L’uniforme : un nouveau défi pour l’enseignement

Anathème • le 25 juillet 2014
école.

L’éclatement des compétences entre l’État fédéral et une multitude d’entités fédérées rend vain l’espoir de la poursuite de politiques cohérentes et concertées. Nous l’avons assez regretté pour nous réjouir quand survient un changement positif.

Financer la recherche aux niveaux fédéral et régional, mais les universités au niveau communautaire, gérer les allocations familiales via les Communautés, mais à Bruxelles, par le truchement de la Commission communautaire commune, écarteler l’enseignement entre la formation (régionale) et les écoles (communautaire), l’espoir est faible de mener des réformes ambitieuses lorsque chacun ne maîtrise qu’un minuscule champ de compétences.

Les esprits chagrins s’en réjouiront, rappelant que, si la Belgique a échappé au pire de la crise, c’est parce qu’elle était dépourvue de gouvernement fédéral au moment crucial et qu’il ne fut pas possible aux libéraux de détruire notre économie autant qu’ils le firent dans d’autres pays européens. Certes.

Il n’en demeure pas moins qu’il est difficilement envisageable de continuer, à long terme, à se passer d’une direction ambitieuse des affaires publiques. Faut-il pour autant refédéraliser, comme on dit en notre charmant pays ? Sans doute existe-t-il d’autres solutions que le simple retour en arrière.

Ainsi, la constitution du nouveau gouvernement de la Communauté française (apocryphement appelée Fédération Wallonie-Bruxelles et, affectueusement, Fédéwalbru) laisse entrevoir une nouvelle perspective : celle de la chaise musicale. Jusqu’à présent, le parcours d’un homme politique belge, fut majoritairement de passer du niveau local au régional ou communautaire, puis au fédéral, avant de couler une retraite paisible à l’échelon européen. À chaque étape, il abandonnait tout intérêt pour les matières qu’il gérait précédemment, heureux d’accéder aux échelons supérieurs du pouvoir.

Or, nous venons d’apprendre que Mme Milquet, pointure politique nationale s’il en est, s’apprêtait à passer du fédéral au communautaire. Elle cessera donc d’être ministre de l’Intérieur (en affaires courantes) pour devenir ministre (communautaire) de l’enseignement et de la culture. Plutôt que de concevoir son apport à la direction de notre pays de manière séquentielle, elle s’est déclarée favorable à une accumulation des savoirs et à l’exploitation de son parcours personnel pour faire dialoguer les différentes autorités du pays. Ainsi, plutôt que de pratiquer la politique de la terre brûlée qui veut que l’on coupe tous les ponts avec l’administration que l’on quitte et que l’on vide le cabinet avant de partir, elle a annoncé des mesures en matière d’enseignement qui tireront les leçons de son expérience à l’Intérieur.

Une de ces premières mesures concernera la formation des policiers. En accord avec son successeur, Mme Milquet œuvrera à la mise sur pied de cours adaptés à la situation actuelle des services de police. C’est ainsi que seront dispensées dès septembre des leçons portant sur le respect des droits de l’homme, sur le droit à manifester, sur l’usage proportionné de la violence physique, sur le respect de la dignité des personnes et sur le concept de service public comme service rendu à la population. Des cours d’éducation civique seront également dispensés, de même qu’une sensibilisation au sort des victimes de racismes et de discriminations et qu’une formation au secourisme et à l’assistance aux personnes en danger.

Prenant acte de ce que les problèmes de formation des policiers ne concernaient pas que leur incapacité à rédiger des procès-verbaux dans une des variantes officielles du français, Mme Milquet développera ce qu’elle nomme elle-même « une approche démocratique, humaniste, transversale et concertée des compétences communautaires en matière d’enseignement. »

Ce projet-pilote servira de test avant, espère la ministre, de pouvoir proposer au Comité P des formations visant « à lui permettre de jouer enfin le rôle qui lui est dévolu dans le cadre de notre État démocratique ».

Il faut ici saluer le caractère visionnaire de Mme Milquet, ainsi que sa façon toute particulière de « faire entrer la police à l’école », bien plus positive que celle de ses prédécesseurs. Gageons aussi que ce sera l’occasion d’une réflexion dépassionnée sur la place de l’uniforme à l’école.