Les procès civils de presse : un changement de culture ?

Jacques Polet

Les observateurs ont été frappés au cours des récentes années par l’augmentation du nombre de procès civils intentés contre des journalistes et qui ont abouti à es condamnations assorties de dommages et intérêts variés — de cinquante-mille francs à plus de deux millions — dont le montant rompt délibérément avec la tradition du franc symbolique. Il n’est sans doute pas fortuit que ces actions judiciaires ont visé une catégorie spécifique de journalistes, dits d’investigation , dont la présence et la visibilité accrues au sein de l’espace médiatique sont corrélatives au développement des affaires sensibles (touchant à la politique ou, bien plus encore, à l’enfance) qui ont profondément secoué l’opinion publique. Souvent partie prenante à la vive contestation des pouvoirs institués qui en est résultée, engendrant à certains égards une nouvelle ère du soupçon, le journalisme d’investigation, qui par nature pourrait être qualifié de journalisme à risque, se trouve en effet singulièrement exposé : des tribunaux civils ont donc décidé que certains de ses représentants avaient, par comportement fautif, franchi la ligne rouge.