Quoi de neuf ? La Revue nouvelle

Christophe MinckeThomas Lemaigre

Voilà un bon moment que notre revue est nouvelle. Est-ce parce qu’elle a bien changé depuis 1945 qu’elle a pu le rester ? Est-elle pour autant méconnaissable ? Sans doute pas, mais le chantier perpétuel qui l’anime est de rester en phase avec son temps, parfois même un chouïa en avance, et de demeurer un lieu d’animation intellectuelle, de débat, de questionnement, de critique et de proposition.

Luc Van Campenhoudt en a été le directeur depuis mai 2007. Il a mis en œuvre de nombreuses évolutions : maquette, rubricage, ton, recrutement de nouvelles plumes, etc. Il a aussi pris une part très active à la production de contenu : éditoriaux, articles de fond, dossiers, etc. On ne compte plus les pages qu’il nous a données. Le plus important est cependant qu’il y a joué le rôle d’un animateur, d’un promoteur du gai savoir, d’un passeur d’interrogations, d’un homme encourageant, capable tout à la fois de confiance et d’exigence. Rares sont ceux qui allient l’esprit et le cœur. Luc Van Campenhoudt est de ceux-là.

Après plusieurs années d’implication forte, il a souhaité passer la main. Ne pas se croire indispensable est la marque d’une particulière intelligence ; la nouvelle équipe directoriale qui se met en place tâchera d’en prendre de la graine. Cette nouvelle équipe s’est d’ailleurs assurée que Luc Van Campenhoudt resterait particulièrement actif dans la revue… Même s’il ne disparait pas de nos pages, qu’il soit chaleureusement remercié pour tout ce qu’il a apporté à La Revue nouvelle et à ceux qui l’ont animée avec lui. D’ailleurs, si les nouveaux codirecteurs entament leur mandat avec un plein havresac de projets, c’est en bonne partie grâce au processus de réflexion qu’il a tenu à susciter.

Notre société se prétend rationnelle. Elle se dit même « société du savoir ». Pourtant, il est difficile de plus mal se connaitre. Elle est dite de l’« information », mais le bruit y est assourdissant et les voix susceptibles d’éclairer, d’ouvrir des dialogues, d’apporter du neuf, d’aider à penser et d’accompagner la vie démocratique sont bien faibles. Elle se prétend démocratique, mais le niveau du débat politique y est souvent affligeant. Les besoins sont énormes que La Revue nouvelle a pour vocation d’aider à satisfaire. C’est pourquoi nous pensons que ce projet mérite d’être encore défendu et qu’il existera encore longtemps des lecteurs pour nous suivre dans l’aventure. Des lecteurs qui ne se contentent plus de recevoir passivement, qui nous répondent, qui dialoguent ? Tant mieux ! Pour notre part, nous entendons bien les y inviter.

Une nouvelle équipe arrive, donc. Nous avons été désignés codirecteurs par l’assemblée générale de la revue du 10 janvier dernier. Il nous appartient maintenant, fortement soutenus par une équipe rédactionnelle motivée, de poursuivre l’infini projet qu’est une revue. Les chantiers sont nombreux : diversification des styles et des plumes, révision du format, articulation des supports papier et électronique, valorisation des archives de la revue, etc. Sans compter le défi quotidien qu’est la production d’une publication de qualité.

Notre ambition est aussi d’être à la fois plus focalisés sur l’avenir, sur la prospective, sur la détection et le décodage des mouvements du présent, aux côtés des acteurs qui inventent et expérimentent le changement. Nous sommes fatigués de la sinistrose inhibitrice, du supposé sentiment d’impuissance, du confort des dénonciations, des critiques culpabilisantes de l’individualisme, sans même parler des appels à de chimériques révolutions ou points de bascule historiques. Car oui, notre souci et notre engagement constants, c’est de lire notre temps et, chaque fois que nous le pourrons, de participer à sa marche ; toujours en chérissant notre indépendance, notre liberté de ton et de pensée, notre souci de pertinence et d’utilité sociale.

Notre objectif est donc bien de poursuivre le projet Revue nouvelle tout en lui donnant un nouveau souffle. Pour ce faire, il faudra également que notre média trouve sa place dans un contexte en profonde mutation. Le développement de l’internet a provoqué d’importantes modifications des habitudes de consultation de l’information et de lecture. C’est l’ensemble de l’édition de journaux et de revues qui est actuellement sur la sellette. Comment produire et diffuser des écrits de qualité dans un environnement qui survalorise la rapidité ? Comment faire sens dans un contexte d’érosion de la hiérarchie des discours ? Comment vendre de la qualité quand le médiocre est gratuit ? Comment articuler papier et publications en ligne, notamment les blogs de la revue [1] ? Comment nourrir un projet démocratique qui n’a pas assez confiance en lui-même ?

Plus largement, les mutations sociales actuelles — mais de quelle société n’a-t-on pas dit qu’elle était en profonde mutation ? — agissent sur les attentes de nos lecteurs potentiels, sur la manière dont vous ouvrez nos parutions, dont vous les lisez, dont vous les commentez, dont vous nous êtes fidèles… ou pas. Chacun de vous, lecteurs, se mérite, surtout quand l’ambition ne se limite pas à la diffusion de programmes télé ou à celle d’images volées aux célébrités du moment. Quels sujets ? Quelle périodicité ? Quelle longueur d’articles ? Quel ton ? Quel niveau de complexité ? Telles sont quelques-unes des questions que nous nous posons… et auxquelles nous préparons des réponses en actes.

Faire une revue en 2014, c’est danser sur un fil qui ne cesse de bouger. La Revue nouvelle entame donc une mue importante. Dans les mois qui viennent, vous la verrez changer… pour un mieux, bien entendu. Votre avis nous sera alors essentiel, de même que, si vous appréciez les mutations en cours, la promotion de la revue autour de vous. Il ne sera possible de continuer à vous l’offrir que si vous n’êtes pas seul à l’acheter…