La faute aux Noirs

Anathème • le 3 novembre 2016

Nicolas Sarkozy bataille ferme pour emporter la primaire française de l’extrême droite, de la droite et du centre. Bravant les perfidies de ses amis, les bassesses des magistrats et les coups bas des journalistes, il garde le cap. Glorieux mal-aimé, il se prononce sur tous les grands défis de son temps : immigration, voile, islam, immigration, sécurité, islam, regroupement familial, identité nationale, immigration, terrorisme, islam, etc. Rien ne lui échappe, pas même le réchauffement climatique.

Ainsi a-t-il récemment appelé l’homme à un peu de modestie. Lui qui connait les pièges de l’hubris, a affirmé que ce serait être bien arrogant de penser que l’homme pourrait modifier le climat. Cette déclaration climatosceptique le profilait alors en tenant d’une droite libérale qui considère que l’usage du jet privé et du tout-terrain en ville sont des facteurs d’élévation, non du niveau des mers, mais du niveau de vie, par l’enchantement du retour à la croissance. Rien que de très raisonnable.

Or, voilà qu’à nouveau interrogé sur la question, il a affirmé « sans réserve » que « la première cause de pollution, la première cause de dérèglement, c’est l’explosion de la population qui vit sur la planète. » Et l’ex-président de faire part de ses préoccupations quant à la croissance de la population africaine.

Est-ce là un revirement ? Certes non. Outre le fait qu’il est logique pour un tenant de la droite décomplexée de ne pas faire mystère de son opinion selon laquelle il y a toujours trop de Noirs, il applique une règle de bon sens qui indique, non seulement sa constance idéologique, mais également sa réflexion constante pour trouver les causes profondes des maux qui nous affectent, son refus de se concentrer sur l’écume du réel. Monsieur Sarkozy est un homme des profondeurs.

Considérons deux hypothèses. Dans la première, le réchauffement serait dû à notre alimentation carnée, à nos centrales électriques au charbon, à des décennies de consommation d’énergies fossiles dans les pays occidentaux, à nos voitures, nos avions, nos chaudières au mazout. Faut-il avoir fait des études pour entrevoir le bien-être que nous en avons tiré ? L’été en Belgique, l’hiver aux Baléares, la climatisation sur l’autoroute des vacances, 22°C dans le salon, les lampes éclairant le jardin, ces éléments sont, parmi des milliers d’autres, bien plus que des sources de CO2. Ce sont, avant tout, les unités de base d’un mode de vie générateur de bonheur, de confort et de croissance. Il ne faut pas être grand clerc pour en conclure que, loin d’être des problèmes, ces comportements sont des bienfaits. Certes, on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs, mais la climatisation devrait nous aider à passer des étés torrides mais confortables.

Adhérant de prime abord à cette explication, Monsieur Sarkozy, sans doute au terme d’un long cheminement intellectuel, en est venu à envisager une autre hypothèse, selon laquelle nous ne sommes pas réellement cause, contrairement aux Africains. En effet, faute de pouvoir accuser les musulmans, cette fois, il s’est logiquement penché sur le cas de l’Afrique subsaharienne. Qu’a-t-il constaté ? Que la population y augmente ! Et vite ! Or, chacun sait que les Africains sont une nuisance et que, plus nombreux ils sont, pire est cette nuisance. Il n’en fallut pas plus au clairvoyant ex-président pour établir un lien que tentent de nous cacher les climatologues : le réchauffement est dû à la surpopulation africaine ! Cette découverte, outre qu’elle est intellectuellement admirable, change totalement la perspective sur la question. La nuisance est patente, les justifications sont inexistantes, le réchauffement climatique est « sans réserve » un problème, puisqu’il est dû aux Africains.

Nicolas Sarkozy, outre qu’il démontre ses qualités scientifiques, fait ici application d’un adage de droite qui connait actuellement un regain d’intérêt, et selon lequel « une situation n’est problématique qu’à partir du moment où on peut en attribuer la responsabilité à un Arabe ou à un Noir. »

Notons que, pour quelque temps encore, les Juifs sont exclus de l’équation.

Photo : Chr. Mincke


Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s’est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd’hui le regard lucide d’un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes.
Son expérience du pouvoir l’incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d’ordre dans ce monde qui va à vau-l’eau.