Étrangler l’État ? Jamais !

Nicole Résimont • le 21 mars 2016

Grande fut la surprise de la population lorsqu’elle apprit récemment qu’il y avait un trou dans le budget et qu’il faudrait le combler. Il n’était bien entendu pas question d’accroître les recettes. Vous pensez bien, puisqu’on refuse de percevoir les 700 millions d’euros de cadeaux indus que nous avons faits aux multinationales, ce malgré une condamnation européenne, nous n’allions pas faire cracher les riches au bassinet pour si peu qu’un contrôle budgétaire.

De toute façon, le citoyen a pris le pli de l’austérité. Trente ans qu’il en bouffe, il commence à intégrer l’idée que tout ce qui lui vient de l’État est une prébende illégitime. Et, plus il est pauvre, plus ce soutien est indéfendable. Ne parlons en effet pas des aides aux entreprises ni des aides indirectes aux indépendants dont on considère que la contribution aux recettes de la TVA, par exemple, doivent avoir lieu sur une base volontaire. Parlons de la fraude sociale, de la sécu…

Économisons sur la fonction publique, aussi…

Quelle surprise ! Depuis 2008 au moins, nous sommes en régime d’austérité renforcée. Dès le début, il était clair que nous en avions pour quelques années. En toute logique, passées les premières économiques cosmétiques (on remplacera le tapis l’année prochaine, nous renouvellerons la chaudière dans quelque temps, reportons l’engagement de ces fonctionnaires à l’année prochaine, renégocions le contrat d’entretien des locaux, etc.), un système de rationalisation des rationalisations a été mis en place. Parce que goed bestuur n’était pas qu’un slogan, plutôt que de procéder à des coupes linéaires pendant des années (–2% dans tous les services), il était logique de planifier l’effort. Réduire le personnel à l’administration des finances ? Pour faire baisser les recettes et laisser s’envoler les fraudeurs ? Jamais ! Interrompre l’effort d’informatisation de services visant à en accroître les performances ? Plutôt mourir ! Fragiliser la sécurité sociale et exclure les plus faibles alors même que la mauvaise conjoncture les mettait particulièrement en danger ? Et puis quoi encore ? Rapidement, le gouvernement a gouverné ; c’est-à-dire qu’il a prévu, puisque gouverner, c’est prévoir.
Des cercles de réflexion alimentés par des experts ont été mis en place. Il s’agissait de déterminer des secteurs dans lesquels les économies devaient prioritairement être réalisées, au risque d’interrompre certains services non prioritaires, et de cibler en premier lieu les mesures dont aucune étude ne pourrait indiquer qu’elles permettaient d’atteindre les objectifs assignés. En outre, des économies excédentaires devaient être réalisées, pour dégager un surplus qui serait investi dans des politiques rentables à court ou moyen terme. Engager des fonctionnaires pour lutter contre la fraude fiscale, rénover des bâtiments pour faire des économies d’énergie, financer des outils de diagnostics pour aider au monitoring de l’action étatique.

C’est ainsi qu’après quelques années de politiques d’urgence fondées sur des économies linéaires, on put sortir de cette logique qui, à terme, mettait en péril l’ensemble des services rendus par l’État à la population, sans aucune garantie d’amélioration à long terme du fonctionnement des administrations. Dès lors, s’ouvrait la perspective d’un État allégé dans son poids financier, mais conforté dans ses capacités d’action.

Excusez-moi, je m’emballe. Je suis désolée, mais vous vivez en Belgique. Les économies irréfléchies sont toujours d’actualité. Rien n’indique qu’il y sera mis fin tant nos gouvernants, depuis bien longtemps, on fait la preuve de leur incapacité à se projeter dans l’avenir. Aussi continue-t-on à exiger des services qu’ils tournent avec moins de personnels et de moyens. Aussi les prive-t-on de toute ressource, même de celles qui sont exceptionnellement rentables parce qu’elles permettent de récupérer de précieuses sommes. Aussi les laisse-t-on agir sans le moindre outil pour calibrer leur action.

Vous comprenez, si, en cas d’embellie, on saupoudre en toutes directions, il est logique qu’en cas de contraction des budgets, on étrangle tous azimuts.

Vous seriez de bien mauvais esprits si vous osiez penser que cela arrange ceux qui veulent moins d’État, de manière générale, parce qu’il coûte aux riches et rapporte aux pauvres. Vous seriez des conspirationnistes si vous pensiez que la déliquescence de l’État belge arrangeait ceux qui ne songent qu’à s’en libérer.