Paternité et masculinité à l’époque victorienne

Angela V. John

Les différences de rôles entre les sexes, dictées par des impératifs sociaux, économiques et politiques, ne sont jamais aussi absolues et marquées qu’à l’ère victorienne mais, dans la pratique, le cloisonnement entre sphère privée et sphère publique n’est pas totalement étanche, entrainant notamment des chevauchements entre rôles masculins et rôles féminins. Ainsi, si le devoir de paternité demeure l’un des constituants obligés de la masculinité, les joies de la paternité et de la vie domestique, comme l’a démontré John Tosh dans A Man’s place, masculinity and the middle-class home in Victorian England , commencent à être plus ouvertement assumées, voire revendiquées par les hommes qui, peu à peu, s’approprient l’espace traditionnellement réservé aux femmes. À cet égard, le dévouement de David Alfred Thomas (1856-1918) à l’éducation et à la réussite professionnelle de sa fille est tout à fait remarquable, comme le révèle l’ouvrage qu’Angela V. John vient de consacrer à cette dernière, Turning the Tide, the Life of Lady Rhondda . Afin de préparer sa fille, Margaret Haig Thomas (1883-1958), à lui succéder à la tête de son empire industriel, David Alfred Thomas n’hésite pas à s’affranchir des codes qui régissent les relations entre les sexes, donnant ainsi à voir le visage d’une masculinité nouvelle, bien loin du stéréotype littéraire du pater familias tyrannique et conservateur auquel nous ont habitués par exemple les romans de Charles Dickens ou de Virginia Woolf. À sa façon, et bien avant l’heure, David Alfred Thomas causa lui aussi un certain trouble dans le genre…