Neutralité : de quoi, pour qui, comment ?

Marc JacquemainGéraldine Brausch

La « réactivation » actuelle de l’exigence laïque se centre principalement sur la topique des limites et frontières : limites à la tolérance, frontières entre le « public » et le « privé ». Au-delà des motifs et effets parfois très discutables de cette réactivation, elle a au moins le mérite de remettre en débat la notion même de laïcité, non pas quant à sa nécessité, dont tous les intervenants sont convaincus, mais quant à la définition de son contenu. Il y a gros à parier que sans la présence musulmane accrue, la plupart de ces débats entre laïques n’auraient pas eu lieu. Mais si, demain, par un coup de baguette magique, l’islam européen devait disparaitre du paysage, les controverses ne seraient pas pour autant amenées à s’éteindre  : les laïques ont découvert qu’ils ne pensaient pas tous la même chose de la laïcité. Le consensus supposé, et pour une bonne part fantasmé, s’est largement fissuré. Probablement en est-il de même au sein des familles religieuses : la question de la place de la religion dans la société a en effet été posée à tous et a, de ce fait, probablement fait vaciller, voire brisé, des accords tacites au sein des communautés symboliques.