Il y a un truc !

Anathème
dopage, cyclisme, football.

Décidément, le baron Pierre de Coubertin doit se retourner dans sa tombe. En effet, ces dernières semaines (mois ? années ? décennies ?), il ne fait pas bon avoir des idéaux en matière sportive.

Chacun a entendu parler des aveux télévisés de Lance Armstrong : il s’est dopé tout au long de sa glorieuse carrière et a ainsi fait la preuve, non seulement de son talent cycliste, de son endurance, de son abnégation en tant que forçat de la route, mais aussi de sa subtilité dans la tricherie, dans le respect des posologies et dans la dénégation. Finalement, cet homme a plus de qualités encore que nous ne le soupçonnions lorsqu’il montait pour la septième fois sur le podium du Tour de France. Malheureusement, il ne fait pas bon être trop talentueux : le voilà effacé du palmarès. Sans remplaçant, d’ailleurs, plus personne ne pouvant penser que qui que ce soit qui a bouclé la Grande Boucle (à l’époque) roulait à l’eau claire. Dont acte.

Mais voilà que le football est à son tour éclaboussé par un scandale. Europol soupçonne une mafia internationale d’avoir truqué 380 matches en corrompant 425 arbitres, dirigeants de clubs ou joueurs. L’objectif était bien entendu de remporter des paris, ce qui fut fait, avec un bénéfice de 8 millions d’euros pour 16 investis. Un peu mieux qu’un carnet d’épargne.

Nous ne reviendrons pas sur le poncif consistant à pointer le fait que le sport professionnel n’est plus du sport, mais du spectacle, qu’en tant qu’acteurs de l’industrie du divertissement, les participants tentent légitimement d’améliorer leur show, notamment en recourant à des trucages et effets spéciaux. De manière moins cynique, nous pointerons plutôt un élément positif, à même de rendre espoir. Car si la lutte contre le dopage est, de leur aveu, une priorité des autorités sportives depuis au moins vingt ans, les succès engrangés sont bien minces. Car, pendant ce temps, de jeunes sportifs se détruisent la santé avec des produits prohibés, des sportifs jeunes retraités font des arrêts cardiaques ou développent des cancers, bref, l’hécatombe continue. Il faut donc trouver une issue.

Comment a-t-il pu nous échapper que les matches truqués étaient précisément la solution ? Quoi de plus évident cependant ? Mais oui, quand les dés sont pipés, le vainqueur est connu d’avance et il devient inutile de chercher à surclasser à tout prix son adversaire, c’est le nez au milieu de la figure ! Il suffit de faire illusion, ce qui est nettement moins difficile. Que de sang, de sueur et de produits dopants pour gagner les deux kilomètres par heure qui permettront de franchir le col en vainqueur, mais n’apparaitront pas à l’écran. Alors qu’il suffit de programmer une échappée, laquelle, dument scénarisée, n’en sera que plus spectaculaire, de même que la remontée des poursuivants rejoignant l’homme de tête pour un magnifique sprint final. Le tout à l’eau claire.

On a essayé de contrôler l’urine, le sang, la sueur, que sais-je encore, sans succès. On a rêvé d’extirper le fric du sport professionnel, en pure perte. On a loué l’éthique et le fairplay, quelle rigolade. Et, pendant tout ce temps, la solution était là, sous nos yeux, conçue en Asie, pour le salut du sport : le trucage.

Nul doute que le législateur, qu’une règlementation quelconque démange toujours, se saisira séance tenante du dossier.


Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s’est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd’hui le regard lucide d’un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes.
Son expérience du pouvoir l’incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d’ordre dans ce monde qui va à vau-l’eau.