Les homos ne sont plus ce qu’ils étaient

Christophe Mincke
homosexualité, mariage, famille, homoparentalité.

Nos voisins français n’en finissent pas de manifester, de s’invectiver et de débattre sur le mariage entre homosexuels. Les médias en font leurs choux gras. Ainsi, même aux distraits et aux ermites, il fut difficile d’ignorer les reportages sur la « manifestation pour tous » du 13 janvier, organisée par ceux qui s’opposent au « mariage pour tous [1] ». Le battage médiatique autour du succès de cet évènement (1 million d’euros de budget) fut considérable.

Chaque télévision voulait sa famille catholique traditionaliste à elle, conforme aux stéréotypes, c’est-à-dire nombreuse, habillée de vêtements de qualité, en provenance de la France profonde, pinçant sa langue de Voltaire comme il se doit. Il fallait aussi filmer les rares cautions homosexuelles de l’opposition au mariage entre personnes de même sexe, de même qu’il ne fallait pas manquer les vedettes (de l’UMP, du FN, du petit écran), ni les porte-paroles autoproclamés façon Frigide Barjot. L’on fit également assaut de comptages pour mesurer les forces engagées (de l’opposition ou des machines organisationnelles, nul ne sait). Un véritable déferlement.

Il se fait que, le 27 janvier, c’était au tour des partisans du « mariage pour tous » de se compter. Et là, force est de constater que l’écho médiatique fut étonnamment faible.

Si le succès d’un évènement se mesurait à l’ampleur de son relai dans les médias, il faudrait conclure à l’échec. Certaines télévisions étaient carrément absentes, à l’image de iTélé et de BFM TV qui boudèrent la manifestation au profit de l’arrivée du Vendée Globe…

Bien entendu, nombreux furent ceux qui s’offusquèrent de cette situation, qui firent aux médias des reproches d’indifférence pour la cause, voire, qui les accusèrent de partialité et de collusion avec les conservateurs.

Ces critiques pourraient être fondées si l’on considérait que la tâche des médias était encore d’informer le public et, ce faisant, d’accompagner le débat public. Si l’on se place du point de vue, peut-être plus réaliste, d’une presse aux mains des marchands d’espace publicitaire et visant avant tout à attirer le chaland, si l’on veut bien se rappeler qu’on n’attire pas les mouches avec du vinaigre, alors il faut prendre cette situation pour une bonne nouvelle.

Dans une optique d’infotainment et donc de mélange des genres entre l’information et le divertissement, il faut admettre qu’une information n’est pertinente que si elle permet un minimum de mise en scène et de storytelling. Il faut raconter l’histoire ridicule, effrayante ou amusante d’une famille comme on n’en fait plus qui monte de sa province, toute de naphtaline vêtue, pour prendre la défense d’une famille traditionnelle menacée par des hordes d’invertis-contre-lesquels-on-n’a-rien-car-il-ne-faut-pas-oublier-le-commandement-christique-de-l’amour-du-prochain-mais-quand-même-ils-pourraient-rester-discrets…

En un mot comme en cent, on ne raconte pas l’histoire de tout le monde, mais celle d’individus d’exception. Il est donc ici question de normalité.

Dans ce contexte, force est d’admettre que les conservateurs, religieux fondamentalistes, fascistes de diverses obédiences et traditionalistes de tous bords qui défilèrent dans Paris constituent la base rêvée d’une solide mise en scène de la France qui perd, celle dont les valeurs traditionalistes reculent sans discontinuer depuis cinquante ans, malgré quelques soubresauts. Car, aujourd’hui, si même les fachos sont homos (à l’exemple de Geert Wilders ou de Jörg Haider), c’est bien le signe que les valeurs de la famille traditionnelle sont en perte de vitesse. Rares sont ceux qui regrettent les familles d’antan, c’est un fait. Et ceux qui le font nous sont peu familiers. Nous n’en connaissons pour ainsi dire pas. Ou bien ce sont des conservateurs honteux et ils se cachent.

À l’inverse, nous avons tous des amis homosexuels, au nombre desquels, peu se baladent sur des talons hauts, outrageusement maquillés ou se déguisent en camionneur ou camionneuse. Bien entendu, ce sont des gens ordinaires, banals, qui nous ressemblent en tout point, si ce n’est celui du choix de leurs partenaires sexuels. Bien peu de chose, en fin de compte. Ne voilà-t-il d’ailleurs pas qu’ils frappent à la porte de l’institution bourgeoise par excellence qu’est le mariage ?

Et la voilà, la bonne nouvelle : les homosexuels n’intéressent plus beaucoup les médias parce qu’ils sont trop normaux, parce que leur histoire est connue et que nous nous sommes rendu compte qu’elle était fort banale. Il faut qu’ils soient persécutés pour que se dessine une histoire digne de gâcher du papier.

Les opposants, à l’inverse, sont des extraterrestres, des dinosaures en voie de disparition. Oui, ceux-là même qui se prétendent l’incarnation de deux-mille ans d’histoire occidentale sont vus par les Occidentaux comme d’étranges personnes.

Ou plutôt comme les personnages idéaux d’une histoire captivante… entre deux pages de publicité.

[1On l’aura compris, quelle que soit la revendication, il convient de se prévaloir de tous. On ne saurait mieux dire que la société française se divise sur la question, non que celle-ci soit naturellement vouée à susciter les passions, mais plutôt que la passion de l’affrontement semble, outre-Quiévrain, trouver à se raviver à toute occasion. Il est vrai que la présidentielle est déjà loin et que l’ennui guette.