La chasse à la souris

Joëlle Kwaschin

Le chat lève une paupière, la souris lui passe sous le nez, déjà il se rendort. Elle se glisse sous le divan pour aller manger les croquettes qu’elle y a planquées. Le vétérinaire recommande chaudement une marque que l’on ne trouve que dans les magasins spécialisés où les croquettes pour chat occupent tout un mur qui voisine avec celui destiné aux chiens. Si je pouvais, dit-il, j’en donnerais à mon père qui a quatre-vingt-cinq ans, elles sont parfaitement équilibrées. Prenez la variété «  chat âgé avec accès à l’extérieur  ».

Le chat et la souris vivent en bonne intelligence  : ils s’ignorent. Mais elle devient envahissante. Qu’elle dérobe au chat sa nourriture, soit, mais elle vole à la cuisine. Mets du poison. Ah, non, c’est cruel et puis, c’est tout de même la cuisine.

Il retrouve un vieux piège rouillé, l’arme. Deux ou trois jours, la souris se régale. Un soir, clac dans la cuisine. Il se lève, c’est un boulot d’homme, même s’il soutient tous les opprimés dans leurs combats, fussent-elles des femmes. Il revient, le visage chiffonné, elle n’est pas tout à fait morte. Certains comme l’homme à la cloche, de Lewis Carroll, partent à la chasse au Snark, d’autres, modestes et réalistes, se contentent de souris. Souris suivante naturellement, chaque soir, il met de généreuses croutes de bon Cantal. Le matin, il s’arrange pour être le premier à la cuisine pour relever les pièges. Cette besogne de trappeur est de la responsabilité du mâle qui veut épargner le moindre désagrément à sa compagne ravie d’être une petite chose fragile pourvu que cela lui évite les corvées.

L’air heureux, il revient, c’est une maline, la petite souris, elle nettoie le piège et ne se laisse pas prendre. Il sourit.