« Et que meure l’intellectualité traitresse ! », nouvelle doxa des politiques à l’ère de la post-vérité ?

Renaud MaesCarlos Crespo

Lors de la célébration de "l’Hispanité", le 12 octobre 1936, le général Millán-Astray qualifie les Basques et les Catalans de "cancers dans le corps de la nation" que le facisme devra extirper, Miguel de Unamuno lui répond qu’« un infirme qui n’a pas la grandeur spirituelle d’un Cervantes recherche habituellement son soulagement dans les mutilations qu’il peut faire subir autour de lui ». Cet échange est emblématique du rejet des intellectuels dans l’Espagne de Franco. Si ce dernier est mort en novembre 1975, la volonté d’assoir un pouvoir sur la stigmatisation des intellectuels lui a survécu et reste d’actualité. Mais l’Espagne de Franco n’a en rien l’exclusivité de ce mécanisme qui est un trait commun d’un large nombre de régimes totalitaires : faute d’arguments pour convaincre, les attaques violentes contre l’intelligence leur permettent de vaincre.