Euthanasions !

Anathème • le 15 septembre 2014
euthanasie, prison.

Un homme interné parce qu’il avait commis des infractions à caractère sexuel, après avoir passé 30 ans dans nos geôles, vient d’obtenir le droit de se faire euthanasier. Il invoque la souffrance intolérable que lui cause sa situation : l’enfermement sans soins adéquats. Il se prévaut aussi du caractère incurable des troubles psychiatriques dont il souffre. Il a mis l’État belge devant un dilemme en lui demandant, soit de le transférer dans une unité aux Pays-Bas où il pourra recevoir des soins appropriés, soit de l’autoriser à se rendre dans un hôpital pour y être euthanasié.

Malheureusement, si la Belgique est en mesure de louer aux Pays-Bas une prison entière (Tilburg), le transfert d’un seul détenu ne semble pas envisageable. Quel dommage. Heureusement, nous disposons d’une loi autorisant l’euthanasie. Ce sera donc une permission de sortie et une fin de vie « dans la dignité » à l’hôpital.

J’entends déjà les cris d’orfraie des humanistes de tout poil : c’est affreux, l’État est responsable du bien-être de ceux qu’il prive de leur liberté, nos idéaux démocratiques nous imposent de préserver la qualité de vie de chacun, etc. Il faut cependant se rendre à l’évidence, cette solution n’est pas si mauvaise qu’il n’y paraît.

Il faut en effet oser regarder la réalité en face : nombre de gens vivent des vies qui n’en valent pas la peine. Pauvres, sans-abris, candidats réfugiés déboutés, vieillards isolés, chômeurs incurables, cadres incapables de se relever de leur burn out, etc. Il est bien évident que nous ne pouvons prendre en charge toute la misère du monde [1]. Nous pouvons par contre y mettre un terme de manière humaine.

Pour ces pauvres hères, n’ayons pas peur de le dire, la mort est une délivrance. S’ils sont croyants, ils partent vers un monde meilleur, si pas, le néant leur tend les bras, bien plus reposant que leur vie de misère.

L’euthanasie est, logiquement, la meilleure solution, ou plutôt, soyons modeste, la moins mauvaise. Économique et indolore, elle permet de tirer un trait sur des situations intenables sans nécessiter un cortège de mesures aléatoires, voire contre-productives.

Ce cas est donc, nous l’espérons, un premier pas vers une politique plus ambitieuse de gestion de problématiques sociétales qui, jusqu’ici, nous faisaient pudiquement détourner le regard. Bien entendu, nous devrons nous entourer de garanties, notamment pour nous assurer du réel consentement des candidats. Il ne faudrait pas que nous nous laissions aller à des dérives. Pas question de faire des piqûres à tout-va dans des homes pour personnes âgées alors que les pensionnaires s’y amusent encore des Chiffres et des lettres !

Nous sommes des humanistes, nous avons des principes, nous n’aiderons à en finir dans la dignité que ceux qui pourront nous assurer catégoriquement qu’ils n’en peuvent plus, qu’ils s’en vont dégoûtés, privés du moindre espoir, tellement lessivés que la mort leur paraît la seule issue. Précipiter les choses relèverait de l’immoralité et, plus encore, du gaspillage. On est étonné des menus service que les moins bien lotis de notre société peuvent nous rendre, de gré ou de force.

Une horreur, dites-vous ? Un scandale ? Nous en viendrions à rendre insupportable la vie de ceux qui nous sont inutiles ? Certes non, voyons ! C’est faire passer la réalité cul par dessus tête que d’affirmer cela. C’est l’inutilité qui conduit au désespoir, bien entendu.

De toute façon, mettre fin humainement au calvaire d’un inutile qui nous le demande avec insistance n’appelle pas davantage de débats éthiques, nous semble-t-il.

Photo : David Crunelle

[1Rappelons à cet égard qu’Etienne de Callataÿ, précurseur, avait osé demander s’il était bien raisonnable de financer le placement d’une prothèse de hanche chez une vieille dame de 85 ans. Cette position semble aujourd’hui bien tiède.