Méga projet commercial, grand complot, petitesses en tout genre

Martine Vandemeulebroucke • le 23 février 2015

Faites le test : Parlez du scandale provoqué par l’affaire HSBC autour de vous (pas dans votre cercle étroit d’amis, mais en famille, dans les vestiaires du club sportif, chez les gens « normaux » quoi !) et vous verrez que le scandale n’est pas nécessairement là où vous le situez. Des grosses fortunes, des entreprises, des « élites » qui fraudent massivement, c’est presque dans l’ordre des choses. On est tellement taxé, ma bonne dame. Le vrai coupable, selon radio-trottoir ou les forums en ligne, ce sont presque toujours les hommes politiques accusés de « gagner des millions » et de s’enrichir « scandaleusement » sur votre dos. Tout en étant bien sûr complices des fraudes fiscales en question.

Le rejet de la politique est un comportement « mode ». On peut les accuser de tout et de n’importe quoi, rares sont ceux qui prendront la défense des « politiciens », un mot qui est devenu une insulte. Tous pourris, tous corrompus, tous incompétents, tous rivés sur leurs dogmes idéologiques.

Alors si vous faites partie de ceux qui tentent de ramer à contre-courant et de défendre la classe politique, un conseil : évitez à tout prix de devoir évoquer UPlace, le méga projet commercial de Machelen qui devrait ouvrir ses portes dans trois ans. Il empeste le scandale politico-financier à plein nez. Les tenants de la théorie du complot auront de quoi remplir quelques écrans sur Facebook.

Je ne vais pas refaire ici l’historique de ce projet porté par une des plus grosses fortunes de Flandre, l’homme d’affaires Bart Verhaeghe, patron du FC de Bruges et jugé très « influent » au sein des trois partis qui composent la majorité au gouvernement flamand, le CD&V, l’Open VLD et surtout la N-VA. On rappellera juste que le Conseil d’État a annulé le permis d’urbanisme fin 2014 en raison des importants problèmes de mobilité que UPlace va entraîner dans la périphérie nord de Bruxelles. Mais la semaine dernière le gouvernement flamand l’a tout de même imposé.
On peut prendre ce dossier par n’importe quel bout, tenter de trouver une rationalité au comportement du gouvernement flamand, c’est impossible. Tous les experts, même ceux désignés par l’équipe de Geert Bourgeois, prédisent une augmentation insupportable du trafic sur le ring parce que 85% des futurs clients de UPlace s’y rendront en voiture, rien n’y fait. Pas plus que l’étude d’impact mettant en garde contre l’accroissement possible des cancers générés par la hausse des particules fines inhalés par les habitants de Vilvorde et de Machelen.

D’accord, me direz-vous, mais il y a un intérêt économique à ce projet. Même pas. Les grandes enseignes qui colonisent tous les centres commerciaux ne sont pas demandeuses. UPlace ne les intéresse pas. Les recours contre ce projet se multiplient et ne sont pas tous le fait d’écologistes ou de commerçants bruxellois frustrés. En fait, il y a tellement d’opposition que l’on se demande qui soutient encore ce projet à part Bart Verhaeghe et — en principe — le gouvernement flamand. Oui mais, même dans les partis qui composent la majorité actuelle, on entend des voix divergentes. Dans l’opposition, on explique l’acharnement de certains ministres par le fait qu’ils ne veulent pas « plier », qu’ils ont été trop loin dans leur engagement tant vis-à-vis de l’opinion publique que du promoteur.

La mise en œuvre d’un mauvais projet serait-elle vraiment une question d’ego ? Peut-on vraiment imaginer qu’on est dans l’ordre de la vanité blessée ? On aimerait le penser. Ce serait presque rassurant. Après tout, les ministres flamands sont des êtres humains comme vous et moi. On peut à la limite les orienter vers un bon psychologue comportemental. Mais malheureusement, on pressent que ce n’est pas là le problème. L’histoire politique est remplie de volte-face. L’important est, comme pour les chats, de bien retomber sur ses pattes.

On pressent que l’explication est plus triviale. Les centres commerciaux n’ont plus d’utilité commerciale. Tous les analystes sont d’accord à ce sujet. Ils sont devenus un produit financier. L’abondance des liquidités sur le marché financier pousse les fonds de pension, les compagnies d’assurance à placer de l’argent dans ce type de projet immobilier. C’est une valeur refuge rentable. Le gouvernement flamand aide Bart Verhaeghe à faire une belle plus-value lors de la vente de ce bien à des fonds d’investissement. On aimerait penser donc qu’il ne faut pas y voir malice. Qu’ils sont vraiment convaincus d’agir dans l’intérêt de la Flandre autant que dans celui de cet homme d’affaires. On aimerait…

C’est parfois difficile de ne pas être contaminé par les complotistes et les anti-politiques. Dites, Geert Bourgeois et les autres, si vous nous aidiez un peu ?