La Lira popular. Expression de la culture populaire chilienne à la fin du XIXe siècle

Bertrand Caron
Art et culture.

À partir de la décennie 1870, on voit circuler au Chili de grands feuillets de mauvais papier qui diffusent les textes des poetas populares, poètes improvisateurs, souvent illettrés, issus des couches défavorisées de la société santiaguina1. Vendues cinq centavos dans les rues, les gares, les marchés, ces feuilles constituent un témoignage rare de la culture populaire de la fin du XIXe siècle. Les verseros qui vendaient ces feuilles installaient généralement une corde entre poteaux ou arbres et y pendaient leurs feuilles et libelles. La pratique est ancienne et attestée à l’époque moderne en Europe, et donne son nom au genre, la « littérature de cordel ». Moins étudiée que son équivalent brésilien, moins connue que l’œuvre de José Guadalupe Posada, graveur mexicain dont les calaveras (« crânes ») ornent jusqu’à nos t-shirts, la littérature de cordel chilienne bénéficie ces dernières années d’un regain d’intérêt qui devrait à terme lui assurer un statut de patrimoine iconographique national.