La prison-musée de Tongres

Jean-Marc Mahy

Je suis aujourd’hui devenu éducateur. Depuis
ma sortie de prison, je me bats sur le terrain
pour sensibiliser les jeunes et les moins jeunes
au monde carcéral. Je témoigne sur les plateaux
de télévision, de radio, mais également dans les
écoles primaires, les écoles à discriminations positives,
les institutions publiques de protection
de la jeunesse (IPPJ), etc.

Depuis plus d’un an, j’utilise la prison de Tongres
pour illustrer mes propos. Fermée en 2005, la
plus vieille prison du pays a vu l’une de ses ailes
transformée en musée. Des guides de la ville
peuvent ainsi la faire visiter. Chaque cellule a
été aménagée pour représenter une émotion.

Le temps qui passe, la frustration, la justice, le
quotidien... Cet outil pédagogique est le seul
en Belgique qui permet de montrer à tout citoyen
ce à quoi peut ressembler le quotidien en
détention.

Près d’une fois par mois, j’encadre un groupe
pendant près de nonante minutes dans le bâtiment
de la prison de Tongres. Je témoigne
d’abord devant le groupe, puis nous visitons les
différents lieux. Douches, cellules, promenade,
chemin de ronde. Je travaille également à un
projet (soutenu par la Fondation Roi Baudouin)
à destination des jeunes des écoles en discrimination
positive, des IPPJ et du centre d’Everberg,
un projet qui vise à démystifi er le milieu carcéral.

Mon objectif est d’inciter les jeunes à développer
une attitude positive vis-à-vis de leur parcours
de vie et, surtout, de leur éviter de vivre à leur
tour cette expérience de vie en milieu carcéral.

Le projet se déroulerait en quatre étapes dont la
dernière est la visite de la prison de Tongres. Or,
faute de subsides, la prison de Tongres fermera
ses portes en octobre prochain. Autrement dit,
tous les projets pédagogiques liés à ce lieu sont
condamnés d’ici peu. De plus, l’actuel ministre
de la Justice, Jo Vandeurzen, a récemment annoncé
une éventuelle réaffectation du lieu en
vue d’accueillir près de trente-cinq jeunes délinquants.

Des choix qui démontrent une politique
à court terme vis-à-vis de l’accompagnement
des jeunes délinquants en Belgique. Si les outils
de sensibilisation disparaissent les uns après
les autres, il est évident que le nombre de lits
disponibles nécessaires paraîtra toujours trop
peu élevé. Si l’accompagnement des jeunes est
négligé, ces adultes en devenir passeront des
IPPJ à la prison.

Je l’ai vécu en tant qu’ancien détenu, je le vis
aujourd’hui comme éducateur : le temps nécessaire
pour réapprendre à vivre après une
détention équivaut au temps passé derrière des
enceintes. Si un jeune passe six mois, il faudra
l’accompagner pendant six mois. Si un homme
passe dix ans en prison, il faudra l’accompagner
pendant dix ans pour qu’il retrouve ses marques.

Ce n’est pas en remplaçant aujourd’hui le musée
de la prison de Tongres par un centre pour jeunes
délinquants qu’on désengorgera les prisons
pour adultes demain.