Reconnaitre les victimes ne suffit pas

Margarita Sanchez-MazaLaurent Licata

Les phobies sociales (xénophobie, homophobie, islamophobie, etc.) rendent impossible la communication entre les personnes. Depuis une vingtaine d’années, reconnaitre les victimes est devenu une ressource qui permet de situer les phobies sociales dans leur contexte historique, de les comprendre comme participant des relations dynamiques entre groupes sociaux. Cependant, l’application croissante de principes de reconnaissance dans le champ politique présente des effets pervers parce qu’elle donne lieu à des conflits d’intérêt entre groupes revendiquant le statut de victimes. Cette interprétation victimaire des rapports sociaux restreint les possibilités de débat et enferme les groupes et leurs membres dans des rôles figés. En fin de compte, l’émotion s’est déplacée de la peur vers la culpabilité ou la honte, mais est-on réellement parvenu à restaurer la communication ?