Nouveaux visages du terrorisme

Paul Géradin

Terrorisme… islamisme. Ces mots tendent à devenir synonymes. Le présent dossier a été conçu bien avant le 20 novembre. L’objectif était d’extraire l’information du bruit médiatique et de la muter en compréhension. Le bruit reste assourdi dans l’opinion européenne tant qu’il s’agit de Tunis, de Beyrouth ou de Bamako. Mais il est devenu fureur une fois qu’il a éclaté à Paris et a concerné la Belgique. Pourquoi et comment le terrorisme s’islamise-t-il ? La réponse à ces questions n’est pas un pur exercice intellectuel mais la condition d’une capacité de prévoir dans l’incertitude, de répondre à la hauteur de la situation. Cela requiert un effort pour prendre distance et mettre les faits en perspective.

Le terrorisme se distingue de la violence inhérente à de multiples conflits par un « esprit » qu’Albert Bastenier fait ressortir en identifiant des formes qui se sont succédé dans différents contextes. Il scrute le nouveau terrain sur lequel émerge un terrorisme mondialisé et religieusement inspiré. Il situe la fonction de cette composante — notamment en retraçant le chemin qui va du modèle de Médine à Daesh.

Le jihad islamiste associe deux inspirations, traditionnelle et moderne ; il s’approprie les moyens de la modernité en vue de la détruire. Ce paradoxe fut tangible dès 2001 avec la diffusion massive des images de la destruction des Twin towers et culmine dans les mises en scène de violence jubilatoire et de corps torturés produites par Daesh, pour qu’elles se gravent dans l’imaginaire mondial, en recourant aux techniques audio-visuelles les plus sophistiquées… Cette imposition d’images inhumaines va de pair avec l’interdiction de la mise en image du prophète. Mostafa Chebbak met en lumière la relation à l’image dans l’islam sunnite au cours d’un exposé qui se présente à première vue à première vue comme un chapitre d’histoire de l’art. Une lecture plus attentive y discernera le socle culturel de l’utilisation des ressources des techniques virtuelles qui est mise en œuvre par le terrorisme islamiste.

La situation des fractions de la jeunesse issue de l’immigration qui sont au cœur des contradictions du monde globalisé et qui constituent la cible des messages audio-visuels de Daesh est abordée par Corinne Torrekens : comment bascule-t-on dans la violence jihadiste ? Elle fait un inventaire raisonné des facteurs qui sous-tendent ce processus. Alors, islam ou pas islam ? Elle montre que la dimension religieuse est bien présente, mais instrumentalisée dans une dynamique qui amène à s’interroger sur le fonctionnement et la lourde responsabilité de nos sociétés.

La dernière contribution aborde un problème très concret, relatif au secteur de la Justice en Belgique. En raison du manque de moyens, le renforcement du processus de sécurité au palais de Justice de Bruxelles a entraîné un dispositif qui porte atteinte au droit des prévenus de comparaître devant leurs juges. Cette évolution s’est aggravée depuis le début janvier 2015, à la suite des attentats au siège de Charlie Hebdo et au démantèlement de la cellule de Verviers. En évaluant cette dérive qui va à l’encontre de l’état de droit, Steve Lambert montre comment elle fait la part belle aux ennemis de la liberté.