Je ne ferais pas de mal à une mouche

Anathème

Un homme a été tué. Il a été frappé au cours d’une altercation à la suite d’un accident de la circulation. À moins qu’il n’ait été roué de coups par quatre hommes qui ont mal pris qu’il leur fasse des propositions de nature sexuelle ? Ou bien il s’est fait abattre en rue par un forcené en libération conditionnelle ? Je ne sais plus bien.

D’ailleurs je m’en fiche un peu. Je trouve que ça augmente : l’insécurité dans les transports en commun, l’homophobie, l’antisémitisme, la délinquance, les prix du gaz et de l’électricité, le cout de la vie depuis la création de l’euro. Tout augmente.

Quoi ? Des preuves ? Des chiffres ? Vous en auriez au contraire qui indiqueraient que la délinquance est stable ? Vous avez des raisons de penser que la violence n’augmente pas dans nos sociétés, qu’au pire elle change de nature, que nous la tolèrerions moins, que nous serions plus inquiets, qu’il y aurait une part de ressenti et d’émotion dans tout ça ? Vous affirmez que de nombreux libérés conditionnels ne posent pas de problème ? Vous me demandez quel est l’état des connaissances et de l’encodage des données quant aux infractions homophobes et comment on les distingue de celles motivées par la folie ou la cupidité ? Vous me demandez à quoi on reconnait un antisémite d’un crétin boutonneux qui n’a trouvé que ça pour être « dans le journal » ?

Seriez-vous négationniste ? Seriez-vous de leur côté, aux angélistes, aux créateurs de victimisation secondaire, aux disculpeurs de salauds ? Seriez-vous des leurs ? Seriez-vous un laxiste, un lâche, un imbécile ? Une ordure, alors ?

À moi, on ne me la fait pas, tout augmente. Il faut donc tout augmenter en retour : la capacité de l’appareil répressif, le nombre de places en prison, et en surveillance électronique, et en suivi psychothérapeutique. Il faut délivrer des mandats d’arrêt à tour de bras, condamner à de lourdes peines, exécuter intégralement celles qui sont prononcées, jusqu’à la plus petite, jusqu’au dernier jour. D’ailleurs, il faut alourdir les peines. Envoyer un signal. Être ferme. Ne plus se laisser faire. Créer des circonstances aggravantes, pour tout. Si la victime est jeune, ou vieille, ou handicapée, ou moche… Pour le fait de s’attaquer au porteur d’un uniforme, fût-il des postes. Et si on ne peut définir ce contre quoi on se bat, il faut punir plus sévèrement les infractions motivées par la haine. Pour différencier le délinquant haineux du délinquant qui n’en veut à personne. Pour le distinguer de nous.