La mise en jeu du plan

Bernard Van Asbrouck

La Région wallonne a vécu ce qui ressemble fort à un drame socioéconomique. Petit à petit, ce qui se murmurait dans des cercles d’experts est devenu questionnement ouvert pour atterrir, enfin diront certains, sur la place publique, au cœur de la responsabilité politique. Ce « drame » wallon est le basculement en trente ans d’un état de zone géographique à création nette de valeur, à une position de région à consommation nette de valeur. En clair, la Wallonie a aujourd’hui besoin des autres pour maintenir son niveau de vie. Le plan Marshall traduit une volonté de mobilisation générale contre ce « déclin wallon » pour reconstruire une force économique porteuse d’autonomie financière et éviter une perte massive, vue par d’aucuns comme inévitable, de niveau de vie. Si cette dynamique inaugurée par le plan Marshall recueille un assentiment généralisé pour des raisons sans doute très diversifiées, une foule de questions reste pressante, bien des zones d’ombre subsistent. Le plan Marshall dit tout et fait étrangement silence, car une fois énoncé, tout reste à vivre. Voilà pourquoi c’est dans sa mise en jeu, qui est prise de sens collectif d’une destinée collective, qu’il peut se transformer en piste d’envol d’une Région en recherche d’elle-même, groggy d’une histoire socioéconomique qui lui a fait vivre si rapidement la perte d’une certaine forme de leadership.