Le retour de l’autocritique

Anathème • le 17 juin 2014

La Chine se développe à une allure qui nous inquiète, nous qui savons que le capitalisme ne tolère pas que tout le monde soit riche. S’ils le deviennent, pourrons-nous encore l’être ?

Aussi ce pays, ses succès, son dynamisme, sont-ils souvent livrés en exemple à nos populations. Il est bel et bon de réclamer le maintien de l’indexation automatique des salaires, mais cela mine notre compétitivité par rapport aux Chinois qui, eux, ne pensent pas à ce genre de luxe. Certes, l’environnement est important, mais à trop exiger de normes et de régulations, nous aidons les Chinois, qui n’ont pas ces scrupules, à nous rattraper. La contestation est certes un droit démocratique, mais lorsqu’une manifestation s’éloigne des sentiers balisés et s’enhardit à envahir une place interdite, il est justifié de faire donner la troupe. Regardez les Chinois, comme ils ont admirablement nettoyé la place Tian’Anmen…

Il faut bien entendu saluer cet effort d’humilité qui consiste, pour nos vieilles nations démocratiques, à apprendre de ceux qui, hier encore, étaient de sombres arriérés juste bons à absorber nos excédents de production. Aussi, ne pouvons-nous que saluer un nouveau progrès sur cette voie : l’importation de l’autocritique.

Certes, notre Occident chrétien pratiqua longtemps et avec assiduité la confession, mais l’effet de discipline, la saine menace, le fructueux exemple pour autrui y étaient bien faibles, sinon absents. Il faut par ailleurs reconnaître que, s’il fallait retourner à ces temps anciens, l’Église n’y suffirait pas, elle qui rencontre d’épineuses difficultés de recrutement.

Ainsi, l’initiative de Michel Onfray, philosophe de combat professionnel, est-elle à saluer. En effet, suite à la tuerie du Musée juif de Bruxelles et à l’arrestation d’un suspect aux accointances djihadistes, il a appelé les musulmans à manifester pour se désolidariser de cet islam violent. À l’exemple du fils de « paysan moyen-riche » qui, pendant la Révolution culturelle, était régulièrement sommé de faire son autocritique puisque son père, jadis, posséda un maigre champ, le musulman (et présumé tel, bien entendu) est appelé à faire son examen de conscience : est-il vierge de toute tache ? peut-il nous assurer qu’il condamne ces faits, commis par des gens qui lui ressemblent étrangement ? est-il à même de nous garantir que son islam est garanti sans violence ? Partant du constat de bon sens que rien ne ressemble plus à un barbu qu’un autre barbu et une femme voilée à une autre femme voilée (à croire qu’ils le font exprès, je vous jure), il est demandé aux musulmans, à la fois de nous rassurer et de confirmer que le problème est bien l’enrôlement d’esprits faibles par des réseaux extrémistes afin de les transformer en loups solitaires [1].

Demain, chacun manifestera pour se désolidariser des salauds qui lui ressemblent : qui des écoterroristes, qui des religieuses tueuses d’enfants, qui encore, des patrons fraudeurs ou des politiques cumulards. Nul doute que cette réjouissante réaffirmation collective de nos valeurs les plus fondamentales aidera notre société à trouver la voie d’un « mieux vivre ensemble », comme on dit si bien aujourd’hui.

Lao-Tzeu l’a dit : « Il faut trouver la voie ! » Moi je l’ai trouvée. Il faut donc que vous la trouviez aussi… Je vais d’abord vous couper la tête. [2]

[1Pour reprendre la brillante analyse de John Common, DHC de l’Université de Gland. John Common, « Le sociologisme sécuritaire en quelques principes », Pure Politologisation, 2 juin 2014, http://purepolitologisation.wordpress.com/2014/06/02/le-sociologisme-securitaire-en-quelques-principes/ ; John Common, « Eléments avancés de sociologisme sécuritaire », Pure Politologisation, 4 juin 2014, http://purepolitologisation.wordpress.com/2014/06/04/elements-avances-de-sociologisme-securitaire/.

[2Il faut citer Tintin, Le Lotus Bleu, bien entendu…