La pensée arabo-musulmane critque en deuil

Ali Aouattah

En l’espace de quatre mois, la scène intellectuelle arabe a perdu en 2010 trois de ses plus grandes figures, qui incarnaient un courant de pensée qui se voulait libre, critique et novateur dans le champ de la pensée et le discours religieux. En effet, depuis le mois de mai dernier, se sont éteints successivement le philosophe marocain Mohamed Abed al-Jabiri (3 mars), l’hermeuneute et exégète « moderniste » égyptien Nasr Hamid abou Zayd (10 juillet), et l’islamologue franco-algérien Mohamed Arkoun (14 septembre). Les trois intellectuels avaient en commun le projet d’établir de nouveaux fondements, modernes et rationnels, pour l’étude de l’islam en tant que religion, histoire et civilisation. Tout le long des quatre dernières décennies, ils ont occupé le devant de la scène intellectuelle arabe avec des écrits et des interventions pour tenter de faire sortir le monde arabe de sa léthargie et de combattre le dogmatisme.