Considérations sur l’Islam et l’Occident

René Andrianne

Les attentats du 11 septembre 2001, la guerre d’Afghanistan et la
menace d’un terrorisme mondial, dont on ne sait trop si elle est
surdimensionnée ou réelle, ont à nouveau suscité l’intérêt de
l’Occident pour l’Islam. À nouveau, car elle est ancienne cette
confrontation entre ces civilisations marquées par deux des religions
monothéistes. La mémoire des peuples est tenace et réductrice.
Elle traverse les siècles et marque de son empreinte la politique
et la culture. Mais elle ramène aussi l’image de l’adversaire
de toujours, et même simplement du voisin, à quelques stéréotypes
plus ou moins caricaturaux. L’histoire des préjugés fait partie
de l’histoire de l’esprit humain et explique parfois l’origine des
conflits. Ainsi en est-il particulièrement de l’islam. L’Occidental
moyen amalgame islam et islamisme, musulmans et terroristes,
musulmans et Arabes. De même, les peuples islamiques confondent-
ils occidental et chrétien, colonialisme et occidentalisation.
Comme le christianisme, l’islam est multiforme historiquement et
géographiquement. Entre ces deux religions, ces deux civilisations,
le dialogue est-il possible ou la confrontation, violente peut-être,
est-elle inéluctable ? L’histoire doit être convoquée ici puisque c’est
elle qui a façonné l’image que chaque civilisation garde de l’autre.
C’est cette image qui suscite la peur de l’autre, source de bien des
attitudes imprévisibles.