Élections, piège à con

Anathème • le 9 mars 2016
élections, démocratie.

Comme le disait François Morel dans son billet radiophonique du 4 mars, sur France Inter, on peut être un excellent candidat à la présidence et un mauvais président. Les Français, déçus de leur président actuel [1], frustrés du grand homme qu’ils cherchent à travers l’histoire, tâtonnent. S’il peut être utile d’écouter ce que les humoristes ont à nous dire – ils ne sont pas souvent plus ridicules que les philosophes médiatiques, par exemple – force est de reconnaître qu’ensuite, M. Morel s’égare dans des considérations sur les concours de miss.

Il faut pourtant lui reconnaître la vertu d’avoir identifié une importante part du problème : les qualités d’un bon candidat et celles d’un bon président sont fortement différentes. On pourrait, du reste, étendre l’affirmation à l’ensemble des mandats électifs. Il est vrai que porter beau, serrer des pognes dans les foires agricoles, promettre monts et merveilles, écraser discrètement une larme au spectacle affligeant de la misère du monde, c’est une chose. Se faire discret, serrer des pognes à Davos, promettre du sang et des larmes, écraser discrètement quelques milliers de chômeurs et d’affligeants miséreux, c’en est une autre.

Mais quoi ? Faut-il donc supprimer les élections ? Certes non ! Elles sont la marque de fabrique des démocraties, elles permettent de faire alterner socialisme libéral et libéralisme social, elles font vivre les communicants et les imprimeurs, elles sont l’occasion d’homériques rodomontades, elles offrent l’opportunité d’une balade un dimanche matin, entre la messe et l’apéro. Et puis, elles amusent le bon peuple. Abdiquer notre démocratie, jamais, nos grands-parents se sont battus pour elle !

Tenons des élections, plutôt deux fois qu’une et trois que deux ! Mais pourquoi en faire un tel enjeu ? Pourquoi choisir par là les guides sages et sévères dont nous avons besoin ? Conservons cette charmante coutume, découplons-la simplement de la procédure de choix du personnel politique. Enfin, découplons-la encore davantage que ce n’est aujourd’hui le cas. Au fond, qui a voté pour Charles Michel ? et pour Jacqueline Galant ? Vous voyez, ça ne changerait pas grand chose, hormis que ça assurerait une meilleure gestion de la chose publique.

Prenons ainsi exemple sur l’Union européenne qui, incapable de préparer elle-même ses textes réglementaires, fait largement appel aux lobbyistes, sous la dictée desquels notre continent est conduit vers des lendemains qui chantent. Certes, bientôt, l’administration publique belge sera également incapable de soutenir le personnel politique et les lobbys pourront, pour un coût modique, entrer dans la danse. Mais nous pourrions faire bien mieux et faire d’une pierre deux coups.

Faisons désigner les gouvernants par des panels d’experts et de patrons. Ces gens, spécialistes des matières à gérer et rompus à la direction des hommes et des choses, ne sont-ils pas les mieux placés pour désigner les meilleurs exécutants des choix qu’ils demandent déjà à leurs hommes de main de souffler à l’oreille de nos maîtres ?
Voilà une répartition idéale permettant l’instauration de ce que nous pourrons nommer, comme il est de coutume chaque fois qu’il est procédé ainsi, une « démocratie modernisée ».

[1Ainsi que du précédent, et de celui auquel ce dernier avait déjà succédé.

Photo : Chr. Mincke