Sélection bibliographique, filmographique et sites internet

Aude Merlin

Ouvrages généraux : histoire et actualité récente

Cazacu M., Au Caucase, Russes et Tchétchènes, récits d’une guerre sans fin, coll. « L’Orient proche », Les voyageurs, Georg, Genève, 1998.

Cette chronique retrace avec force détails l’histoire de la grande guerre du Caucase, apportant un éclairage spécifique sur la relation entre Russes et Tchétchènes. De nombreux épisodes de la vie quotidienne, des descriptions sur les traditions des peuples du Caucase, rendent la lecture très aisée.

Dumas Alexandre, Chamil et la résistance tchétchène contre les Russes, Nautilus, Paris, 2001.

Dumas, dont l’écrit en 1840 Le maitre d’armes, dans lequel il prenait la défense des décembristes, en avait fait une persona non grata dans l’empire russe, peut se rendre en Russie sous Alexandre II. À l’invitation de ses amis, les Koulechev, il entreprend un voyage dans l’empire en 1858, durant lequel il accorde une attention particulière au Caucase. C’est ainsi qu’il va devenir un témoin privilégié des dernières années de la grande guerre du Caucase. On peut doubler la lecture de cet ouvrage de celle de Au Caucase.

Hoesli Eric, À la conquête du Caucase, éditions des Syrtes, 2006.

L’histoire de la conquête du Caucase revisitée, sur la base de témoignages d’époque, de dépouillement de dizaines de documents. Se lit comme une épopée.

Marie Jean-Jacques, Les peuples déportés d’Union soviétique, Questions au XXe siècle, éd. Complexe, 1995.

Peuple par peuple, Jean-Jacques Marie revient sur les chiffres et les trajectoires des différents peuples déportés.

Nekritch Alexandre, Les peuples punis, Maspero, 1969.

Dans ce document d’analyse, A. Nekritch documente l’histoire des déportations et, en amont, tente d’analyser ce qui a présidé à ces déplacements massifs de population. Il apporte des éléments intéressants de faits sur la stratégie mise en place par le IIIe Reich pour s’affilier des collaborateurs des différents peuples punis, tout en mettant en évidence le caractère absolument limité de cette stratégie dans les faits.

On peut compléter la documentation sur l’histoire des déportations des peuples nordcaucasiens avec des articles parus dans des revues spécialisées, en particulier les articles de J. Otto Pohl, B. Brauer, et avec des travaux parus en russe sous la plume de S. Alieva, I. Chamanov.

Comité Tchétchénie, Tchétchénie, Dix clés pour comprendre, Paris, La Découverte, 2005 (3e édition).

Dans cet ouvrage collectif écrit sur le vif au début de la deuxième guerre et réactualisé deux fois, les auteurs tentent de répondre à dix questions que se pose le grand public pour décrypter l’histoire des relations russo-tchétchènes, pour comprendre les ressorts des
deux guerres de Tchétchénie post-soviétique et analyser leurs conséquences sur les sociétés.
De la place des islamistes dans la reprise de la guerre à la question de la responsabilité face aux exactions, en passant par le rôle possible de la communauté internationale ou l’analyse des évolutions des deux sociétés russe et tchétchène, cet ouvrage représente
un outil d’« entrée en matière » très utile, qui se lit aisément et rapidement.

Le Huérou Anne, Merlin Aude, Regamey Amandine, Serrano Silvia, Tchétchénie : une affaire intérieure ? Russes et Tchétchènes dans l’étau de la guerre, Paris, Autrement/CERI, 2005.

Écrit par quatre des coauteurs du livre précédemment évoqué, celui-ci se donne pour
objectif d’analyser quatre questions principales. Qu’est ce qui lie historiquement Russes
et Tchétchènes, et comment l’héritage commun incarné par la soviétisation joue-t-il
aujourd’hui sur les projets politiques et sur la définition identitaire des Tchétchènes ?
Quelles sont les conséquences des deux guerres récentes sur la société tchétchène ?
Comment la Tchétchénie et les rhétoriques « greffées » sur le conflit sont-elles utilisées
dans un « Grand Jeu » entre puissances ? Enfin, comment la guerre de Tchétchénie se traduit-
elle dans les évolutions (pouvoir, société) plus globales de la Russie ?

Tishkov Valery, Chechnya : Life in a war-torn Society, University of California Press, Los Angeles, 2004.

Une analyse par un historien russe des conséquences de la première guerre de Tchétchénie sur la société tchétchène, nourrie d’études anthropologiques sur le rôle des traditions, du système clanique, du facteur religieux.

Dunlop John B., Russia Confronts Chechnya. Roots of a Separatist Conflict, Hoover Institution on War, Revolution and Peace, Stanford University, 1998.

