En qui n’oublie

Jacques Vandenschrick

Que cherchons-nous, taiseux amants
de février, perdus, ensauvagés dans l’ombre de
quelques arbres, découpée sur la nuit ? Des
paroles ? Ou des images soudain rejaillies d’un
mur du cimetière carme, tels en été, les
martinets cisaillant le crépuscule ?

* * * * *

Qui donc ainsi s’efface et, pour nous, ne
s’effacera pas ? Ceux qu’on ne voit ni n’entend
plus ? Ceux qui s’en vont dans l’assombri,
épaules soudées aux ciels d’ardoise ? Ou celles
qu’on voudrait absoutes des falaises, des vitres,
des eaux, des rocs, des morgues de briques,
là où les poseurs d’iris attendent sans lampe la
fin des rancunes ?

* * * * *

Ces mères qui se détournent, occupées de nœuds
lourds ? Ou d’autres encore, qui ont voulu
mourir avec leurs enfants ? Ceux qui volaient
aux langues inconnues des syllabes rêveuses ?
Ou le dernier convers qui dort seul dans
l’immense dortoir effondré d’étoiles ?

* * * * *

Et même si les larmes devaient presser
pareillement sous toutes ces paupières, il est au
cœur de chacun des détresses très inégales, plus
pauvres, que l’on chasse et que l’on force contre
les fleuves. Là s’écrase de nuit un vent vieux de
vinaigre sur des barques à la dérive. Et certaines
s’enfoncent.

* * * * *

S’en allant tous vers leur déréliction, comment
espérer qu’à la fin ils soient moins abandonnés
que le dieu supplicié ?

* * * * *

Ce qui se disjoint, ce qui se disloque et les
chagrins qui n’en démordent pas, tout exige
droit de visite pour le vent, pour la violence des
fleurs, pour les jacinthes et leur l’énigme. Et
pour la démence douce de la tendresse. Comme
en un haut pays, une grive de sel au bord de la
nuit, quand trois petites filles, se rapprochent
des maisons dans la neige. Et de leurs lumières jaunes…

Poèmes extraits de En qui n’oublie, de Jacques Vandenschrick, à paraitre en 2013.

avec l’aimable autorisation de Cheyne éditeur