Migration : la stratégie de la dissuasion

Anathème • le 27 septembre 2018

Les hommes sages qui veillent sur la destinée de notre pays l’ont bien compris : le péril qui nous menace, aujourd’hui, c’est l’immigration. Logiquement, après avoir fait en sorte qu’il ne soit plus possible d’envahir légalement notre pays pour des raisons économiques, ils œuvrent au tarissement de l’afflux de réfugiés. Qu’un étranger soit affamé ou torturé, il n’en est pas moins dérangeant. Sa simple présence menace notre culture, notre mode de vie et, surtout, notre sécurité sociale. Or, ils tiennent beaucoup à détruire eux-mêmes cette dernière, c’est un point d’honneur.

Un des principaux moyens pour tarir le flux de candidats-réfugiés est la mise en place d’une stratégie de dissuasion. Celle-ci se cherche cependant encore. Diffuser dans les pays d’origine des messages indiquant la piètre hospitalité des Belges n’a visiblement pas suffi. Laisser croupir les migrants sans aucun secours, les faire harceler par la police, leur voler leurs maigres effets n’a pas été plus utile. Récemment, Bart De Wever a fait une proposition dérisoire : celle de confisquer leur téléphone aux migrants interpelés par la police. On reconnait bien là la frilosité et l’humanisme désolant du maitre d’Anvers.

Certes, nous rejoignons les analyses de l’extrême droite lorsqu’elle aborde la question migratoire par le biais de la théorie de l’appel d’air, plutôt que par l’analyse des raisons économiques de la misère ou de la permanence des conflits armés dans les pays pauvres. Il est absolument évident que les Erythréens, les Afghans ou les Soudanais ont beaucoup entendu parler de la Belgique. Attirés par les lumières de Bruxelles, par ses surprenants tunnels, ses embouteillages pleins de vie, la bonhommie de ses forces de l’ordre et la truculence de ses habitants, il est clair que notre pays est le premier qu’ils évoquent lors de leur benchmarking de départ. Sinon, comment expliquer que nous soyons submergés par les près de 650 migrants du parc Maximilien ?

L’approche en termes d’offre et de demande est donc clairement la bonne. Comme toujours en ce bas monde, tout est une question de désir des consommateurs et de disponibilité des biens et services. Faites baisser la disponibilité et les prix s’envoleront en même temps que chutera la propension des clients à se fournir chez nous. Si en outre, le service leur apparait cher pour une qualité médiocre, l’effet en sortira encore renforcé.

Où le bât blesse-t-il donc ? Mais dans les moyens mis en œuvre, pardi ! Car enfin, pense-t-on sérieusement qu’il suffira de menacer d’une confiscation de GSM une personne qui a échappé de peu à la mort dans les geôles d’Assad, qui a vu mourir sa famille, qui a été battue par les milices libyennes, qui a été rackettée par les passeurs puis a manqué de se noyer en Méditerranée ? Bart De Wever est bien gentil, mais il pense avoir affaire à un adolescent gâté de sa ville, qui considère que le pire qui puisse lui arriver serait de ne pas pouvoir poster une photo de son nouveau pantalon sur Snapchat.

Cela dit en passant, cette naïveté digne d’un bobo-Bisounours gauchiste est étonnante quand on voit les références historiques des nationalistes flamands. Les anciens ont été à bonne école durant la dernière guerre et les jeunes de Shild en Vrienden semblent prêts à prendre le relai. La génération des cinquantenaires aurait-elle souffert de son contact avec les années septante ?

Quoi qu’il en soit, s’il est évident que la solution finale de la question migratoire passe par une lutte contre l’appel d’air, il l’est tout autant que nous devons comprendre que nous jouons dans un marché mondialisé où la concurrence est impitoyable. Si nous voulons réellement encourager les candidats-migrants à rester chez eux, il va falloir être moins attractifs que la Syrie, le Soudan ou l’Afghanistan. Si nous ne voulons pas être une destination privilégiée de ceux qui prendraient quand même la route, il va falloir concurrencer la Hongrie et, demain, l’Italie. Il est donc temps de mettre les bouchées doubles. Une politique de dissuasion, pour nécessaire qu’elle puisse être (rappelons-nous du temps béni de la Guerre froide), ne peut souffrir le moindre angélisme. Il est plus que temps de parquer les migrants dans des camps. Hommes, femmes, enfants. Mais pas dans des installations de luxe avec une plaine de jeu. Dans des baraquements non chauffés, dans des tentes, sur des paillasses infestées de vermine, sur une ile-prison, comme en Australie. Il faut se résoudre à organiser des battues et créer des milices citoyennes armées. À cet égard, les listes électorales de certains partis devraient être considérées comme des réserves de recrutement. Il va falloir traquer, torturer, mutiler, exécuter sommairement. Il sera également nécessaire de prendre exemple sur Daech pour tourner des vidéos d’exécutions ensuite diffusées sur les réseaux sociaux. La dissuasion est en effet fondée sur la publicité. Elle requiert des actions spectaculaires et horrifiantes, ainsi que leur diffusion la plus large possible.

Le seul moyen pour lutter contre des ennemis aussi dangereux que les nôtres, ce n’est pas d’être doux et aimables, c’est d’être aussi durs qu’eux. Comme la droite a combattu l’extrême droite en s’emparant de ses idées et de ses méthodes, nous vaincrons l’islamisme, les dictatures, la misère et les flux migratoires en prouvant que nous n’avons rien à envier aux pires milices du Tiers monde ni aux plus durs des pouvoirs autoritaires qui ont fait la grandeur de l’Europe.

À cet égard, il faut reconnaitre que la droite ne s’est pas trompée en désignant le bobo-Bisounours comme l’ennemi suprême. Comme toujours, le pire adversaire est intérieur. Elle ne s’est simplement pas encore donné les moyens de vaincre. Heureusement, une nouvelle génération est prête qui réussira là où ses grands-parents décatis et ses parents amollis ont échoué.


Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s’est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd’hui le regard lucide d’un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes.
Son expérience du pouvoir l’incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d’ordre dans ce monde qui va à vau-l’eau.