Remise en perspective très utile sur les racines du conflit russo-tchétchène.

Evangelista Matthew, The Chechen Wars. Will Russia go the way of the Soviet Union ?, Washington D.C., Brookings institutions press, 2003.

Un des intérêts de ce livre est la remise en perspective de la question tchétchène dans le
cadre de la question plus générale du fédéralisme russe, et la façon dont il pose la question
du vivre ensemble multiethnique en Russie.

Gammer Moshe, The Lone Wolf and the Bear : A History of Chechnya from Peter the Great to Beslan, Hurst, 2006.

Grand spécialiste du Nord-Caucase, l’historien Moshe Gammer propose une fresque des relations russo-tchétchènes à travers la colonisation tsariste, la période soviétique, et la période post-soviétique. La remise en perspective historique donne une grande force à l’ouvrage.

Sakwa Richard (ed.), Chechnya : From The Past To The Future, Anthem Press, 2005.

Livre collectif contenant plusieurs chapitres particulièrement intéressants, parmi lesquels un chapitre d’Alexandre Tcherkassov, Tom de Waal, Pavel Baev, Emil Pain.

Témoignages et livres de journalistes

Astigarraga Isabelle, Tchétchénie, un peuple sacrifié, L’Harmattan, Paris, 2000.

À travers un travail de terrain très minutieux alors qu’elle travaillait comme correspondante pour l’AFP en Russie, Isabelle Astigarraga restitue la complexité de la société tchétchène, de son histoire, de sa perception de la première guerre, de ses espoirs aussi. L’entrée par la vie quotidienne des gens et les relations fortes qu’elle a tissées avec de nombreux habitants de Tchétchénie a permis à des centaines de lecteurs de se familiariser avec cette région du monde.

Babitski Andreï, Un témoin indésirable, Robert Laffont, Paris, 2002.

Le récit, de l’intérieur, d’un journaliste russe particulièrement « indésirable », qui décrypte
les modes d’action des preneurs d’otages et de leurs connexions avec les différents
services.

Baev Khassan, avec Ruth et Nicholas Daniloff, Le serment tchétchène, un chirurgien dans la guerre, J.-Cl. Lattès, traduit de l’anglais (États-Unis) par Luc Baranger, 2003, édition française 2005.

Un des intérêts de ce livre est toute la reconstitution biographique d’un itinéraire tchétchène durant la période soviétique, à travers la description des études de l’auteur, avec toute une analyse sur la façon dont s’emboite le patriotisme tchétchène dans son patriotisme soviétique.

Fleutiaux Brice, Otage en Tchétchénie, Robert Laffont, Paris, 2001.

Où l’on voit de l’intérieur le mécanisme d’une prise d’otages et l’épreuve psychologique
qu’elle représente.

Iachourkaev Soultan, Survivre en Tchétchénie, Gallimard, 2006, coll. « Témoins ».

Récit non sans humour d’un écrivain tchétchène résidant en Belgique. Très circonspect lors de la déclaration d’indépendance de la Tchétchénie et très lucide sur le caractère atomisé - et atomisable - de la société politique tchétchène, Soultan Iachourkaev nous livre ses observations et impressions face à la « marche vers l’indépendance ». Apportant une foule d’informations, il ponctue son récit de méditations sur le désastre qu’il voit arriver, et se réfugie régulièrement dans une culture très étendue de l’histoire des hommes, pour tenter de faire face au déluge de violence qui s’abat sur son peuple, sa maison étant le lieu d’observation et d’écriture de ce témoignage au jour le jour.

Milana Terloeva, Danser sur les ruines, une jeunesse tchétchène, Hachette, 2006.

Récit écrit par une jeune Tchétchène sur son enfance et son adolescence. Un des intérêts de ce témoignage est précisément la perception par une enfant puis adolescente des bouleversements de son pays.

Politkovskaia Anna, Tchétchénie, le déshonneur russe, Buchet-Chastel, Paris, 2003.

Une des « photographies » et un des exemples du travail de la journaliste russe en Tchétchénie (assassinée depuis) au plus fort de la guerre.

Littérature, contes, travaux sur la Tchétchénie et le Caucase

Akhmadov Moussa, Les Loups, L’Espace d’un Instant, Paris, 2002.

Première pièce traduite du tchétchène en français. Une façon originale d’entrer dans l’histoire
de la déportation et de l’après-déportation de 1944.

Arsanoukaev Rouslan, archéologue, Le grand catalogue des pétroglyphes tchétchènes (300
relevés inédits de pétroglyphes)
, édition trilingue, Paris, Marcho Doryila, 2005.

Comité Tchétchénie (dir.), Des nouvelles de Tchétchénie, éd. Paris-Méditerranée, 2005.

