Pour en finir avec la gabegie !

Luc Delfosse • le 23 janvier 2017
partis politiques, Wallonie, Institutionnel.

Puis-je vous faire part de mon inquiétude ? Je n’ai toujours pas reçu de réponse(s) aux courriels que j’avais envoyés hier à Benoît, Olivier et Élio, les conviant à un souper aussi fin que discret dans ce restaurant de Tilff qu’aime à fréquenter depuis toujours l’establishment liégeois. J’ai la faiblesse de croire que l’ombre tutélaire de certains grands disparus de la Principauté, prématurément mis en bière, serait par ailleurs de nature à favoriser ce que les diplomates chevronnés nomment un échange de vues franc et cordial.

L’ordre du jour de cette petite sauterie était pourtant aussi clair que séduisant : « Pour en finir une fois pour toutes avec les dérives engendrées par les entreprises publiques créées par des communes afin d’accomplir des missions de service public d’intérêt communal ». Pour le quidam, je veux dire celui qui, n’ayant pas la bonne carte, ne siège nulle part, ce titre pourrait paraitre abscons et redondant. Le petit peuple des Élus, lui ne s’y trompera pas : c’est d’intercommunales que nous allions causer. Cependant, dans un souci d’apaisement des cœurs et des esprits en ces moments très troublés, je me devais d’éviter à tout prix d’écrire le mot qui fâche.

Avec tact et sobriété, j’exposais brièvement dans ce mail présidentiel le « motif de cette convocation en extrême urgence ». En voici la moelle : « Sous le contrôle impartial du plus sage de nos constitutionnaliste, M. Marc Eudore Delpendaele, je vous propose d’aborder, de discuter, d’amender et enfin d’approuver par acclamation spontanée une solution légale et pérenne aux dérives qui, depuis plus d’un demi-siècle, entachent ci et là le fonctionnement des entreprises publiques, de leurs obscures ramifications paracommunales, semi-publiques, carrément privées, en partenariat ou dispensant à quelques élites cooptées le beurre, l’argent du beurre, les cuisses de la crémière et le compte numéroté de son mari ».

Salivant non ? Puis, sans crier gare, j’y allais de trois propositions dont la folle audace me donne encore le tournis :

1. Scission (une simple anticipation…) courant janvier de la Loterie nationale en trois ailes régionales autonomes : la Loterie W [1], la Loterie Vl et la Loterie Bxl ;

2. À compter du 1/2/2017, rattachement de toutes les intercommunales sudistes, de leurs enfants et de leurs bâtards à la Loterie W dont la capacité à gérer les pactoles avec probité, n’est plus à prouver ;

3. Tirage au sort trimestriel des délégués communaux à toutes les instances de ces entreprises. Le tirage au sort sera filmé en direct par les télévisions locales et supervisé par un huissier. Il visera tous les Wallons de 16 ans et plus. Durant trois mois (qu’ils assistent, ou non, aux réunions), ces avant-gardes de la démocratie directe toucheront les jetons et faux frais divers (nets de taxes et d’impôts) inhérents à leur bref, mais courageux engagement patriotique.

Et je concluais : « Ainsi, Messieurs, ce seront grosso modo 3.000 familles wallonnes de toutes extractions qui, chaque année, recueilleront non seulement le fruit de la manne publique, mais seront directement associées à la conduite citoyenne de notre Région ».

J’en garde évidemment sous le pied. Si, comme je le pressens, le climat est bon et mes prestigieux invités d’une humeur à la hauteur de leur soulagement, je compte leur suggérer entre la poire d’Aubel et le fromage de Herve, d’étendre le concept de tirage au sort à la monarchie elle-même. Puis, dans l’ivresse générale… à la direction des partis démocratiques. Juste pour rire évidemment, question de vider les calices d’ambroisie jusqu’à la lie.

[1« Devenez scandaleusement un peu moins pauvres » en serait évidemment le slogan.