Logeons les migrants !

Anathème • le 4 octobre 2017
migration, Asile, Theo Francken.

Je suis bien conscient du fait que le titre de ce billet risque de choquer mes fidèles lecteurs, qui apprécient mon pragmatisme et la fermeté de mes convictions (lesquelles, pour être fermes, n’en sont pas moins humaines, n’est-ce pas). Cependant, je n’ai pas pour habitude de caresser dans le sens du poil et il me semble nécessaire de dire les choses comme je les vois.

Donc, voilà, je le dis clairement : je suis favorable à ce qu’un bâtiment soit mis à la disposition des migrants pour leur hébergement. Et je pense que Theo Francken a tort de s’y opposer. Oh, j’entends d’ici s’élever les protestations, je serais un naïf, j’aurais muté Bisounours, j’aurais été contaminé par les bobos, j’aurais viré allié objectif de l’invasion étrangère et du Grand Remplacement. Que nenni !

Soyons franc, jusqu’il y a peu, je me réjouissais de la misère des migrants, de la brutalité des forces de l’ordre et de l’apathie de mes concitoyens. Il ne faut pas voir dans les migrants des personnes en quête d’un meilleur avenir ou simplement d’une chance de survie. Ce ne sont que des quantas d’emmerdements, les unités de base d’un flot qui menace de nous submerger, un danger mortel à visage humain. Avec Theo Francken, je saluais le courage du MR qui osait bafouer ses idéaux libéraux pour nous sauver de la submersion. Avec lui, je pensais qu’il fallait mener la vie impossible aux migrants, pour les décourager, et pour que le plus grand nombre d’entre eux évite notre pays, ou meure.

Mais aujourd’hui, il faut être lucide et reconnaitre que la situation a considérablement évolué : nous risquons de perdre le soutien de la population. Certes, Theo est toujours extrêmement populaire auprès de citoyens qui aiment à reconnaitre en leurs représentants les signes de leurs penchants pour l’égoïsme et l’inhumanité, qualités qui valent à certains de survivre tandis que les autres sont condamnés à disparaitre. Il faut cependant le reconnaitre, l’égoïsme de nos concitoyens est bien plus nourri d’ignorance et de peur que de la saine conviction de leur supériorité et de l’inutilité de toute forme de solidarité autre que familiale, raciale ou clanique. On ne peut donc compter sur la constance de la population dans son indifférence et il faut toujours craindre le revirement des gens ordinaires.

La preuve en est que des gens ordinaires, de plus en plus nombreux, se sont émus du harcèlement des migrants par les forces de l’ordre et de leurs conditions de vie. À tel point qu’il leur est venu l’idée de les nourrir, de leur fournir de quoi se tenir chaud, voire d’en héberger chez eux pour les soustraire aux rafles. Au début, j’ai espéré que des vols, des violences, voire quelques viols mettraient bon ordre dans tout cela, rappelant que l’étranger est toujours une brute dangereuse. Or, il semblerait que les choses se passent mieux que prévu et que la menace mortelle soit plus sournoise qu’anticipé. On vit en effet fleurir les témoignages de fraternisations, de solidarités réciproques, de marques de reconnaissance, de respect mutuel, de compréhension, toutes choses qui sapent les fondements de notre société. Les idiots utiles du Grand Remplacement vivaient avec bonheur leur humanisme. Ils se sentaient grandis par leur générosité et renonçaient à la dureté qui assure notre compétitivité face à nos ennemis et à la bassesse qui nous a permis de construire une grande et belle nation.

Aujourd’hui, s’il faut loger les migrants, ce n’est pas par humanisme, mais pour les retirer aux citoyens, empêcher les contacts et restaurer la saine distance qui entretient si bien la peur et l’ignorance. Cloitrés dans un bâtiment à peine aménagé, les migrants redeviendront alors ce qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être : des étrangers incompréhensibles et menaçants.

Il faut également éviter que les citoyens se rendent compte qu’il n’est pas si difficile d’accueillir de nouvelles populations et que l’État n’est pas toujours indispensable pour ce faire. Ils doivent demeurer persuadés qu’ils n’ont aucune capacité d’action et que les autorités sont leur seule planche de salut. Une planche de salut, bien entendu, dont le rôle est de les protéger avec forces matraques et boucliers en plexiglas contre les invasions barbares.

C’est donc au nom du rejet de l’autre et du refus de la solidarité qu’il faut mettre les migrants à l’abri, avant qu’il ne soit trop tard, avant que des années d’appels à la peur et à la haine ne soient réduites à néant.


Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s’est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd’hui le regard lucide d’un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes.
Son expérience du pouvoir l’incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d’ordre dans ce monde qui va à vau-l’eau.