Secours qu’appellent les chiens

Jacques Vandenschrick

à paraître, dans le courant de 2009, chez Cheyne éditeur, F43400, Le Chambon-sur-Lignon

1.
Ces chiens qui, dans les soirs de marbre,
Appellent au secours à travers les champs vides,
- Abus de chaînes, abois d’aveux -
Gardent pour eux la mémoire des coups.

Quand c’est peut-être à cause de leur appel
Et des souvenirs illisibles
Que les enfants, parfois, sans invoquer raison
Prennent peur dans la nuit.

2.
Soirs anxieux qu’on poussait devant soi
Comme des meutes affolées
Au travers des linges épandus.

Quelqu’un manquait longtemps
Qu’on attendait, qu’on attendait
Dans le saccage des lessives...

3.
Quand la lune s’embusque
Dans l’épaisseur des haies,
Lorsqu’on prend peur d’encore commencer,
Qu’on ne sait plus rien des promesses,
Qu’on longe des hangars noirs
Où on entend battre la mer sous les portes :
Nuit de porphyre,
D’impénétrable attente dans les harassements...

4.
Bêtes tremblantes et perdues
Traversant les faubourgs
Sur des chemins de graviers,
Pendant qu’on chuchote.
Boules de toisons grises,
Comme soudées par une maigre neige.

On voudrait alors qu’une jeune fille
Ne pense plus mourir derrière une vitre...

5.
Ces étrangers qui nous visitent en songe,
Ne sachant plus le sentier du refuge,
N’est-ce pas toujours nous, en fuite,
Inconnus à nous-mêmes,
L’âme écrasée par les présences ?
Nous, craignant d’oublier les noms,
Attendant sous les plombs,
Hélant qui saurait un chemin plus clair ?

6.
Mander que se perpétuent les cabanes,
Que les jours bleus deviennent
Lentement une énigme.

Mendier que le vent nous rachète
Quand, par grand froid,
Avec la nuit qui monte,
On a les yeux de fer
Et qu’on entend au loin
Une cloche amère et plus mauve.

7.
Appelant la réparation,
Entends les chiens de nuit.
Vois le feu bas sur le rivage.
Le lit de nuages, le miel promis
Et l’ombre incompréhensible...

Car toujours le couteau
S’écarte du parfum.

Il ne te faut qu’aimer enfin.
Et que l’hiver ne s’aggrave en chemin.