L’Arabie malheureuse. Un spleen insulaire

Mostafa Chebbak

L’Arabia Felix du monde antique est disparue à jamais. Désormais islamisée depuis le haut Moyen-Âge, elle n’évoque plus le seul Yémen de nos jours ruiné et dévasté. Bien qu’elle domine par la langue et le culte une ère qui s’étend du golfe Persique à l’Atlantique, malgré des survivances berbères et chrétiennes, elle est longtemps demeurée figée dans une posture insulaire face à la modernité. L’Arabie est de nos jours malheureuse, irrévocablement malheureuse. Comme le serait une âme inconsolable saisie par un chagrin incommensurable. En somme, « le mal d’être est la chose du monde arabe la mieux partagée », comme le souligne avec une sincère mélancolie Samir Kassir.