours de grève de la faim suite au « Jour de colère », pour protester, non seulement contre le mariage entre personnes de même sexe et la théorie du genre, mais également contre le fait qu’un président élu puisse mener une politique conforme à ses orientations politiques. Un beau geste qui n’a malheureusement pas provoqué la démission de François Hollande, lequel confirme par là son mépris de la démocratie.

Mais hélas, mille fois hélas, voilà le mouvement à nouveau décapité. En effet, son mari se refusant à faire la cuisine et le repassage – il est trop occupé par son bricolage, le tuning de sa voiture et ses séances de musculation – l’a rappelée à l’ordre. La dame a donc réintégré sa cuisine, place qui sied mieux à la délicatesse naturelle d’une personne du sexe faible, il faut le reconnaître. Ne lui jetons pas la pierre, que pouvait-elle contre les stéréotypes de genre ?

[1Pierre Desproges, « Comment déclencher poliment une bonne guerre civile », Manuel de savoir-faire à l’usage des rustres et des malpolis (Paris : Seuil, 1981), 19-28.

[2http://www.lamanifpourtous.fr/fr/on-lache-rien/kit-du-manifestant. Sans doute une subtile référence à la campagne « touche pas à mon pote » qui avait été tant appréciée par ceux qui, aujourd’hui, militent pour la France de Jean-Pierre Pernaut.