Devenir quelqu’un ?

Anathème • le 28 janvier 2014

Il est grand temps de réformer notre enseignement. Non seulement, nos élèves passent difficilement les tests PISA – surtout les pauvres –, mais, pire, il semblerait que les entreprises soient insatisfaites de ce que nous leur apprenons. Ceci est particulièrement dramatique parce que nos jeunes, mal formés, ne trouvent pas d’emploi, restent pauvres… et font des enfants qui font des scores médiocres aux enquêtes PISA. Tout est dans tout.

Et que des personnes surdiplômées ne viennent pas me prétendre que mon raisonnement est vicié, qu’elles se préoccupent plutôt de leur (non-)contribution au redressement de l’économie nationale. Ce n’est pas en passant son temps à couper les cheveux en quatre plutôt que de faire preuve de bon sens qu’on pousse à la charrue. Ces pseudo-intellectuels, dans leur tour d’ivoire, ne voient pas comme moi les besoins du peuple.

Il est grand temps, disais-je, de réformer notre enseignement pour qu’il rencontre enfin les besoins – les désirs – des patrons. Car il est loin le temps où nous pouvions sans effort transformer une population en esclaves du marché. À l’époque, pousser un wagonnet dans la mine, manier le pic, visser le même sacré petit boulon 365 jours par an, guider le bœuf ou couper le lard demandaient si peu de qualifications que l’abrutissement servile était à la portée des plus jeunes.

Cette facilité est désormais révolue. On demande aux larbins de compter, aux bouchers de gérer, aux ouvriers d’innover, aux mineurs… ah, non, il n’y a plus de mineurs. Soit, le fait est qu’aujourd’hui le moindre des sous-fifres doit être alphabétisé… et même spécialisé. Il faut donc le former puisqu’on n’a pas encore découvert le gène de la lecture.

Bien entendu, la formation dispensée doit viser l’excellence. Du moins, une excellente adéquation à nos besoins sociaux ; plus précisément, à nos besoins socioéconomiques. Pas question de s’encombrer de cette forme de paresse que l’on nomme réflexion. Pas d’avantage de gaspiller de l’espace-mémoire avec une culture dont on ne sait que faire. Évitons aussi de nous éparpiller : l’amour du beau, le bonheur de savoir ou la compréhension des enjeux contemporains sont certes très enthousiasmants, mais tout cela doit passer après le casse-croûte. Ces intérêts sont donc à réserver à ceux qui ont le loisir de s’en préoccuper, mais ils ne peuvent que nuire à ceux qui demeurent sous le coup des diktats de leur estomac.

S’ils veulent manger, les individus doivent se rendre utiles. D’ailleurs, les nations également doivent aller de l’avant et viser une amélioration de leurs performances et de leur compétitivité. Car leur position est menacée par des pays émergents qui ont tellement cru qu’ils allaient émerger dès lors que nous avions cessé de les appeler « sous-développés » que les voilà maintenant sur nos talons. Il n’est plus question de s’encombrer de siècles de pensée occidentale, il faut lutter pour notre survie. Allons à l’essentiel !

Quand nos enfants seront devenus quelque chose, nous verrons s’ils ont de quoi se payer le luxe de devenir quelqu’un.