Un recueil de nouvelles qui permet de découvrir un pan de la littérature tchétchène, et
de lire aussi deux écrivains russes « passés » par la Tchétchénie, Arkadi Babtchenko et
Vladimir Kiveretski.

Frison Philippe, Outtier Bernard, Contes tchétchènes, Fayard, Paris, 2002.

Greneau Jean-Jacques, Les chardons rouges (théâtre), Mons, éd. du Cerisier, 2005.

Guelassimov Andreï, La soif, traduit du russe par Joëlle Dublanchet, Actes Sud, Paris, 2004.

Récit de Kostia, ancien soldat russe rentré de Tchétchénie, dont le visage a été gravement
brûlé lors d’une embuscade en Tchétchénie. Récit de sa « soif », soif de comprendre, soif
de dire, soif de boire aussi.

Makanine Vladimir, Le prisonnier du Caucase, Paris, Gallimard, 2005.

Une réécriture de la nouvelle de Pouchkine, à travers la relation entre un commandant
russe et son prisonnier.

Tolstoï Leon, Hadji-Mourat, traduit du russe par Paul Kolodkine, Paris, La Farandole, 1961 (rééd. Gallimard, Folio Classique, 2004).

Un classique incontournable, sur la figure de Khadji-Mourat, combattant de Chamil passé
côté russe pendant la grande guerre du Caucase.

Livres de photos

Arnaud Maryvonne, Meddeb Abdelwahab, Tchétchénie surexposée, Le bec en l’air, Grenoble, 2005.

Où l’on plonge dans l’intimité des gens, mais tout en pudeur.

Stanley Greene, Plaie à vif, Tchétchénie, 1994 à 2003, Trolley, 2003.

Le travail poignant d’un photographe exceptionnel.

Bandes dessinées

Rash Tamada, Chroniques du proche étranger en Tchétchénie, préface d’Anne Nivat, Vertige Graphic, 2007.

Une autre façon d’aborder la Tchétchénie, dans un récit rocambolesque et émouvant.

Films de fiction

Andreï Kontchalovsky, La maison des fous, 109 min, 2003 (franco-russe).

Chaos intérieur, chaos extérieur : ou comment la guerre et sa folie s’entrechoquent avec la
brisure de « molécules mentales » de l’humain, déjà fortement éprouvées.

Serguei Mamilov, Un nuage d’or passait dans la nuit (d’après le roman de A. Pristavkine), 97 min, 1989 (URSS).

Fiction sur l’après-déportation, qui restitue l’atmosphère de la Tchétchénie vidée de ses habitants.

Serguei Bodrov, Le prisonnier du Caucase, 95 min, 2002.

Réécriture filmique de la nouvelle de Pouchkine, où le motif de l’« autre » et du Caucase
comme incarnation paradoxale de la liberté et de l’enfermement revient dans un récit
inspiré de la première guerre de Tchétchénie.

Documentaires

Sauloy Mylène, Grozny, le 51, 26 min, 2001.

Le quotidien des habitants de Grozny entre 2000 et 2001, saison par saison. Émouvant, drôle parfois, une peinture très « réussie », si l’on peut dire, de la société de Grozny et de sa survie au plus fort de la guerre.

Sauloy Mylène, Danse avec les ruines, France 2, 52 min, 2002.

L’épopée des enfants danseurs de Grozny, dirigée par le chorégraphe Ramzan Akhmadov. Sauloy Mylène, Massacre en Tchétchénie, la vidéo qui accuse, Canal +, 26min, 2004. Sur le massacre de Komsomolskoe en mars 2000, la liquidation de combattants officiellement amnistiés.

Marcie Florent, Itchkeri Kenti (en tchétchène : Les fils d’Itchkérie).

Un matériau exceptionnel filmé pendant la première guerre, sur la mobilisation de la société tchétchène contre cette guerre.

Loizeau Manon, Grozny, chronique d’une disparition, Capa, 45 min, 2003 ; Naitre à Grozny, Capa, 25 min, 2003.

Ces deux documentaires montrent bien, avec, le recul, par quoi les habitants de Tchétchénie sont « passés ».

Kirtadze Nino, Il était une fois la Tchétchénie, Arte Mediane PR Films, 57 min, 2001.

Cinq témoignages plus poignants et intéressants les uns que les autres sur l’itinéraire de journalistes ayant « couvert » la Tchétchénie. Où l’on assiste à une remise en question par les journalistes eux-mêmes du sens de leur travail.

Prado Vincent, Tchétchénie : le clan des Kadyrov, reportage, 2006.

Goguelin Romain, Pokrovski Alexeï, Kadyrov, l’homme de Poutine, 18 mai 2007, France 24

Deux documents récents qui montrent de façon fulgurante les changements récents opérés en Tchétchénie et la "kadyrovisation".

Sites Internet